Remous – Chapitres 14 & 15

Reprendre pied

 

Le son des couverts s’entrechoquant sur les assiettes résonne dans la pièce silencieuse. Ce n’est pas un silence froid, distant. C’est un silence partagé, des émotions exprimées différemment.

Ma mère lève momentanément les yeux de son repas. Le sourire qu’elle me lance est doux, rempli d’une tendresse que je ne lui connais pas. Lentement, mon esprit se laisse bercer par les événements de la veille. Mon retour à la maison s’était fait avec beaucoup de crainte : je redoutais de découvrir la réaction de ma mère. Colère ? Déception ? Amertume ? Quoique ce fut, j’étais persuadé d’être sa pire souffrance. Et pourtant, il n’y eut rien. Rien d’autre que cet amas de chevelure s’abattant sur mon visage, ces bras frêles cherchant à m’entourer. À genoux sur le carrelage, nous étions restés respectueux à travers nos larmes. Elle ne prononça pas un mot ; elle n’en avait pas la force. Alors, j’ai compris l’angoisse qui voilait son regard.

– Tu n’es coupable de rien, lui chuchotai-je pour la consoler. Je suis le seul responsable.

– Mais peut-être que je ne t’ai pas assez aimé, soupira-t-elle en retour.

Amour. Ce mot m’était revenu à l’esprit. N’était-ce pas quelque chose qui sauve, comme le frère de Kristen l’avait sauvée, puis elle, moi ? Avais-je vraiment été entièrement sauvé ? Mais plus encore : l’amour est-il aussi inexistant que j’ose l’imaginer ? Une certitude cependant : mère se trompait. L’amour devait être vrai. La vie prenait alors tout son sens.

Mon regard tome sur une liasse de papiers. Ma jugulaire devient tout à coup très étroite. Quelque chose se pose sur ma main pour l’étreindre avec douceur. Un simple coup d’œil me suffit pour comprendre que ma mère a capté le fond de ma pensée.

– Pas d’inquiétudes pour cette fois. Si tu te remets sérieusement à travailler, je suis prête à passer l’éponge.

Je me détourne de mon bulletin de retard et d’absences. Les premiers examens ont lieu dans deux semaines. Y arriverais-je vraiment ? Les paroles de mon professeur résonnent alors dans ma boîte crânienne.

– On dit que je n’y arriverai pas.

Elle secoue désespérément la tête, ses boucles ondulant dans l’air étouffant. Elle se remet à manger.

– Ne pars pas défaitiste, fonces. Je sais de quoi tu es capable. Au pire des cas, tu redoubleras.

Bien que peu convaincu, je ne poursuis pas la conversation. Pour marquer mon retour, ma mère a concocté une de ces merveilleuses pâtisseries dont elle seule en connaît le secret. Quelques larmes ont été versées à nouveau, je l’ai réconfortée dans mes bras. Après lui avoir promis de ne plus traîner avec la bande et vidé un bon quart du gâteau, je la laisse seule dans sa réflexion, sûrement à propos de sa récente décision : m’accorder plus de temps.

Mes pas sont lourds lorsque je grimpe les escaliers jusqu’à ma chambre. Si tout semble être revenu en place, il manque toujours une chose, au fond de mon cœur. Ce vide est toujours présent, devenu familier bien que je le haïsse. Le combler par mon amour pour Lise n’avait pas fonctionné. La drogue n’avait pas suffi non plus. Alors quoi ? Étais-je destiné à vivre en compagnie de ce vide perpétuel ?

Ma porte grince sur ses gonds avant de claquer dans mon dos, poussée par une brise tiède. Je m’étale de tout mon long sur mon lit. Ce soir, le travail recommencerait.

– J’avoue que je m’attendais à une meilleure mine.

Je ferme les yeux à cette voix, croyant rêver debout. Un rire traverse la barrière de mes lèvres et je me retourne vers ma visiteuse. J’attrape un oreiller pour le coincer sous mon menton.

– Pourquoi ne suis-je même plus étonné de te retrouver ici ?

Elle hausse les épaules, feignant un sourire contrit. Jambes croisées sous elle, elle gratte son coude d’un air pensif. Je jette un œil en direction de l’ouverture d’où se déverse un splendide soleil. Par quel tour de passe-passe s’est-elle faufilée jusqu’ici ?

