Enfants, Prose

La mine (1/3)

Cette histoire a été écrite pour un camp chrétien pour enfants de 8 à 12 ans. Chaque chapitre dure environ 20 minutes s’il est lu à haute voix : l’histoire entière dure environ une heure.

Un petit bus tressautait et s’essoufflait dans la montée qui conduisait au hameau de La Hoyère. La distance n’était pas très grande depuis le bourg en contre-bas, mais la route en mauvais état malmenait tous ceux qui s’y aventuraient.
Hector, 11 ans et demi et sa sœur Tina, 10 ans, se cramponnaient à leurs sièges et s’efforçaient d’admirer le paysage d’une sauvage beauté qui défilait devant leurs yeux : les pâturages d’herbes sèches parsemés de pierres arrondies par les intempéries, de grandes roches nues qui ressemblaient aux ruines d’un château fort et les forêts vert foncé. Ils essayaient surtout de ne pas entendre Maurice, un camarade de classe d’Hector; et avec le bruit du moteur c’était presque possible. Encore un virage et le village fut en vue, avec ses maisons en pierres grises, aux toits couverts d’ardoise, serrées les unes contre les autres. Bientôt le véhicule s’arrêta sur l’étroite place du village. Les écoliers descendirent en se bousculant. C’était l’après-midi et les cours étaient enfin terminés.

« Hector ! On se retrouve aux ruines ! On a trouvé un coin épatant !
– Je ne peux pas venir, répondit-il. J’ai du travail à la maison.
– Toujours ton travail !
– Grand-père a besoin d’aide, expliqua Hector.
– Grand-mère aussi, ajouta Tina en se nouant un foulard sur la tête pour empêcher ses cheveux de voler dans le vent.
– La barbe ! répliqua Albert. Ils se débrouilleront tous seuls pour une fois. Viens !
– N’insiste pas, le pria Hector en resserrant les sangles de son sac. Ils m’attendent : j’y vais.
– Bien sûr ! ironisa Maurice. Hector et Tina sont de petits saints ! »

Et tandis que le frère et la sœur se dirigeaient vers leur maison, située trois cents mètres à l’écart du hameau, Maurice les suivait et les poursuivait par ses sarcasmes et ses moqueries. Cela se répétait presque tous les jours. Tina se pinçait les lèvres pour ne pas pleurer et serrait très fort la main de son grand frère. Au bout d’un moment, celui-ci s’arrêta, une étrange lueur dans le regard. Il venait de se souvenir de ce que son grand-père lui avait expliqué la veille.
« Maurice, dit-il très sérieusement, je dois te remercier. »
Le garçon se tut et le dévisagea de travers.
« Je suis un peu plus riche après chacune de nos rencontres. Merci. »
Maurice vérifia rapidement ses poches.
« Qu’est-ce que tu me piques ? cria-t-il en colère.
– Rien ! le rassura Hector. Mais tu te moques toujours de moi parce que je crois en Dieu…
– Pauvre nigaud, confirma Maurice.
– C’est toi qui es pauvre, corrigea doucement Hector. Et moi qui suis riche. Car Dieu prépare dans le ciel de belles récompenses à ceux qui subissent des moqueries à cause de leur foi. Alors, merci pour tout et à demain ! »
Hector et Tina plantèrent là un Maurice stupéfait. Il les regarda s’en aller, puis fit demi-tour les poings au fond des poches. Il tapa rageusement des pieds les cailloux qui traînaient sur son chemin et partit rejoindre les autres enfants. Il concoctait dans son esprit les méchancetés qu’il raconterait au sujet d’Hector et de Tina. Plus il y pensait, plus il était triste ; et plus il était triste, plus il était en colère ; et plus il était en colère, plus il cherchait à se venger. De quoi au juste, il ne le savait pas.

