Remous – Chapitres 2 & 3

Refuge 14

 

Un autre message m’attend, une fois rentré. Mais ce n’est pas de Kristen. Je croise désespérément les bras.

 

J’ai dû partir tôt, un reste de lasagnes t’attend dans le frigo.

N’oublie pas de ranger la vaisselle et le linge.

Maman qui t’aime.

 

Peut-être pense-t-elle pouvoir se faire pardonner en me préparant mon repas préféré. Mais voilà que ses mots m’ont coupé tout appétit.

Je ne me souviens plus de notre dernier vrai tête-à-tête. Quelques fois, nous échangeons un simple bonjour, moi, me préparant pour le lycée, elle, rentrant à peine de son travail. Le soir, elle partait avant même mon retour. Ainsi fonctionnait notre quotidien depuis déjà six années.

Je m’étale sur le canapé et passe une main entre mes mèches éparses. Autrefois, ma mère aimait les caresser. La tendresse exprimée lorsqu’elle esquissait ce geste n’était pas seulement à mon égard. Je sais qu’à ses yeux, je ne suis que l’ombre d’une autre personne. Mon père.

Une grimace me défigure et je me mordille rageusement les lèvres. Je ne sais pas qui mon père a réellement abandonné. Est-ce ma mère, dont les disputes l’insupportaient au plus haut point ? Ou était-ce son fils pour qui il était parfaitement incapable de montrer la moindre attention ?

Je n’avais que six ans lorsqu’il est parti. Et pourtant, le souvenir me revient d’une telle netteté que je ne pourrais jamais l’oublier. Il y avait eu des cris, puis des pleurs. Seul dans le couloir, j’observais la lumière filtrée par la porte disparaître puis réapparaître tandis que les ombres s’agitaient dans la pièce. Un spectacle à la fois curieux et effrayant pour l’enfant que j’étais. Enfin, la porte s’était ouverte. Mon père, un sac en bandoulière, s’y tenait. Il ne m’a jeté qu’un regard. Un seul. Puis il a disparu. Ma mère, restée dans la pièce, était inerte sur les draps défaits. Brisée. Je m’étais approché, inconscient de ce qui venait d’arriver. Où allait papa ? Elle ne me l’a jamais dit.

Une pensée virevolte dans mon esprit et ma curiosité s’en empare. Mon père pense-t-il à moi en ce moment même ? pense-t-il quelques fois à ce fils qui aurait tant aimé revoir son visage après toutes ces années ? Bien sûr, mon père n’avait pas rompu tout contact. Il lui arrivait de téléphoner, demander des nouvelles une fois par an. Promettre des choses qu’il savait ne jamais tenir. Des parents pouvaient-ils vraiment aimer leurs enfants, pour ensuite les abandonner sans regret ? L’amour. Je n’y crois pas.

L’amour est éphémère, me répétait souvent mère. C’est une chose abstraite, une chose que l’homme crée en guise d’espoir.

Ces mots, avant, me terrifiaient. La voir répéter ces mots avec tant de naturel me prenait au dépourvu. Et chaque fois, une question se précipitait sur mes lèvres. Une question que je ne parvenais jamais à prononcer, tremblant jusqu’aux os. Si l’amour n’existe pas, m’aimes-tu vraiment, maman ?

Un vibrement interrompt le fil de mes pensées. Un grognement m’échappe et je récupère mon smartphone coincé dans ma poche. Un message m’attend, très clair. Rendez-vous ce soir. 22h. Refuge 14.

Tomas.

Je m’apprête à répondre lorsqu’un doute me prend au vol. Les mots de Kristen me reviennent en mémoire. Que dois-je faire ? Après tout, cette fille ne sait rien d’eux, vraiment. Quel mal pourraient-ils me causer ?

Je viendrai.

Je laisse tomber mon portable et soupire.

Une sortie, rien de mieux pour se changer les idées.

 

Je ne mets pas longtemps à trouver notre planque. Le « refuge 14 » se situe sous un pont. Un ruisseau desséché y coule péniblement. La terre n’est pas trop humide en ce mois de mai, le choix n’était donc pas difficile. Autour, les champs sont déserts. Assez loin du village pour être à l’abri des regards, nous ne risquions pas d’être surpris dans nos affaires.

