Poésie

Le Miel de Mélanie Melley

Madame Melley est une poétesse suisse du XIXe siècle, que tous les chrétiens évangéliques connaissent sans la connaître, puisque c’est à elle que l’on doit les paroles du chant Voici Noël :

Voici Noël ! O douce nuit !L’étoile est là qui nous conduit :Allons donc tous, avec les mages,Porter à Jésus nos hommagesCar l’Enfant nous est né,Le Fils nous est donné !

Née Mélanie Rochat en 1829 aux Charbonnières, sur les bords du lac de Joux, elle grandit à Lausanne, où elle eut pour professeur de littérature Alexandre Vinet, et où elle se lia d’amitié avec les poètes Juste Olivier et Eugène Rambert. Mariée en 1850 à Jules David Melley, fils d’un ancien officier de la Grande Armée, elle mena dès lors une vie en apparence tout-à-fait ordinaire et modeste de mère de famille, mais dans laquelle son abeille mystique ne cessait de butiner les fleurs de la montagne et les impressions recueillies, pour distiller des vers. C’est en quelque sorte par accident, et sur les instances pressantes de ses amis, que fut publié d’elle, en 1892, un premier recueil de pièces : Jours envolés ; un second suivit, après sa mort, en 1897 : Poésies intimes, édité par Philippe Godet.

Nous vous proposons quelques extraits de ces deux livres. Mais où s’arrêter dans le choix de ces rayons, d’où coule l’or limpide d’un miel des hauteurs, fort, boisé et enivrant ? Il faudrait tout mettre… Commençons par un morceau de saison :

🌸
Par un beau jour d’automne
Puisque tout doit finir, pourquoi la terre a-t-elleDe si grandes beautés qu’un instant peut ternir ?Pourquoi tant de reflets quand le lac étincelle,Tant d’or sur un pétale ou de bleu sur une aile,Puisque tout doit finir ?
Puisque tout doit finir, pourquoi nourrir la flammeDu rêve, de l’amour ou bien du souvenir,Et celle du savoir, et de l’art qu’on acclame,Et même du bonheur que l’âme donne à l’âme,Puisque tout doit finir ?
Puisque tout doit finir ?… Si tout alors commence !Si nous pouvons, au seuil du céleste avenir,Voir Dieu dans sa splendeur, l’amour dans son essence,Et si la fin de tout nous ouvre l’existenceOù rien ne doit finir !…
🌸
Je veux aspirer…
Je veux aspirer l’air des monts inaccessibles,Tel qu’il souffle au matin sur l’alpage désert,Car il me rend la vie et les efforts possibles ;Je veux aspirer l’air.
Je veux charmer mes yeux par la brume azuréeBaignant la profondeur des ravins ténébreux,Par la cime au front blanc que rien n’a déflorée,Je veux charmer mes yeux.
Je veux chercher la paix vers les sources berceuses,Où la clochette tinte au fond des bois épais,Sous les sapins frôlés d’ailes mystérieuses,Je veux chercher la paix.
Je veux adorer Dieu dans son œuvre sublimeComme à la mer, il donne à l’Alpe au glacier bleu,La puissante grandeur avec le charme intime :Je veux adorer Dieu.
🌸
Sonnet
Oh ! si mon cœur était comme un ciel sans nuageEnveloppé d’azur et de libre clarté ;Si la foi l’entourait de sa sérénité,De son calme divin, de son joyeux courage !
Alors je braverais et la vie et l’orage,Et j’irais, le front haut, vers le but redouté,Quel que soit l’avenir au sinistre présage,Quel que fut le passé, trop souvent regretté.
Mais non, mon cœur ressemble à l’onde murmurante :Point de reflet du ciel dans sa vague mouvante ;Le limon la ternit de son mirage impur.
Mais dans le cœur troublé, mais dans l’eau qui bouillonneQuelque chose pourtant étincelle et rayonne :C’est qu’il y reste encor quelque lambeau d’azur.
🌸
Qu’as tu fait de ton cœur ?
Qu’as-tu fait de ton cœur, qu’as-tu fait de ta vie ?Me dira quelque jour l’archange flamboyant.Devant ta Sainteté, Justice inassouvie,O Dieu, quel abîme effrayant !
Si d’aimer trop la créatureEst une offense devant Toi,Si le soupir est un murmure,La question, manque de foi ;
Le regret, manque d’espérance ;Si nul bonheur n’est assez saint,Si toute humaine jouissanceEnivre d’un parfum malsain ;
Dieu jaloux, Seigneur qu’on révère,Si l’on te doit, Dieu Créateur,Tous ses instants sur cette terre,Et tous les battements du cœur,
Les souvenirs d’erreurs sans nombreMontent au front comme un flot noir.Comment se mouvoir dans cette ombre,Comment sortir du désespoir ?