– Laisse-moi deviner, tu es passée par la fenêtre ?

Kristen hoche vigoureusement la tête avant d’expliquer :

– Le toit du garage est en pente et je me suis servie du lierre qui ronge le mur pour monter. Rien de bien compliqué.

– Génial. Tu me donnes une bonne piste pour fuguer.

Ses yeux roulent dans ses orbites pour me faire signifier son découragement. Je ris à nouveau pour la rassurer. Rien de tel n’arrivera jamais, à partir de maintenant.

– Alors, pourquoi es-tu venue ?

– Juste curieuse de voir la chambre d’un garçon, me taquine-t-elle d’un large sourire. J’aimerais savoir comment tu vas.

Je me redresse, le coussin toujours niché sous mes bras. Mes sourcils se froncent. J’avoue ne savoir que répondre. Elle m’encourage d’un signe du menton.

– Eh bien, je ne sais pas trop à vrai dire. Je suppose que je devrais être bien, à présent.

– Je vois. Ça viendra sûrement avec le temps.

Elle s’étire d’une grâce presque féline. Elle contemple à nouveau la chambre et je l’imite. Mes joues virent aussitôt à l’écarlate. D’un mouvement du pied discret, je repousse quelques vêtements sous mon lit. Les étagères et le bureau croulent sous le poids de différents objets, certains datant même de mon enfance. Quelques cahiers, aux couvertures déchirées, traînent par-ci et par-là. Il serait temps que fasse un large tri.

À mon grand soulagement, elle ne commente pas, bien que je devine un certain amusement derrière son regard hypnotisant.

– Est-ce tout ? je demande subitement pour couper à ma gêne, un bras levé pour me gratter l’arrière de la tête.

Idiot. Voilà ce qu’elle doit penser de toi.

– Je pensais que tu aimerais discuter un peu, également. Tu as l’air de beaucoup apprécier.

À ces mots, je me fige. Mon pied a percuté ma table de chevet et je vois le regard de Kristen suivre au ralenti la chute de la lampe. Celle-ci explose à même le sol dans un grand fracas. Mon amie porte une main à ses lèvres, incapable de prononcer le moindre mot. Des pas coursent dans les escaliers avant que de frénétiques coups fassent trembler la porte.

– Loïc ? Est-ce que tout va bien ?

– Oui, ne t’en fais pas, maman. J’ai juste… fait une bêtise.

Kristen observe la scène, goguenarde, et rit sous cape. La flamme de ma honte ne fait que croître, ravageant mon visage de son intense chaleur. C’en est fini de moi.

– Bon, si ce n’est que ça… nous parvient la voix de ma mère, à travers le bois. Tu iras racheter ce qu’il faut.

Sur quoi, elle s’empresse de retourner auprès de sa vaisselle. Je ramasse les bouts de verres pour les glisser dans la poubelle. Kristen, tête penchée, en profite pour poursuivre :

– Tu t’es trompé sur un point.

– Pardon ?

– Tes notes sur ton mur. C’est marrant, je ne pensais pas devenir un si grand mystère à tes yeux.

Nouveau malaise. Bon sang, cette fille doit avoir un vrai don pour cela. Je me relève aussitôt pour contempler, point sur les hanches, mon travail. Je garde le visage impassible, autant qu’il m’est possible dans ma gêne. Elle indique alors un post-it sous la photo des volets fermés. Sa chute : la mort de son frère. Je grimace.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

Sa tête heurte légèrement le mur pour s’y reposer et elle cherche l’inspiration sur mon plafond. Je regrette soudainement cette folie ridicule et me retient de bondir sur mon « arbre » pour le déchirer à bouts d’ongles.

– Ma chute date d’avant la mort de mon frère, annonce-t-elle finalement. Ce… ça va te paraître étrangement mais c’est cette morte qui m’a ouvert les yeux. Pas l’inverse.

La honte la couvre à son tour. Elle cale une mèche derrière son oreille avant de couper court à mes nouvelles interrogations. Décidément, les réponses ne sont pas pour tout de suite.

– Alors, demain, le grand retour au lycée ?

– Seulement si tu y retourne aussi, répliqué-je avec un semblant de malice.