Un faible feu avait été allumé pour nous permettre de dévisager les visages des uns et des autres. La nuit était déjà tombée et les étoiles apparaissaient une à une sur le rideau sombre. Un spectacle digne de la région, loin de tout nuage de pollution. J’avance encore de quelques mètres puis stoppe à l’entrée du point. Le guetteur s’approche et me détaille des pieds à la tête. C’est un garçon à qui je n’ai que rarement adressé la parole. Plutôt gringalet et l’air hautain, il ne m’inspire aucune confiance. Il renifle.

– T’es qui, toi ?

– Laisse, il peut passer.

Je reconnais bien cette voix. Un visage apparaît dans l’obscurité et un large sourire se dessine sur ses dents carnassières à ma vue. Tomas est plutôt beau garçon. De stature haute et les épaules larges, il sait devenir imposant. Beaucoup le tiennent en respect, au lycée. Par contrainte. Personne ne voudrait avoir affaire à lui, après ses grandes renommées de bagarreur depuis le collège. Il me rejoint et me tend une poigne forte que je serre en ravalant un gémissement.

– Heureux de te voir parmi nous, Loïc. On ne t’a pas suivi, j’espère ?

Je secoue négativement de la tête. Après m’être retourné une bonne dizaine de fois sur mon chemin, je doute qu’on ne m’ait aperçu. En dehors de quelques ivrognes.

La puissante paume de Tomas me claque dans le dos et ma poitrine se comprime. Il rit et me pousse en direction du pont. Nous descendons la pente pour nous glisser sous la construction. Nous sommes peu nombreux ce soir. Je compte parmi nous Louis et Hugo, plus ce que je crois être un petit nouveau. Un rouquin qui, à ses joues rougies et le regard fuyant, me paraît assez réservé. Un nouveau chien s’était joint à la bande pour servir le grand chef.

– Hey ! s’exclame Louis en gigotant en tous sens. Regardez-moi qui va là. Loïc !

Je réponds à son salut par une étreinte amicale et souris. Louis est sûrement celui que j’apprécie le plus. Nous nous connaissons depuis notre départ de Paris pour la Bretagne, ayant suivi les mêmes classes. En primaire, il nous était coutume de défendre l’autre lorsque l’un avait un souci. Depuis, on ne s’était plus lâché même si Louis avait trouvé plus grande complicité auprès de Tomas.

Quant à Hugo, nous ne nous sommes connus qu’à travers la bande. Je me souviens de notre première rencontre, à nos quinze jeunes années. Deux années s’étaient écoulées depuis et j’avais vu certains repartir l’œil au beurre noir, d’autres encore nous joindre. Une sacrée bande où l’erreur n’était pas un choix.

– Tu en veux ?

Je m’assois sur un des caissons et fixe momentanément la clope que me tend Hugo. Je hausse les épaules et l’allume, sous les applaudissements de chacun. La fumée envahit mes poumons et je manque de la recracher. Pourtant, je l’avale sans rechigner. Fumer est comme un rite de passage dans la bande. Le nouveau défi de l’année. Si le défi n’était pas accepté, il était fort possible de se réveiller en plein champ, boitant et les côtes fêlées. Le rite était une épreuve qui montrait la force de chacun. Je reprends une bouffée et souris. Tout compte fait, quel mal y avait-il à cela ?

Je me prends une bouteille de bière et en fais sauter le bouchon. Chacun m’imite et nous entrechoquons nos boissons en riant. Boire jusqu’à s’enivrer. Le défi de l’année précédente. À la surprise de tous, il s’était avéré que je tenais le mieux à l’alcool. Un mal de tête passager le matin était tout ce qui résidait des conséquences de cet excès. Une bonne chose : ma mère aurait tôt fait de pointer du doigt mes escapades.

– Eh vous avez remarqué, dit alors Louis après avoir bu sa bière cul sec, quelqu’un manque depuis plusieurs jours au lycée.

– Oh, oui, glousse Tomas en avalant une autre bouffée de fumée. Une certaine Kristy, c’est ça ? sûrement s’est-elle enfin décidée à se suicider, cette pauvre enfant. Tout le monde savait qu’elle y passerait.

Les éclats de rire font trembler l’air.

– Kristen, ne puis-je m’empêcher de rectifier d’un ton neutre.

Les regards surpris se tournent vers moi.

– Bah, t’en as une de ces mémoires, dis donc.