Hector et Tina, pendant ce temps, arrivaient à la hauteur de leur maisonnette. Comme les autres, elle était bâtie à l’aide des pierres du lieu. Une bergerie et un poulailler y étaient accolés. Les branches d’un vieux sureau qui poussait tout contre le mur valsaient dans le vent et l’on entendait gémir la poutraison. Tina abaissa la grosse poignée de fer et ses cris couvrirent le grincement de la porte :
« Grand-mère ! Grand-mère ! Hector a été formidable !
– Pas du tout ! la contredit-il en souriant. Il était malgré tout très content de lui. C’est grâce à grand-père ! »
La grand-mère, installée sur l’unique chaise de la pièce, profitait du soleil pour repriser les chaussettes trouées. Elle posa son ouvrage sur le rebord d’une petite fenêtre et les regarda d’un air taquin.
« Que s’est-il passé ? » demanda-t-elle.
Et Tina narra avec beaucoup d’entrain comment Hector avait donné une si bonne réplique à Maurice. La grand-mère s’en amusa et sourit à ses petits-enfants.
« Eh ! bien ! s’exclama-t-elle, tu as mille fois raison, Hector ! Il nous faut vivre pour le ciel.
– Oui, sourit le garçon, c’est justement ce que grand-Père nous expliquait hier !
– Je vois que sa leçon a été utile » se réjouit-elle, puis elle ajouta :
« Vous avez sans doute faim ? Prenez donc un bout de pain ! »
Les enfants ne se firent pas prier. Tina se dirigea vers la huche et prit un morceau pour elle et un pour son frère.
« Merci ! s’exclama-t-il en portant le pain à sa bouche. Mais je vous laisse, je vais aider grand-père à traire les brebis ! »
La porte claqua bruyamment. Tina se tourna vers sa grand-mère :
« Et toi, grand-mère, demanda-t-elle, je peux t’aider pour quoi aujourd’hui ?
– Viens, nous allons faire du fromage. »
Tina battit des mains. C’était une activité fort gratifiante et elle aimait tout particulièrement déguster un fromage qu’elle avait confectionné elle-même.

Un peu plus tard, le frère et la sœur s’attablèrent pour faire leurs devoirs. Tina, qui avait de la facilité à l’école, les termina rapidement.
« Tina ! l’appela sa grand-mère.
– Oui ?
– J’ai appris que la maman de Maurice est très malade. Serais-tu d’accord d’aller lui apporter cette miche de pain frais et ce fromage ? »
Tina fit la moue. Elle n’oubliait pas le comportement blessant de Maurice. Mais elle se souvenait aussi de ce qu’Hector avait dit…
« Qu’est-il écrit dans la Bible ? demanda la fillette.
– Il est écrit qu’il nous faut aimer nos ennemis, faire du bien à tous, prêter sans rien espérer en retour, être bons comme Dieu est bon. Ainsi, notre récompense sera grande dans le ciel.
– C’est Jésus qui le dit ?
– Oui, confirma sa grand-mère.
– Et lui, l’a-t-il fait ?
– Oui, ma chérie. »
La grand-mère attira sa petite-fille contre elle.
« Jésus nous a laissé un exemple en tout. Il est mort pour nous sauver alors que nous étions encore ses ennemis… »
Tina réfléchit un instant, puis se décida :
« D’accord, grand-mère, j’y vais !
– Merci Tina, je suis fière de toi ! »