Ses joues virent aussitôt à l’écarlate et elle lève les mains. Je l’ai prise au piège.

Je me laisse tomber face à elle et lui donne un léger coup de coude pour lui faire comprendre que je ne fais que la taquiner. Ses muscles se dénouent et elle se prête au jeu. C’est alors qu’une pensée effleure mon esprit : Kristen, tellement discrète, qui disparaît soudainement du cadre de l’établissement. Je n’en ai jamais connu la raison.

– Pourquoi as-tu quitté le lycée ?

Elle se balance d’avant en arrière rejette sa cascade de cheveux derrière son épaule. Je vois bien à son expression qu’elle ne souhaite pas me répondre. Pourtant, après une grande inspiration, elle se lance :

– Je voulais me rendre plus utile. Ailleurs. J’avais l’impression qu’après l’accident, mes études importaient peu. Ils ne faisaient que me ralentir. L’hôpital était pour moi une grande opportunité. Il y a tant de personnes qui ne demandent qu’à sourire, partager, discuter. J’étais là pour tout cela. Pour revigorer leurs espoirs perdus.

– Et qu’en pensent tes parents ?

D’un bond elle se lève, comme piquée par un dard. Je l’observe tourner en rond durant de longues minutes avant qu’elle ne vienne se poser devant la fenêtre. Là, la brise lui caresse la nuque et fait tourbillonner ses mèches de jais. Son regard est lointain, comme visant une perspective bien plus grande. Elle m’ignore, simplement, et je ne mets pas longtemps à deviner pourquoi : une rage l’envahit peu à peu. Une colère sourde incontrôlable qu’elle cache avec honte. Je me mordille les joues et feins de m’occuper à trier les affaires dans mon sac.

– Ils m’ont oubliée. C’est tout.

Je lève le menton dans sa direction. Les mots secs ont fusé dans l’air comme pour poignarder quelque chose. Je n’en suis pas la victime. C’est à elle-même que s’adresse ce mal.

– L’accident les a sûrement plus affectés que moi, poursuit-elle à ma question silencieuse. Perdre leur premier enfant, celui rempli de promesses et d’espoirs. Mon frère avait un futur. Il faisait la fierté de ma famille. Pas moi. Ils ne se sont pas encore remis de sa mort. C’est à peine s’ils répondent aux appels du lycée. « Une fille ? » qu’ils disent. « Non, je ne pense pas en avoir ».

– Je suis désolé…

– Tu n’as pas à l’être. Ainsi vont les choses.

Lorsqu’elle se tourne enfin vers moi, c’est à ma grande surprise que je remarque un soudain large sourire. Délicatement, elle me rejoint à nouveau au sol et me serre la main.

– Mais qu’importe. J’ai toujours de l’espoir. En eux. En tout.

J’acquiesce. Ce que je m’apprête à répondre l’étonnera autant que moi-même. Mon regard se glisse en direction de mes cours, éparpillés autour de moi. Je prends une feuille, issue de mon récent cours de français. Je suis prêt. Prêt à produire le possible de moi-même. J’allais l’avoir, ce bac.

– Et tu ne crois pas qu’en terminant tes études, tu pourrais t’engager à de plus grands projets encore que l’hôpital ?

Elle rit. De nervosité ? D’amusement ? Je ne parviens pas à le discerner clairement. Et pourtant, au fond de ses prunelles, se cache un vrai message.

« D’accord, Loïc. J’y réfléchirai. »

 

 

Qui ?

 

Quelle n’a pas été la surprise du professeur, que de me voir me présenter à la porte de sa salle de classe, une dizaine de minutes avant la sonnerie. Les regards se sont tournés vers moi et aucun son n’avait été prononcé. Pourtant, très vite, tous détournèrent leur attention. Je pris place et le cours débuta avec son habituel calme, me laissant un pincement au cœur : Kristen ne viendrait pas.

Je fus heureux de savoir que je me trompais.

Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit à la volée sur un visage rougi par l’effort. Embarrassée, Kristen balbutia quelques excuses au professeur interrompu, avant de courir s’installer à mon côté. Cette fois, les regards ne la lâchèrent pas. Leur intérêt pour le cours s’était envolé.

Kristen avait réarrangé ses mèches éparses, ignorant avec honte ses camarades. Puis je lui ai souri. Elle a fait de même.

