ACTE II
Devant la maison de Jephté
Scène Première
ABINAËL – NOAM – MALEK
(Les trois bandits entrent, chargés d’un sac.)
ABINAËL
Nous arrivons enfin !
NOAM
Et vive l’écurie !
MALEK
Mes amis, quel combat !
NOAM
Superbe tuerie !
ABINAËL
Nous avons défendu le drapeau de Jephté
Avec force et bravoure. Nous avons mérité
Le gîte et le repos, du trésor le partage.
MALEK
Trésor ! ces bibelots ! Et tant d’efforts ! J’enrage.
ABINAËL
Malek, insatisfait toujours ! Qu’y connais-tu ?
Ce vase est en argent, ceci en or battu.
Ce poignard au pommeau serti d’une émeraude !
NOAM
Que portons-nous encore en ce sac de maraude ?
MALEK
Ceci n’est que du fer !
NOAM
Ce plat n’est qu’en airain !
ABINAËL
Regarde cet anneau digne d’un souverain !
MALEK
Et que trouverons-nous caché dans cette jarre ?
NOAM
Quelque vieux papyrus ou bien quelque œuvre rare ?
ABINAËL
Brise-la !
NOAM
Des colliers !
MALEK
Des perles !
NOAM
Des rubis !
Des saphirs, des onyx !
ABINAËL
N’êtes-vous pas surpris ?
MALEK
Sur le front de Myriam, cette beauté suprême,
J’imagine déjà briller ce diadème.
Gardons-en le secret, je le lui veux offrir.
ABINAËL
Jephté, le grand patron, ne le saurait souffrir.
MALEK
Ce tyran-là nous traite en vrais Gabaonites.
Toujours à la corvée, toujours à la marmite,
Il faut porter le bois et presser le soufflet,
Harassés de fardeaux comme on charge un mulet !
Le servir jour et nuit sans nulle récompense
Alors que ce monsieur se laisse enfler la panse.
Il se nourrit de viande et nous laisse les os,
Et la graisse, et la peau. Sur notre pauvre dos
Il charge aussi les coups. Alors quel avantage
À risquer notre vie en rapine, en pillage ?
ABINAËL
Il pourrait nous entendre, au nom des dieux, tais-toi !
MALEK
S’il se tenait ici, je lui dirais, ma foi
Qu’à nous presser ainsi notre chef exagère.
ABINAËL
Tu ne parleras pas sur ce ton-là, j’espère !
MALEK
Et comment ! Tu verras quand nous partagerons
La prise de ce jour. Pour nous, pauvres larrons,
Quelques pièces de fer, juste assez pour survivre.
Pour lui les diamants et l’or, pour nous le cuivre.
NOAM
Cela ne peut durer !
MALEK
Qu’on lui règle son sort !
L’heure est à la révolte !
ABINAËL
Allons ! Il est trop fort.
NOAM
Au moins, faisons nos choix parmi tant de merveilles.
Je garde, quant à moi, cette coupe vermeille.
Aujourd’hui, nous gardons le précieux métal.
Laissons-lui, cette fois, le triste et le banal.
Sur terre il n’est jamais de bandit qui ne triche.
MALEK
Oui, ce n’est qu’en trichant qu’un jour nous serons riches.
ABINAËL
Ne perdons pas de temps, hâtons-nous de creuser
Au pied du térébinthe.
MALEK
Que nous sommes rusés !
NOAM
À nous les beaux habits et les tables de fête.
MALEK
Et les femmes aussi, gracieuses conquêtes.
NOAM
Nous pourrons acheter les princes et les rois.
ABINAËL
Mais le voilà qui vient. Il était temps, ma foi.
© 2024 Lilianof
https://lilianof.fr
https://www.thebookedition.com/fr/765_lilianof
https://www.publier-un-livre.com/fr/recherche?q=lilianof
https://plumeschretiennes.com/author/lilianof
https://vk.com/lilianof
