Poésie

Le troisième jour (par François Volff)

L’Ange

Combien le gouffre est sombre et le désert aride.
Combien l’horreur, Satan, de ton masque livide
A pénétré le monde inerte de stupeur,
Puisque Jésus est mort et qu’on te croit vainqueur !
Ainsi, les prisonniers des murs de Babylone
Disaient: « Jacob est mort, Yahvé nous abandonne.
Nous avons accroché nos harpes et nos pleurs
Aux javelots sanglants de nos triomphateurs. »
Mais la main du Seigneur nous prend et nous entraîne,
Des moissons d’ossements blanchissent dans la plaine.
« Ossements, revivez ! Chair, renais sur les os !
Cœur, de ton sang vermeil inonde les vaisseaux !
Esprit, souffle sur eux! » Ainsi dit la Lumière,
Et des hommes vivants jaillissent de la terre.
La Lumière revient : regardez l’horizon.
Sur la tête des lys, on sent comme un frisson.
L’aube est fraîche, la nuit à peine se disperse.
Le ciel est un brouillard qu’un blanc rayon traverse.
Tout près de Golgotha, on peut voir un jardin:
C’est là qu’est le tombeau de l’Envoyé Divin,
Et dans le matin frais, c’est là qu’on voit Marie.
La pierre était roulée.
Et la femme saisie
S’arrête. Le soleil est maintenant levé,
Le jardin est rempli de son souffle embaumé.
On voit dans les cyprès s’accrocher la lumière,
Un murmure confus remplit la terre entière.
Ô mystérieuse paix, qui pourrait te troubler?
Un homme est là, debout, auprès d’un olivier.

Jeune fille

Seigneur, le sais-tu ? Le tombeau est vide.
Où donc l’ont-ils mis ? C’était mon seigneur!
Pourquoi cet abus, et qui en décide?
Le repos des morts leur ferait-il peur?

L’ange

Mais c’est à ton Seigneur, femme, que tu t’adresses,
À ton Seigneur tes cris, tes larmes, tes détresses.
Crois-tu qu’on puisse ainsi tuer la Vérité,
Ton Seigneur était mort, il est ressuscité.

Coryphée

Ange du Seigneur, peuple de la terre,
Rois, princes, soldats, et toi, la lumière,
Et toi le soleil des jours triomphants,
Et les monts altiers, et les flots mouvants,
Toi, chêne puissant des forêts profondes,
Orge aux longs cheveux des plaines fécondes,
Entonnez joyeux votre TE DEUM.
Louez l’Éternel, villes du Latium,
Qu’on batte des mains, ô fleuves d’Asie,
Cèdres du Liban, que l’on psalmodie!
Aujourd’hui la mort est mise au tombeau
Et le monde s’ouvre au matin nouveau.

Choeur

Peuples, battez des mains. Terre, prête l’oreille!
Au souffle du Seigneur, la plaine se réveille.
Sous chaque croix de pierre, on sent un tremblement,
La terre ouvre son sein dans un bruit terrifiant.
De leurs poings décharnés, les morts brisent leurs marbres,
Par des crânes osseux sont soulevés les arbres.
Tout se lève, et déjà, sur ce peuple incertain,
L’Esprit fait en passant un orage divin.

François Volff, La Passion Titon (extrait)

Merci à François Volff, qui nous envoie cet extrait de La Passion Titon, une pièce de sa composition d’environ 470 vers, pas encore publiée, si ce n’est sous forme de brochures distribuées dans plusieurs églises.

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