La journée se déroula d’une telle tranquillité que je me pensais dans un rêve. Étais-je vraiment présent, assis à une chaise, à apprendre assidûment des pages remplies de notes ? Le soir, nous nous séparions avec la certitude de se retrouver au lever du jour. Je ne dormais presque pas, environné de mes cours et assimilant, encore et encore. Qu’importe, c’était ce que je souhaitais. Et le lendemain, tout recommençait.

Trois jours passèrent ainsi. Le soleil avait été au rendez-vous, jusqu’à ce que d’encombrants nuages n’assaillent les cieux. L’air est lourd, chaud. Au bord de la place, sur la table d’un café, Kristen et moi savourons quelques instants. Ses fins doigts serrent sa glace à la pistache. Je me demande si elle n’a jamais aimé d’autre saveur.

– Si j’ai beaucoup à rattraper, je ne me suis jamais sentie aussi prête, annonce-t-elle tout à coup d’un air serein.

– De quoi donc ?

– De nos premiers examens. Je ne doute pas qu’on les aura haut la main.

Je lève ma coupe de glace à la fraise en cet honneur. Moi-même ne me suis-je jamais autant senti aussi sûr de moi.

– Le plus dur est toutefois à attendre pour l’année prochaine.

Kristen hausse les épaules et fait tanguer sa cuillère entre ses doigts. Je pouffe discrètement. Devrais-je lui signaler qu’elle a une moustache verte qui lui ronge le haut des lèvres ?

– Mais nous sommes des combattants, n’est-ce pas ?

J’affirme d’un large sourire et nous continuons à discuter de tout et de rien jusqu’à ce qu’enfin nos ventres soient rassasiés. Il n’y a rien qui semble pouvoir briser notre paisible entrevue. Rien, jusqu’à ce que le cellulaire de Kristen ne produise un son. Elle hésite quelques instants avant de prendre fébrilement l’appareil entre ses doigts. La luminosité scintille dans son regard qui devient peu à peu fixe. Une pâleur creuse ses joues et sa bonne humeur n’est plus qu’un lointain souvenir. J’approche ma main de la sienne, restée près de son bol, mais elle s’écarte agilement. Sa réaction me fait froncer les sourcils. L’angoisse me saisit tout à coup par le cou.

– C’est ma mère, lâche-t-elle sombrement. Il faut que je rentre.

Aussitôt, elle lève le bras et appelle le serveur. Elle laisse à son attention quelques pièces avant de s’extirper de son siège.

– Quand nous reverrons-nous ? j’hasarde, la gorge tout à coup sèche.

Sa main qui tient son sac se décrispe aussitôt et elle me lance un sourire que je devine honnête. Ses lunettes plongent de sa tête à son nez et elle me salue.

– Demain, au lycée comme toujours ! Je t’attends dans le hall.

Cette promesse dite, elle prend congé. Je ne suis pas mécontent, bien au contraire. Je ne peux qu’espérer que le lendemain arrive vite.

Je rentre d’un pas pensif, les dernières semaines se déroulant sous mes yeux. L’évolution de ma vie est surprenante. Il y a eu un tournant brusque puis l’aveugle que j’étais a marché dans un profond fossé qu’il n’a pu éviter. Heureusement, la main secourable de Kristen m’avait aidé à grimper la côte. Et pourtant, je ne m’en sens pas totalement sorti encore.

Ma mère a pris sa journée. Aussi est-ce avec beaucoup de joie qu’elle m’accueille à mon retour. Elle a tout prévu : le plat de lasagnes puis le grand cinéma devant notre large télévision. Pour couronner le tout, un grand saladier de pop-corn nous attend sur le canapé. Je ne me souviens pas de notre dernière soirée amusante, à tous deux. Mais la voir avec autant d’excitation me soulage presque de mon vide.

L’écran s’allume. Des images défilent, des voix bondissent des enceintes, entrecoupés du croquement régulier de notre friandise sous nos dents. Et pourtant, mon esprit est à des pas de là. Il a monté les marches avec lenteurs avant de s’égarer dans le couloir jusqu’à ma chambre. L’arbre des mystères occupe toute ma pensée. A chaque fois que je pense m’approcher de la réponse, celle-ci me fuit d’entre les doigts. Les échanges avec Kristen tourbillonnent dans un coin de ma tête et je trie comme à mes habitudes les informations. Ces derniers temps, je n’ai pu la presser de questions comme je l’aurais souhaité. Elle doute, elle ne sait que me dire, je le vois bien. Est-ce par simple souci d’intimité ? Ou bien par peur de me brusquer ?

