Babylone·Dimitri Plogrov·Théâtre

Dimitri Plogrov – Acte V (2)

Scène V

APOLLOS – THÉOPHILE – PRISCILLE – ESTHER – YVONNICK –BAFANOV – PLOGROV ressuscité

BAFANOV

Il est ressuscité ! À lui toute la gloire !
La mort fut engloutie dans la pleine victoire.

PLOGROV

Je suis vivant ! Ne suis-je pas Nimrod le Grand,
Celui que vous vouliez enterrer en pleurant
Tout comme Jésus-Christ sortant de la caverne
Lui servant de tombeau ? Mais pour votre gouverne,
Sitôt remis debout, le Christ ressuscité,
Comme un petit ballon par-dessus la cité
S’en est allé, caché derrière les nuages.
Il n’a daigné rester près des siens. Quel dommage !
Moi, Dimitri Plogrov, dans ma divinité,
Je suis l’unique voie, la seule vérité.
Le Christ ressuscité, entre deux nébuleuses
Enseigna l’Occident de doctrines fumeuses,
Mais quel être sensé croit en ce Dieu lointain,
Sévère et sans amour, ce tyran puritain ?
Malheur à qui le sert ! Malheur à qui l’écoute !
Qu’on l’oublie, le Messie avait fait fausse route.
Gardez-vous de la nuit. Tournez vers moi les yeux.
Adorez à genoux, je suis le seul vrai dieu.
Maudit soit le profane et maudit l’hérétique !

THÉOPHILE

Un sermon bien construit !

PRISCILLE

                                     La pure homilétique !

PLOGROV

Mais j’entends murmurer. Non ? J’avais cru. Tant mieux.
Prosternez-vous, filles, garçons, jeunes et vieux.

(Les spectateurs se prosternent.)

BAFANOV

Sachez tous que je suis de Nimrod la parole.
Il est seigneur, je suis son christ, chacun son rôle.
Il est l’être suprême, je suis l’esprit divin
Car l’homme de Nimrod ne prêche pas en vain.
Du puissant roi je suis le prophète et l’oracle
Et le confirmerai à renfort de miracles.

PLOGROV

Accomplis maintenant les premiers en mon nom.
Esther, qui n’as point cru, je t’offre le pardon,
Et d’ailleurs, n’es-tu pas ma muse, ma maîtresse ?

BAFANOV

Au saint nom de Nimrod, Esther, la pécheresse,
Au nom du dieu vivant, reçois la guérison,
Recouvre ta vigueur et sort de ta prison.

ESTHER 

Où suis-je ? Encore en vie ? Quelle est cette lumière ?

BAFANOV

Debout !

YVONNICK

               Elle rampait si bien, cette vipère !

ESTHER 

Un frisson de plaisir me fait vibrer le corps,
Et regardez ma main, ce pauvre membre mort.
Elle vit à nouveau, sa force est revenue.
Admirez, chers messieurs, cette jolie main nue.

BAFANOV

Esther, par mon pouvoir recouvras la santé,
Tu serviras Nimrod selon sa volonté.

ESTHER 

Maître, tu m’as sauvée, je serai ton esclave,
Léger est ton fardeau et ton joug est suave.

(Elle s’agenouille devant Plogrov, puis montrant les quatre prisonniers.)

Ces quatre fiers vilains aux colonnes liés
Leurs genoux devant toi ne peuvent pas plier.

PLOGROV

Belle excuse, il est vrai. Esther, tranche leurs cordes.
C’est un jour d’allégresse et de miséricorde.

(Esther libère les prisonniers.)

ESTHER 

Dommage ! Avec plaisir je vous aurais occis.

BAFANOV

Dans sa grande bonté le maître agit ainsi
Mais il veut qu’à genoux chacun prie et l’adore.
Il vous faut le louer et même plus encore.

YVONNICK

Ô Nimrod, mon époux, toi qui m’as pardonné
Mon péché, mes débauches, mon courroux obstiné,
Viens, prends possession de ton humble vassale,
Je m’offre tout à toi, je serai ta vestale.

PLOGROV

Yvonnick, chère fille, tu as fait le bon choix :
Tu m’as choisi pour dieu. Qu’en est-il de vous trois ?
Vous serviez Jésus-Christ, croyance ridicule,
Épinglé sur le bois comme une libellule,
Le roi crucifié, d’épines couronné,
Dieu de mort ! L’avez-vous enfin abandonné ?

THÉOPHILE

Non.

PLOGROV

      Vraiment ? Et vous ?

PRISCILLE

                                     Non.

PLOGROV

                                               Quel aplomb ! Quelle audace !
On s’oppose à Nimrod, on lui résiste en face.
Mourir en bon chrétien, c’est ce que vous voulez ?
Quant à vous révérend ?

APOLLOS

                                   Laissez-moi leur parler.

(Sur un signe affirmatif de Plogrov, il s’adresse à Théophile et à Priscille.)

Plogrov est disposé à vous laisser la vie ;
C’est une grâce unique, occasion bénie.

THÉOPHILE

Avec ce monstre-ci peut-on négocier ?

PRISCILLE

Satan vêtu d’un corps, qui pourrait s’y fier ?

APOLLOS

Comme vous y allez ! C’est une simple ruse.
S’incliner devant lui, nous avons des excuses.
Naaman n’a-t-il pas au temple de Rimon
Feint auprès de son roi d’honorer ce démon ?
Il avait du salut accepté la promesse
Mais nous devons aussi prouver notre sagesse.

THÉOPHILE

Tu fais ce que tu veux.

PLOGROV

                                   Alors ?

THÉOPHILE

                                               C’est non.

PRISCILLE

                                                              C’est non.

APOLLOS

Maître, je suis acquis, je louerai ton saint nom.

THÉOPHILE

La belle trahison !

PRISCILLE

                          Honteuse apostasie !

APOLLOS

Allons ! n’accusez pas le berger d’hérésie.
Je ne cesserai pas d’adorer le Seigneur.
Ma bouche loue Nimrod, le Christ est dans mon cœur.

THÉOPHILE

Judas !

PLOGROV

(à Esther)

            Je te confie ce duo de rebelles.
Ils sont tes prisonniers, mécréants infidèles.
Garde-toi seulement de leur livrer la mort ;
Au moment convenu je réglerai leur sort.

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