Manassé·Rois, Soldats et Prophètes·Théâtre

Manassé – Acte III (4)

Scène VI

MANASSÉ – ÉSAÏE

ÉSAÏE

Dois-je te rappeler ce que David a fait ?

MANASSÉ

Il dénombra son peuple. Eh bien ! Nul n’est parfait.
Il aimait les conquêtes, il aimait trop la guerre.
Mais quelle pièce joue David en cette affaire ?

ÉSAÏE

C’était durant la guerre que ce roi, justement,
Se traitant comme un prince en ses appartements,
Laissant seuls au combat ses guerriers fidèles,
De son balcon voyait se baigner une belle.

MANASSÉ

Je connais cette histoire. Mon aïeul s’est épris.
Dans son oisiveté le péché le surprit.
Il conçut un enfant de la femme d’Urie
Et du gênant mari fit enlever la vie.
Je ne vois que trop bien où tu veux en venir.

ÉSAÏE

Je sais aussi comment tes projets vont finir.
Dieu dit : tu ne dois pas commettre d’adultère.
Veux-tu de l’Éternel affronter la colère ?

MANASSÉ

Les prophètes toujours aiment exagérer.
Quel grand mot : adultère ! Il faudrait modérer.
J’ai sorti de prison Judith, la prophétesse…

ÉSAÏE

Magicienne, astrologue, enfin, devineresse !

MANASSÉ

Tu ne la portes pas pleinement dans ton cœur.

ÉSAÏE

Elle te plongera dans un profond malheur.
Je t’aurai prévenu.

MANASSÉ

                             Judith est mon amie.
À quoi bon nous en faire une pure infamie ?
Le saint homme de Dieu voit partout le péché
Mais je l’aime de loin et n’y ai pas touché.

ÉSAÏE

Que sert-il de mentir ? Si tu ne le confesses,
Ce péché te tuera, je t’en fais la promesse.

MANASSÉ

En rien je n’ai péché, je suis bien assez fort
Pour savoir déjouer les pièges de la mort.
Je connais mes faiblesses et connais mes limites.
Et les achoppements, ami, je les évite.

ÉSAÏE

Ta force, Manassé, n’est qu’un roseau brisé.
Qui le prend pour appui est fort mal avisé,
Il percera ta main telle flèche acérée.
Ainsi te percera la femme désirée,
Femme, comme un serpent, enroulée sur ton corps,
Elle t’étouffera et toujours et encor.
Dieu te dit : méfie-toi de la prostituée,
Ses mains sont des liens. Prends garde à la rouée.

MANASSÉ

Prostituée ? Judith ? Par l’enfer ! Par le feu !
Qu’oses-tu déclarer ?

ÉSAÏE

                                   La colère de Dieu
Se dresse et prend du poids face à ton arrogance.
Il exige de toi la pleine repentance,
Que de l’iniquité tu fasses l’abandon
Et par un sacrifice réclame son pardon.
Éloigne-toi du vice, rejette les intrigues.

MANASSÉ

Ésaïe, sur ce coup, vraiment, tu me fatigues.
N’as-tu jamais goûté la colère d’un roi ?

ÉSAÏE

N’oublie pas que ton Dieu est plus puissant que toi.

MANASSÉ

De la Judith encore est chaude la paillasse,
Si tu ne te tais pas je t’accorde sa place.
Tu pourras y songer aux plans de l’Éternel.

Mais sortons. Il est temps de marier Joël.

(Sort Ésaïe, Manassé s’apprête à le suivre, mais il est rejoint par Judith.)

© 2025 Lilianof

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