Tina prit un panier, y déposa le pain et le fromage et s’en alla. Elle dévala la pente et arriva bientôt à la hauteur de la maison de Maurice. Elle ralentit le pas et respira profondément. Son cœur battait très fort. Elle toqua et attendit. Les autres voisins avaient-ils aussi apporté quelque chose ? Elle savait bien qu’à La Hoyère, personne n’était riche : la terre était peu productive et la vie rude. Elle entendit bientôt gémir le plancher. La poignée s’abaissa et le battant s’ouvrit lentement. Une femme se tenait dans l’ouverture, le teint blafard. Tina vit comme elle se cramponnait au montant de peur de tomber.
« Grand-mère m’envoie vous apporter un peu de pain et de fromage, dit-elle timidement.
– Merci, répondit faiblement la femme. C’est très aimable. »
Mais elle n’esquissa pas le moindre geste.
« Je vais vous aider à regagner votre lit » décida la jeune fille. 
La maman de Maurice hocha la tête. Tina la soutint pour traverser la pièce et se coucher.
« Merci, mon trésor, murmura la malade. Tu es bien plus serviable que Maurice ! Je pense que ce garnement ne va pas tarder à rentrer. Grâce à toi, il aura quelque chose à manger. »
Une quinte de toux l’interrompit.
« Voilà plusieurs jours que je ne quitte presque pas mon lit. Je ne peux ni faire des courses, ni confectionner mon pain… »
Tina posa le pain et le fromage sur la table. Avant de s’en aller, elle regarda rapidement autour d’elle. Un plancher recouvrait le sol, des tapisseries – un peu fanées, il était vrai – décoraient les murs. Des rideaux pendaient aux fenêtres et un grand vaisselier trônait au fond de la pièce. Il y avait même un canapé en face de la cheminée. Et une télévision… Mais malgré tout, la pièce semblait remplie de tristesse. Elle avisa encore une photographie au mur.
« C’était votre mari ? s’entendit-elle demander.
– Oui, soupira douloureusement la malade. Il est mort à la mine… Maurice lui en veut beaucoup, confessa-t-elle comme malgré elle.
– Mon papa aussi est mort à la mine, raconta Tina. Maintenant, il m’attend au Ciel.
– Si le Ciel existe, s’emporta la maman de Maurice, mon mari n’y est pas ! 
– Je vous demande pardon, bredouilla Tina. Je ne voulais pas vous rappeler de mauvais souvenirs. J’ai parlé trop vite. Pardon…
– J’y pense de toute façon tout le temps… » murmura-t-elle. Et plus fort, elle ajouta :
« Merci pour le pain et le fromage !
– Avec plaisir » répondit sincèrement Tina.
Elle repartit soulagée. La visite s’était passé mieux qu’elle ne l’avait craint. Elle était contente d’avoir fourni un repas à Maurice et elle se réjouissait surtout d’avoir pu apporter un peu de soulagement à la veuve.

Elle retourna chez elle et se hissa sur un tabouret. Elle contempla la pièce principale de leur maisonnette, son sol en terre battue, ses murs blanchis à la chaux. Le seul élément de confort était une antique cuisinière à bois qui servait de chauffage à la saison froide. Il y avait aussi une table et quatre tabourets, une étagère garnie de livres lus et relus qui tombaient en loques et un coffre à vêtements. Quelques provisions s’entassaient dans un renforcement du mur.
« Rien n’a dû changer depuis cent ans ! soupira-t-elle.
– Qu’est-ce que tu dis ? » l’interrogea son grand-père.
Tina sursauta. Elle avait cru avoir parlé assez bas pour ne pas être entendue.
« Dis, grand-père, c’est ici que tu as grandi ?
– C’est exact, confirma-t-il.
– Je parie que depuis ton enfance, rien n’a changé» remarqua-t-elle avec une pointe d’amertume.
« Tout de même ! s’exclama-t-il. Il y a maintenant l’électricité et l’eau courante !
– Il n’y en avait pas, avant ? s’étonnèrent les enfants.
– Quand j’avais votre âge, nous allions chercher l’eau à la source et nous nous éclairions avec des lampes à huile ou des bougies.
– Et vous trouviez assez d’eau ? demanda Hector en pensant aux étés toujours trop secs de la région.
– Il fallait faire avec ce qu’il y avait… Comme maintenant aussi. Il y a chaque année d’importantes restrictions.
– Et tu n’as jamais eu envie de partir ?
– C’est mon pays, je l’aime ! déclama le grand-père. La vie n’est pas facile ici, je le sais, mais ainsi j’apprends à toujours compter sur Dieu.
– J’aurais tant aimé avoir un plancher, comme chez Maurice… »
Le grand-père caressa les cheveux bruns de Tina.
« Moi aussi j’aurais bien aimé, reconnut-il. Peut-être un jour Dieu le permettra-t-il. Mais jusqu’à ce jour, nous avons toujours eu assez pour vivre, jamais assez pour investir. »
Ses yeux se posèrent sur la grande Bible posée en évidence sur l’étagère.
« Moi, ajouta-t-il avec un clin d’œil, j’investis dans l’éternité ! Même si je ne dirais pas non à un plancher pour le présent… »
Il se leva pour prendre le précieux livre.
« Tous les habitants de La Hoyère sont pauvres… et aux yeux des hommes, nous sommes les plus pauvres d’entre eux. Mais quand nous possédons cela, dit-il en posant amoureusement sa main sur la Bible, nous sommes riches, même si nous mourons de faim. Et si Jésus-Christ est le maître de nos vies, si nous croyons en lui, l’aimons et lui obéissons, alors nous possédons des richesses inestimables, car il nous offre la vie éternelle dans son royaume. Et nous ne pouvons même pas imaginer combien cela sera beau et passionnant d’y être ! »
Hector et Tina l’écoutaient avidement. Quand il parlait de sa foi, ses yeux brillaient plus que des diamants et sa voix se parait de chaleur et d’ardeur.
« Par la Bible, continua-t-il, nous savons tout ce qu’il est nécessaire de connaître. Elle ne se trompe jamais et rien ne lui manque. Nous pouvons lui faire aveuglément confiance. »
Il ferma les yeux un instant et les enfants surent qu’il adressait à son Dieu une prière silencieuse. Enfin, il se releva et rangea le livre à sa place. Il était maintenant l’heure du repas. La grand-mère posa sur la table une marmite de potage et ils remercièrent Dieu pour la nourriture qu’il leur offrait fidèlement. Ils mangèrent leur soupe en bavardant, y trempaient du pain rassis pour le faire ramollir et burent du lait de brebis.
« Merci, grand-mère, je me suis régalée ! s’exclama Tina lorsqu’elle eut entièrement vidé son assiette.
– C’était délicieux ! approuva Hector. Je peux sortir de table ?
– Bien sûr, mon garçon, acquiesça le grand-père. Allez jouer un moment, vous l’avez bien mérité. »