*

C’est alors qu’apparaît dans cette nuit voiléeLa croix de Golgotha devant notre œil tremblant,Et le corps déchiré, et l’épine enrouléeAutour du front sanglant.
Puis l’épine s’étoile en brillante auréole,Le sourire à la lèvre a mis son divin pli, —Et le voile obscurci du ciel en deuil s’envole ;Car Jésus a tout accompli.
Jésus qui peux toucher même le cœur de pierre,Qui jettes à genoux le fort, le triomphant,Toi qui sais arracher au savant la prièreQue murmure l’enfant,
Sois béni pour jamais, et dans toute ma vie.Dans les jours de ciel bleu et d’espoir infini,Dans les jours du regret, de la nue assombrie,O Jésus, sois béni !

🌸
A la Poésie
Poésie, ô consolatrice !Berceuse des êtres souffrants,Qu’à ton doux appel j’obéisse,Que je consacre à ton serviceEncor quelques derniers instants !
Je te cherchai toute ma vieComme la fleur de mon chemin.Jour et nuit je t’ai poursuivie,Près du foyer, dans la prairie…Je t’ai partout tendu la main.
Je t’ai cherchée au front superbeDe la montagne, près du ciel ;Cherchée en chaque touffe d’herbe,En chaque fleur, en chaque gerbeOù l’abeille a puisé son miel.
Déjà dans mon enfance blonde,A peine au sortir du berceau,Je laissais les jeux et la rondePour te voir au reflet de l’onde,T’écouter au bruit du ruisseau.
Une main paternelle et chèreGlissa la plume entre mes doigts ;De mes vers en gros caractère,Fier et content, ce tendre pèreEncourageait ma jeune voix.
Quand la jeunesse aux heures brèvesSemblait devoir durer toujours,Le pied léger, courant les grèves,Je rêvais — je chantais mes rêves,J’aimais — je chantais mes amours.
Plus tard, lorsque frêle et vieillieJe vis le printemps s’envoler,Je crus dans ma mélancolieEntendre ta voix, poésie,Comme un reproche m’appeler.
Alors sous mon vieux toit fidèleJe bâtis, malgré l’âge mûr,Pour tâcher d’y fixer ton aile,Comme à la joyeuse hirondelleUn doux nid dans un angle obscur.
A l’heure où le travail réclameNotre temps, nos forces, nos bras,Serait-ce mériter le blâmeQue d’avoir au fond de son âmeUn refuge aux bruits d’ici-bas ?
Seule, à l’aiguille obéissante,Le cœur au maternel souci,En moi si quelque chose chante,Je vois voler l’heure pesante,Resplendir l’horizon noirci !
O Poésie, sois mon aideFidèle jusqu’au dernier soir,A l’heure où la main devient raide,Où la vue à la foi succède,L’éternel bonheur à l’espoir !
🌸
Lorsque je dormirai…
Lorsque je dormirai là-bas sous cette pierre,L’hiver, lorsque la neige a chargé les cyprès,Lorsqu’un lugubre oiseau dans son vol circulaireSemble comme un écho des douleurs de la terre,Tant ses cris sont désespérés ;
Vous qui m’aurez aimée en ce séjour d’épreuve,Vous savez, la souffrance eut pour moi son effroi,L’adieu son agonie où l’âme est comme veuve ;Mais la joie est au ciel où le chrétien s’abreuve :Vous vous consolerez si vous pensez à moi.
Lorsque je dormirai là-bas sous cette pierreOù le saule épand l’ombre et le lilas l’encens,Quand l’aurore, éveillant même au vieux cimetièreTant de gazouillements et d’odeur printanière,Ravit notre âme avec nos sens ;
Vous qui m’avez aimée aux beaux jours de la vie,J’eus ma part, vous savez, des bonheurs d’ici-bas ;Mais pour jouir ici, l’âme est endolorie ;Là-haut c’est l’amour pur, là-haut c’est la patrie :Vous qui m’aimez encor, ne me regrettez pas.
🌸

Vous aimez la poésie de Mme Melley ? Vous pouvez télécharger gratuitement un beau livre pdf, d’une réédition de ses œuvres, en cliquant sur l’image ci-dessous. Il faudra cependant répondre à une question… mais bien facile, pour les amateurs de littérature, que sont les lecteurs de Plumes Chrétiennes.

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