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Ta meilleure ennemie

Aïe ! Elle a mis la robe noire, c’est mauvais signe ! Je sens que je vais devoir intervenir ces prochains jours. J’espère juste qu’elle est pieds nus… Oh non, elle a encore chaussé ses talons aiguilles. Pourvu qu’elle me fiche la paix…

Voyons, six grammes de dentifrice sur la brosse… Et elle laisse l’eau couler, comme d’habitude. Elle ne sait pas combien ça représente toute cette eau qui s’échappe du robinet pendant deux minutes. Il faudrait que je le lui dise un jour…
Deux kilos cent ; deux kilos deux cents ; deux kilos trois cents… Ça m’énerve, je préfère arrêter de compter.
Oups ! Elle me regarde méchamment. Aujourd’hui, je suis son ennemie, comme si c’était ma faute. Moi, je suis précise et immuable, c’est elle qui est instable.
Ça y est, elle approche son pied et me tire pour me décaler devant ma copine, la petite poubelle rose. Comme d’habitude, elle ne se baisse pas pour me déplacer avec ses mains, non, ce serait trop lui demander ! Quel manque de délicatesse ! Sur ma notice, il y a bien marqué : À manipuler avec précaution », mais elle ne l’a jamais lue, la notice !
Ouille ! Pas avec les talons ! Descends ! Descends, s’il te plait ! Retire tes chaussures ! Tu devrais les jeter dans ma copine rose, ce sont des objets de torture pour toi comme pour moi !

– Oh la, la t’es complètement détraquée, toi ! Je ne peux pas avoir pris deux kilos en dix jours, ce n’est pas possible ! Voyons ce que tu as à me dire.

Aïe ! Encore un coup de talons sur mon bouton… Clic !

– Tu as pris deux kilos et deux-cent-quarante grammes précisément. La masse graisseuse corporelle est de…
– Ah, non, hein ! Tu ne commences pas avec ta masse graisseuse !
– Il ne s’agit pas de la mienne, je n’ai même pas besoin de lubrifiant, je suis électronique. – Tu n’as rien de plus intéressant à me dire ?

– D’accord, on ne parle pas de ta masse graisseuse. Parlons plutôt de ta croisière. Je t’avais dit que ce n’était pas une bonne idée cette option : « buffet à volonté ».
– Heureusement qu’il y avait ce buffet pour me consoler, parce que Max…
– Quoi ? Tu veux dire que Max t’a encore laissé tomber ? Il a rencontré quelqu’un d’autre ? – Non, il m’a juste dit qu’il désirait reprendre sa liberté. C’est fait ! Il est libre, Max ! Et moi, je me retrouve seule, et je ne rentre dans aucune robe… Tiens, j’ai envie d’aller me pendre ! – Ne te pends surtout pas ! Repends-toi, plutôt !

– Pourquoi veux-tu que je me repende ? Je ne me suis pas encore pendue. Et puis, c’est une façon de parler ! Je n’ai même pas de corde.
– Hé, hé, moi je trouve que tu en as plusieurs à ton arc. Restons sérieuses ! Je te parle de vraie repentance ! Tu vaux plus que ce Max.

– Repentance ? Tu dérailles, Téraille ! Moi, je n’ai rien fait de mal ! Pourquoi je devrais me repentir ?
– Téraille, c’est pour ma copine la poubelle rose, pour toi, c’est Téraillon, s’il te plait ! Tu n’as pas besoin de te repentir ? Tu n’as donc aucun regret pour tous les mauvais choix que tu
fais ?

– Ben, si, mais au moment de prendre une décision, la voie que je prends ne me semble pas si mauvaise.
– Les mauvais choix commencent toujours par des voies qui paraissent droites. La repentance ne suffit pas. Il faut que tu apprennes à dire non ! On va commencer par un domaine facile. Voyons qu’as-tu prévu pour ton repas de midi ?

– Mmm… Des carottes râpées, pourquoi ?
– Pas mal, les carottes, mais ne mets pas trop d’huile d’olive.
– De quoi te mêles-tu ? Tu n’es pas une balance de ménage que je sache !
– Non, mais j’ai tout intérêt à te faire maigrir. Quand tu te sens mieux, tu ne mets plus ces talons aiguilles qui labourent mon plateau. Alors ? Quelle est la suite de ton repas ? Tu ne vas manger que des carottes ?
– Non, j’ai un petit travers de porc caramélisé, une merveille !
– Ça ne va pas du tout ça ! Balance ton porc ! Si encore c’était du filet mignon, mais le travers va te rester…
– En travers ! Oui, je sais ! Je commence à connaître tes jeux de mots laids !
– Pas du tout ! je voulais dire : le travers va te rester sur les jambettes. Je ne dis jamais de mots laids. Je pèse tous mes mots. Et comme dessert ?
– Une charlotte, et ne ramène pas ta fraise !
– Je ne dis plus rien, mais tu vas le regretter.
– Et bien, j’irai me rependre ! Ce n’était pas une bonne idée de te mettre en marche le jour de mon retour de vacances. À demain !
– Attends ! Je suis ta meilleure enne…
Clic !

Et voilà ! Elle a encore oublié d’éteindre la lumière en partant ! Il faudrait que je lui dise combien pèse ce plafonnier sur sa facture d’électricité. 

Ève Alpi
https://evealpi.wordpress.com/

Ce texte est une réponse au défi d’écriture #10 : Fais parler un objet.

1 réflexion au sujet de “Ta meilleure ennemie”

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