Je ne réponds pas, pensif. Que faire, devrais-je avouer les événements du jour ? Je sais que là n’est pas la bonne idée, mais quelque chose en moi me pousse à vouloir en parler.

– Je l’ai vue, aujourd’hui.

Ma déclaration achève de faire taire les ricanements. Cette fois, je récupère l’attention de tous.

– Mais que me chantes-tu là ? Tomas fronce les sourcils.

Je prends une grande inspiration et croise les doigts pour reprendre courage.

– Elle m’a donné rendez-vous. La curiosité m’a pris et je suis allée la voir. Voilà tout.

– Et donc ! Depuis quand donnes-tu des rendez-vous secrets ? Nous cacherais-tu quelque chose ? Non seulement que Kristen est plutôt jolie… Dommage qu’elle n’est… Elle.

Les nouveaux rires me déchirent les tympans. Une sourde colère me saisit sans que j’en comprenne la raison. Je serre discrètement les poings et conserve un mutisme sûr.

– Sérieusement, pouffe Tomas, si tu as besoin de conseils pour les filles, demande-moi. Le mieux, pour passer à l’action, c’est de les inviter calmement et innocemment. C’est comme ça que tu les attrapes au bout de ton hameçon.

C’est là que je coupe toute attention. Je me contente de fixer le sol à mes pieds, mes doigts jouant sur la bouteille à présent vide. Je n’avais rien contre cette façon de parler des filles, mais quelque chose m’empêchait d’en rire comme toujours. Au lieu de quoi, je chasse l’image négative pour une, plus agréable. Un doux visage à la beauté stupéfiante couvre toute pensée. Les boucles corbeaux sont troquées par des mèches folles aussi splendides que les rayons ardents du soleil.

– Ne rêvez pas, les gars, je réponds soudainement. Je ne tromperai pas Lise.

Louis mime un air rêveur, le menton sur les mains.

– Oh, chère Lise ! Comment pourrais-je t’oublier un jour ? Ne pourrais-je pas déposer là, sur tes délicieuses lèvres, un de ces furtifs baisers ?

La bouteille vide s’envole et vient se cogner sur la pierre, derrière mon ami après que celui-ci ait esquivé. Les débris retombent sur le sol. Cette fois, je ne peux retenir un sourire d’amusement.

– Vous verrez, dis-je, si Lise n’éprouvera pas un peu de plaisir avec moi.

Ma réponse reçoit une vague de cris excités. L’odeur de bois incandescent s’évanouit avec le filet de fumée. Mes pensées sont entièrement accordées au corps gracieux de la jeune fille en question et mes nerfs se réchauffent d’un coup tandis que l’alcool se propage dans mon sang. Je me laisse bercer par la douce sensation. Je me sens bien. Les fantômes du passé s’évanouissent avec mon âme.

 

 

De l’orage dans le cœur

 

Je ferme les yeux et inspire un bon coup. L’odeur parfumée que dégage sa nuque m’enivre. Son corps chaud contre le mien, je laisse mon sang affluer à toute vitesse dans mes veines. Mon ventre se tord. La tension monte mon corps. Mes mains glissent machinalement sur son dos et je la sens frémir sous ses vêtements fins. Enfin, Lise se dégage de l’étreinte, le regard rempli de désirs. Un cri bestial me monte à la gorge et je le réprime dans un grognement. Elle est mienne.

Ses lèvres s’approchent alors calmement de mon oreille.

– Mes parents sont absents ce soir. Viendras-tu ?

Je n’ai pas besoin de répondre. Je l’embrasse.

Lise réarrange ses mèches blondes et défait les plis de sa jupe. Après quoi, non sans regrets, nous nous séparons. Après un dernier signe, un large sourire illuminant ses traits, elle s’en va rejoindre un groupe. Les filles de ce dernier tournent le regard dans ma direction et gloussent. J’aimerais savoir ce qu’elles murmurent à mon égard mais il est aussi de mon souhait de respecter les secrets de Lise. Pas bien grande, ses amies ont parfois la langue un peu trop pendue à mon goût. Le souvenir amer des rumeurs au lycée ne m’avait pas laissé aussi insensible que je ne le laissais paraître. Selon tous, Lise et moi avions déjà participé à quelques ébats amoureux. Ce qui, bien sûr, ne tenait en rien de la vérité après seulement deux mois de rencards. Pourtant, cela m’avait mis la puce à l’oreille. Lise attendait-elle davantage de moi ?