Les enfants sortirent et une puissante bourrasque les frappa en pleine figure, leur coupant un instant la respiration. Hector et Tina aimaient le vent quand il soufflait avec violence. Ils se sentaient plus vivants que d’habitude. Ils firent quelques pas sans parvenir à marcher droit ; ils avaient le goût sucré du sang dans la bouche, les yeux qui pleuraient et un sourire qui irradiait tout leur visage. Tous deux grimpèrent sur le muret de soutènement qui bordait une terrasse caillouteuse pour se livrer à leur activité favorite. Ils ouvrirent leurs vestes et saisirent fermement un pan dans chaque main de façon à former une espèce de voile. Debout face au vent, ils se laissaient tomber en avant – et ne tombaient pas !
« Ah ! soupira Tina en se laissant choir au sol. C’était trop chouette ! »
Hector s’assis à côté d’elle, les jambes dans le vide.
« Oui, confirma-t-il. En plus, aujourd’hui, le vent n’est ni froid ni brûlant, mais juste agréable ! »

Ils restèrent silencieux, les yeux perdus dans le vague des montagnes bleues qui s’estompaient à l’horizon. La nuit ne tarderait pas à descendre couvrir la terre de son manteau noir et Tina se voyait déjà couchée sur le dos, comptant les étoiles qui scintilleraient bientôt dans le ciel. Mais soudain, Hector se leva en grommelant.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Tina
– Des épines qui n’arrêtent pas de s’accrocher à ma veste. M’en vais les déraciner !
– Assieds-toi simplement un peu plus loin…
– Autant les enlever, s’entêta Hector. Comme cela, elles n’embêteront plus personne. »
Il courut à la maison chercher des chiffons pour se protéger les mains, empoigna la plante à la base et tira de toutes ses forces. Elle ne céda pas.
« Attends, je vais t’aider ! » offrit sa sœur.
Elle ramassa un éclat de pierre et se mit à creuser la terre.
« Jamais je n’aurais cru qu’une petite plante comme ça aurait de telles racines, rouspéta Hector. Je vais ôter quelques pierres. »
Tina se joignit à lui. Ils déplacèrent quelques pierres. Hector se releva pour arracher la plante et Tina recommença à gratter la terre avec son outil improvisé.
« Ça y est ! Ça vient ! cria Hector.
– Eh ! Qu’est-ce que c’est ? s’exclama Tina.
– Je sais pas, moi. Une plante qui pique !
– Non, ça ! »
Hector s’arcbouta une dernière fois et extirpa enfin la plante avec sa racine. Il la jeta au loin et se pencha vers sa sœur.
« Qu’est-ce que tu me disais ?
– Il y a un drôle de truc qui dépasse, ici. »
Tina avança la main là où la racine avait laissé un trou et ramena un objet en cuir encroûté de terre.
« Regarde !
– On dirait une pochette…
– Rentrons ! Il fait sombre, on n’y voit rien. Et s’il y a quelque chose dedans, le vent risquerait de l’emporter ! »

