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Défi d’écriture #23 : quand l’habitude nous cache la vue sur notre nature…

L’habitude est une seconde nature, et non moins puissante.
Michel de Montaigne, Essais, Livre III, chapitre 10

Il est intéressant de constater que cette citation de Montaigne est également attribuée à d’autres auteurs. Et (presque) tous l’ont réellement écrite ! En fait, la formule Consuetudo est secunda natura (L’habitude est une seconde nature) est attestée depuis l’Antiquité.
On la retrouve notamment chez saint Augustin dans Contre Julien. Augustin y reprend la formule employée par son adversaire, pour lui donner un sens théologique beaucoup plus fort, directement rattaché à la condition de l’homme après le péché :

Pourquoi donc ne croyez-vous pas que ce péché du premier homme, dont l’énormité est au-dessus de toute expression, a eu, pour corrompre la nature humaine tout entière, au moins autant d’efficacité que cette seconde nature en a aujourd’hui à l’égard d’un homme en particulier ? (tu as cru en effet devoir nous rappeler que l’habitude est appelée par les savants une seconde nature). Augustin, Contre Julien, I, CV 

La seconde nature, pour Augustin, est d’abord celle avec laquelle nous naissons, en opposition avec notre nature originelle (celle de la création). Il utilise l’expression « L’habitude est une seconde nature » pour expliquer le changement radical de la nature humaine lors du péché originel, qui affectera toute la postérité d’Adam. Nos péchés influencent notre comportement et notre caractère au point que nous agissons de manière répétée et automatique, comme si c’était naturel.

Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. 
Romains 7.19

Les habitudes du péché, développées au fil du temps, deviennent ainsi une « seconde nature, » qui doit être combattue et surmontée par la Grâce divine.

Dans la littérature

L’habitude, cette force mystérieuse qui s’infiltre dans chaque aspect de notre vie, a également trouvé sa place dans les pages de la littérature, où elle devient un personnage silencieux qui influence profondément le développement des histoires et des personnages.

Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu reprend la citation ci-dessus et ajoute :

Car si l’habitude est une seconde nature, elle nous empêche de connaître la première dont elle n’a ni les cruautés, ni les enchantements.
Marcel Proust (A la recherche du temps perdu)

Proust souligne que les habitudes nous empêchent de connaître notre nature première. Dans son roman fleuve, A la recherche du temps perdu, Proust examine comment les routines et les conventions sociales peuvent éloigner les individus de la recherche de leur essence profonde. Mais pour lui, contrairement à Augustin, cette nature originelle est faite d’enchantements, mais aussi de cruautés.

Charles Dickens, dans Conte de Noël, montre comment  Scrooge est piégé dans une habitude de froideur et d’avarice. Cependant, Scrooge sera confronté à ses habitudes destructrices et aura l’opportunité de changer. Dickens veut montrer que la réflexion sur ses actions passées et la volonté de changer peuvent ouvrir la voie à une nouvelle vie, connectée avec notre nature première.

Le contraire de l’aventure ?

Un autre aspect de l’habitude que l’on retrouve fréquemment dans la littérature est le conflit entre la routine et l’aventure. Je pense par exemple au Hobbit de J.R.R. Tolkien : Bilbo, le héros de l’histoire, est un hobbit qui mène une vie paisible et routinière jusqu’à ce qu’il soit entraîné dans une aventure épique (que vous connaissez sans doute).

Dans Don Quichotte de Miguel de Cervantes, Don Quichotte est un autre exemple classique du conflit entre la routine et l’aventure. Il abandonne sa vie monotone pour devenir un chevalier errant, cherchant des aventures héroïques.

Et nous ?

Avons-nous déjà réalisé des actions simplement par habitude, sans même y penser ? Faisons-nous le mal que nous ne voulons pas ? Suivons-nous toujours les mêmes routines pour éviter le changement ?

Le défi de ce mois d’octobre nous invite à réfléchir sur ces habitudes négatives qui ont peut-être perdu leur visibilité dans notre quotidien, et à explorer ce qui pourrait les perturber. Est-ce qu’une rencontre fortuite pourrait tout changer ? Quelque chose ou quelqu’un aurait-il le pouvoir de briser nos habitudes bien ancrées ?

Bref, voici le défi d’écriture de ce mois d’octobre :

Défi d’écriture #23 : écris un texte (courte nouvelle ou poème) sur le thème de l’habitude qui nous cache notre vraie nature.

Publication (plusieurs possibilités) :
– sur vos blogs en mettant un lien vers cet article,
– en envoyant vos textes à plumeschretiennes@gmail.com (publication en tant qu’auteur invité),
– directement ici pour les auteurs du site,
– sur notre groupe Facebook Ecrire en tant que chrétien

Fin : vers la mi-novembre.

Bonne écriture !

Lire les participations : #habitude

En image

La condition humaine, Magritte (1933)

Une bonne image pour illustrer le défi est ce tableau de René Magritte (1989-967).

Ce tableau représente un autre tableau, posé sur un chevalet et placé devant une fenêtre. Le paysage derrière la fenêtre se confond avec celui peint sur le tableau, de telle façon que le tableau montre la continuité de la partie masquée de ce paysage.
L’ensemble représente la condition humaine, mais j’y vois également une allégorie de la manière dont nos habitudes et nos perspectives peuvent déguiser la réalité de notre nature, de façon très subtile ! Le tableau se confond peut-être avec le paysage qu’il cache… mais personne ne passera sur le chemin et le temps restera nuageux.

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