Tout à coup, un coude s’enfonce dans mes côtes et m’arrache une plainte.

– Et ben tu n’y es pas allé de main morte ! s’exclame Tomas en riant. Bravo champion.

Je plaque ma main gaiement sur son épaule musculeuse et nous échangeons une étreinte fraternelle. Une sonnerie fait monter des exclamations de désespoir dans le couloir.

– On se prend un retard ? propose sournoisement mon ami.

Il tapote discrètement sa poche et je sais ce que cela signifie. Dessous se cache un bon paquet de clopes. Malgré l’envie soudaine qui me monte, je secoue fermement.

– Non, pas cette fois.

– Oh allez, ne fais pas ton gamin !

– Je suis en garde à vue avec tous mes retards. Je ne peux pas m’en permettre un autre. Pas tout de suite.

Il hausse les épaules et s’éloigne en traînant négligemment des pieds, une habitude qui le caractérise depuis le collège tout comme ses nombreuses absences.

– Soit, si c’est ce que tu veux.

Je reste seul un moment, planté dans le couloir à présent presque désert, pensif. Il me faut presque une bonne minute avant de me souvenir de mon cours. Au quart de tour, je m’élance et file telle une flèche au second bâtiment. Les couloirs s’enchaînent jusqu’à ce que je freine devant une porte. Le laboratoire de sciences. Je toque précipitamment.

– Vous êtes en retard, Loïc Boutet. Dois-je vous féliciter à chaque cours ?

Je me mords les lèvres pour ne pas jurer. Mon professeur est à son bureau, l’attention fixée sur ses copies, tandis que toutes les têtes de mes camarades se sont levées à mon arrivée.

– Cela ne fait même pas cinq minutes, protesté-je enfin.

Il ne répond pas. Je rentre en compagnie du silence qui plombe la pièce. C’est alors qu’un claquement sonore nous fait tous sursauter.

– Je ne crois pas avoir été assez clair, articule sèchement mon professeur, furibond. Que vous ayez cinq minutes ou vingt minutes de retard, vous le demeurez.

– Cela ne recommencera pas.

– Si l’on peut toujours rêver…

– Laissez-moi au moins une chance. J’ai conscience de mon tort.

– Et je dois vous déclarer que vous avez pris conscience trop tard !

Toute la classe reste attentive au dangereux débat. Mon sac glisse de mon épaule et tombe à terre. La rage me porte, mes poings se serrent. Les respirations se coupent. Mon professeur, les paumes toujours plaquées sur le bureau me détaille avec haine. Je vois le coin de ses lèvres trembler tandis qu’il cherche ses mots. Des mots que j’espérais ne jamais entendre.

– Que faites-vous ici, Boutet ?

Sous le coup de la surprise, je reste béat. Puis, me reprenant d’un coup, je demande non sans méfiance :

– Que voulez-vous dire ?

– Vous ne cherchez pas votre bac, vos résultats sont bien trop insuffisants pour cela. Vous n’avez rien à faire de vos cours ni même de votre futur. J’avoue ne pas comprendre. Vous étiez le meilleur en seconde et vous voilà dernier en première. Je vous le demande : que voulez-vous vraiment ?

– Bien sûr que je me préoccupe de mon bac ! Les sciences sont tout pour moi !

Il enlève ses lunettes avec lenteur pour se masser les tempes. J’attends. Je sens la chaleur affluer à mon visage.

– Vous ne l’aurez jamais ce bac. Vos efforts sont inutiles.

– Il me reste une année ! Je peux vous prouver que je peux encore gagner.

– Non. Deux années ne peuvent se rattraper en une seule. Et cela m’étonnerait que vous progressiez en terminale. Il aurait fallu prendre exemple sur mademoiselle Guinet plus tôt.

Kristen. Comment ose-t-il prononcer son nom ? Mon sac est projeté contre le sol sous la puissance de mon coup de pied. Le professeur m’observe sans tiquer. Je ne prends même plus soin de garder un ton respectueux.

– Que dites-vous ? Que savez-vous d’elle ? Avez-vous seulement remarqué son absence ? Où étiez-vous lorsqu’elle avait besoin qu’on l’aide ? Où étiez-vous tous ?