Le calme de l’intérieur les saisit : une ampoule brillait, les aiguilles à tricoter de grand-mère cliquetaient et grand-père sirotait doucement un thé brûlant. Les enfants s’assirent à table, en face de lui et examinèrent leur trouvaille. Il s’agissait d’un porte-monnaie de cuir très usé. Ils l’ouvrirent précautionneusement et regardèrent à l’intérieur. Ils y découvrirent quelques piécettes et un papier. Au bruit que fit la monnaie en tombant sur le bois, le grand-père ouvrit les yeux et les ouvrit même très grand.
« Où avez-vous déniché ça ?! »
Hector et Tina le regardèrent surpris.
« Qu’est-ce que c’est ?
– Où l’avez-vous trouvé ?
– Sous une pierre du mur de soutènement. C’était ton porte-monnaie ? »
Grand-père paraissait ému et ses yeux se mouillèrent. Avec un doux sourire, il leur expliqua :
« Non, c’était celui de votre papa. Il a dû le perdre quand nous construisions le mur… »
Tina et Hector regardaient avec émotion l’objet qu’ils tenaient entre leurs mains. Ils possédaient maintenant enfin un souvenir de leur père ! Hector déplia délicatement le papier.
« Et ça, demanda-t-il ? Qu’est-ce que cela représente ? On dirait un plan…
– C’est un plan, confirma Grand-père. Celui de la mine.
– La mine où il est mort ? » bredouilla Tina bouleversée.
Grand-père hocha la tête.
« C’était il y a quatre ans. Ça avait été une terrible journée, se souvint-il. Cette mine avait autrefois été exploitée par l’Etat, puis elle avait été abandonnée par manque de rentabilité, comme la plupart des mines du pays. Mais les villageois continuaient à y chercher du charbon pour alimenter leurs fourneaux et pour se chauffer durant l’hiver.
– C’était dangereux ? »
Grand-mère avait posé son tricot et s’approchait d’eux.
« Oui, Hector, dit-elle, c’était un travail difficile et dangereux. Mais personne ne s’en rendait vraiment compte. Jusqu’au jour où un terrible éboulement s’est produit, enfermant les mineurs derrière des mètres cubes de terre.
– Vous les avez retrouvés ?
– Oui, se rappela Grand-père, mais c’était malheureusement trop tard. Cinq hommes sont morts lors de cette catastrophe. Pour un si petit village, cela faisait beaucoup. Depuis, plus personne ne va chercher du charbon dans la mine…
– Le papa de Maurice y était aussi, se souvint Tina.
– C’est vrai. Il la connaissait pourtant comme sa poche. C’était lui le contremaître avant qu’elle ne ferme.
– Et il n’a rien vu venir ? s’étonna Hector.
– Les accidents sont souvent imprévisibles… soupira grand-mère.
– C’est papa qui a dessiné le plan ? s’informa le garçon.
– En effet. Je m’en souviens encore… Il était assis à ta place, Tina et s’appliquait pour faire un plan le plus précis possible. »

Personne, dans la maisonnette, ne se doutait d’être observé. Pourtant, au coin d’une fenêtre, une tête échevelée apparaissait de temps en temps.
« Maurice ! appela-t-elle à voix basse. Viens voir ! »
Le garçon se faufila silencieusement jusqu’à son camarade qui lui désigna la fenêtre du menton. Maurice y jeta un œil et s’accroupit.
« Ils ont trouvé un plan !
– C’est bien ce qu’il me semblait…
– C’est le plan d’un trésor, j’en suis sûr ! s’exclama Maurice qui aimait lire des romans d’aventure.
– Tu as raison ! s’exclama l’autre aussitôt enthousiaste. Mais alors… ils vont le trouver et nous pas !
– On va s’arranger… Pour l’instant, on fait comme on avait prévu.
– D’accord, ils auront bien ce qu’ils méritent ! »
Deux ombres se glissèrent vers la bergerie où se reposaient les brebis. Durant l’après-midi, Maurice, grâce à d’habiles mensonges, avait facilement convaincu les autres enfants du village à jouer un vilain tour à la famille d’Hector. Et pendant que les lumières de la maisonnette s’éteignaient, ils faisaient sortir en silence les moutons et les dispersaient dans la campagne. Le mugissement du vent couvrit sans peine le peu de bruit qu’ils firent.

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