Je reprends le schéma dessiné sur mon mur. Une image me vient : Kristen, jeune fille soucieuse de ses études et curieuse de toutes choses. Plus bas, la photo aux volets fermés. Son frère est mort, mais son mal-être, semble-t-elle dire, ne date pas de cet instant. La chambre n’est bouclée que depuis deux mois. Deux mois que l’accident s’est produit. La photo de classe, où seul le fantôme de Kristen réside à présent, a été prise en début d’année. C’est donc à partir de ce moment où tout s’est dégradé.

 Et pourtant, quelque chose avait voulu que je reste ici, que je poursuive ma vie.

Je sursaute presque. Les mots me sont revenus spontanément. Et si ce quelque chose pouvait se changer en quelqu’un ? Et si, tout comme moi j’ai rencontré Kristen, la jeune fille a rencontré quelqu’un qui a su lui tendre une main secourable. Si là est la réponse, elle ne se résume qu’en une seule question. Courte. Efficace. Troublante.

Qui ?

Un coude me frôle gentiment les côtes et je me tourne vers le visage souriant de ma mère. Le saladier de pop-corn s’est à moitié vidé en a peine une demi-heure. Je l’interroge du regard.

– Je sais que tu ne vas pas aimer ce que j’ai à te dire, mais cela me ferait vraiment plaisir que tu contactes Julien.

Alarme. Catastrophe. Une voix me hurle aux oreilles de ne pas me laisser faire. Je l’ignore et gratta l’arrière de ma nuque, embêté. Elle poursuit sur sa lancée, cette fois en détournant les yeux vers l’écran :

– Si tu ne veux pas le faire pour toi, fais-le au moins pour moi. Je t’en prie.

Je soupire. Mais je ne peux pas refuser. Fini, la déception dans le regard de ma mère.

Je saisis mon téléphone pour taper quelques touches. Une fenêtre de facebook s’ouvre et je me tourne vers les dernières notifications : l’invitation ignorée de mon cousin. Mon pouce levé tremble un moment, mes cils papillonnent nerveusement. Oh et puis zut ! Ce cirque a assez duré. Si je veux que les choses rentrent dans l’ordre, il va me falloir prendre certaines dispositions.

Acceptée.

Voilà. Je ne peux plus faire demi-tour. Je montre la notification envoyée à ma mère, accompagné d’un sourire non dissimulé. Elle claque dans ses mains comme pour me féliciter. Un bras dessus un bras dessous, nous nous reconcentrons aussitôt sur le film, cette fois mes pensées bien loin de m’embêter.

Quelques minutes suffisent pour briser à nouveau le doux cercle. Je me dégage un peu pour attraper mon cellulaire. Un message. Julien n’a pas chômé.

Salut cousin ! Tu peux pas savoir comme je suis heureux de voir ton acceptation en ami. Je pense qu’on a beaucoup de choses à se raconter, pas vrai ? Dis-moi si je te dérange, je ne veux surtout pas être un pot de colle (ma foi, c’est peut-être déjà trop tard…)

Je m’esclaffe silencieusement devant les pitreries de Julien. Le message a été une douce surprise. Le souvenir de mes rivalités avec mon cousin n’a plus rien de commun à notre nouvel échange. Comme il l’a déclaré il y a quelques semaines, son souhait de renouer les liens et de repartir à zéro est bien réel.

– Qu’est-ce qu’il y a ? me demande ma mère tandis que mes doigts se dépêchent de livrer une réponse.

Elle n’a pas besoin que je prononce le moindre mot, elle a bien compris. Aussi décide-t-elle de me laisser un peut tranquille en compagnie de mon nouvel interlocuteur. Je ne vois même pas le niveau de pop-corn descendre à la vitesse de l’éclair. Je ne perçois même pas ma mère quitter le canapé lorsque la télévision s’éteint.

Il est minuit passé lorsque l’échange prend enfin fin.

 

A suivre…

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s