Cette fois, je me suis tourné en direction de mes camarades. Les bouches s’ouvrent pour aussitôt se refermer. Les regards brillent de honte et certains se détournent. La bête en moi ne tient plus en laisse.

– Vous n’êtes plus accepté en cours.

Les mots ont été dits dans un soupir. Mon professeur s’est replongé dans la correction de ses copies. Percevant que je ne bouge pas, il répète :

– Je vous prie de sortir de cette salle de classe.

Je suis paralysé. Il me faut un long moment pour reconnecter les fils de mon cerveau. Sans un mot, je reprends mes affaires et me fraye un chemin vers la porte. Je sens les regards peser sur mes épaules. La porte qui claque dans mon dos détend presque la tension de mon corps. Malgré tout, la colère ne me quitte plus.

Je m’avance dans les couloirs et c’est ce moment-là que Tomas choisit pour apparaître. Ce dernier ricane à ma vue et s’approche.

– Alors, l’envie a été plus forte ?

Je l’esquive.

– Déconne pas, mec.

– Attends, Loïc ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

Mais je ne l’entends même plus. Les mots se répercutent en échos dans mon esprit, au rythme de mes pas sur les dalles blanches. C’est fini pour moi. Mes études s’arrêtent là et avec, une possibilité de futur. Je suis tombé bien bas. Qu’ai-je seulement fait pour en arriver là ?

 

Les dalles sont glissantes. La fine pluie baigne les rues pavées dans un clapotis discret. Je faillis chanceler et me retiens de justesse au portail d’une propriété que je longe. Ma capuche humide me colle au crâne, l’eau ruisselle sur mes joues. L’orage gronde au-dessus de ma tête tandis que je lève le menton en direction du ciel. Les gouttes de pluie me mitraillent le visage, m’obligeant à cligner des yeux.

Si beaucoup sont terrifiés par l’orage, cela me calme. Les éclairs me pétrifient. Non pas d’angoisse, non pas de peur. D’admiration. J’imagine souvent une main, puissante comme la force de chaque roulement de tambour, décrire un ballet de lumières au-dessus du monde. Une beauté de la nature.

Et si cette même main pouvait veiller sur moi ?

Je tourne tout à coup la tête, en direction de la maison qui se tient à quelques mètres de moi. Mon regard la détaille, à travers les barreaux du grillage. Aucune lumière n’éclaire l’intérieur. La pluie coule silencieusement sur les murs de granit rose. Un souvenir émerge de mon esprit brouillé : celle de la silhouette d’une jeune fille se précipitant à l’intérieur de la maison, à l’abri des regards. Ses épaules tressaillent, sous le poids de la honte. Ses cheveux corbeaux dissimulent un visage livide. Kristen.

Je prends alors conscience d’une chose. Je suis tombé sur son lieu de résidence. Par quel hasard ? Je ne le sais.

Je ne pense plus, mon corps agit de lui-même. Je pousse le portail qui grince et parcours la petite allée jusqu’au seuil de la porte. Là, j’hésite. Mon cœur s’accélère aussitôt. Mon poing heurte doucement le battant.

Aucune réponse.

L’averse se fait plus forte et tambourine dans mon dos. Pourtant, j’attends. Une seconde. Deux. Trois minutes. Toujours rien.

Alors, je me décide à partir. Je sors de la propriété à pas lents. Je ne saurais décrire le sentiment qui me saisit. Impuissance ? Regret ? La route jusqu’à ma propre maison se fait longue. Enfin, j’insère les clefs dans la serrure. Vide, je pénètre le hall étroit. Mon sac tombe sur le carrelage et je le pousse dans un coin. Mes pas sont lourds sur les marches menant à ma petite chambre. Je me laisse tomber sur le lit.

Journée pourrie.

Je coince mon casque sur mes oreilles et monte le son jusqu’à ne plus entendre le martèlement des gouttes sur la fenêtre. Je ferme les yeux et une soudaine torpeur m’emporte aussitôt.

À mon réveil, l’arrière-goût désagréable des dernières heures s’est envolé. Mes prunelles se figent sur la commode. Un papier y est posé, plié en origami sous forme d’un oiseau. Je décroche mon casque de mes oreilles et bondis hors du lit. Mes doigts déplient à toute vitesse ce que je pensais bien être un message.

 

J’ai bien apprécié notre première rencontre.

Je serai sur la plage, ce soir.

K

 

 

A suivre…

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