Prose·Récits, dialogues

Marie : témoignage d’une nuit de Noël

J’aimais ces petits matins calmes, toute seule dans la cuisine familiale ! Toujours la première levée, je préparais le pain pour la nouvelle journée. Je pouvais ainsi me retrouver seule avec moi-même, libre de laisser vagabonder mes pensées, de rêvasser, de fredonner tant que je voulais ! Car dès que le reste de la famille se réveillait l’effervescence gagnait la maisonnée ! Rires et discussions souvent futiles. Les uns interpelaient les autres… et parfois se chamaillaient. Une maisonnée normale, pleine de vie !

Plus tard chacun viendrait dans la cuisine chercher du lait des brebis que mon père venait de traire, du fromage de nos chèvres et bien sûr une bonne galette de pain encore chaude que je venais de sortir de notre four en terre cuite ! Mes frères, pour les emporter dans leur besace pour la journée avec quelques dattes ; mes sœurs, pour les servir à mes parents et grands-parents dans la salle commune. Je pouvais les imaginer tremper le pain encore fumant dans le lait tiède…

Durant le reste de la journée je m’occupais, avec mes sœurs, du ménage, des repas, de la lessive ! Mes moments préférés c’était quand, matin et soir, je posais la grande jarre sur mon épaule pour aller au puits. A cette occasion je croisais d’autres jeunes filles et nous pouvions nous laisser aller à discuter, plaisanter et rire ensemble ! De bons moments, loin des occupations et des travaux domestiques.

Je croisais souvent Rachel, mon amie depuis l’enfance, qui venait aussi puiser de l’eau… Hier elle n’a pas pu s’empêcher de me taquiner, comme elle le faisait souvent, à propos de Joseph… « le beau Joseph » comme elle disait. Joseph était mon fiancé… Depuis quelques mois nos parents avaient entrepris des discussions et des démarches pour concrétiser leur accord par un mariage. Ils devaient décider de la date un jour ou l’autre. C’est vrai que Joseph était bel homme, même s’il était plus âgé que moi ! Sérieux et ne rechignant pas à la tâche, il travaillait comme charpentier dans l’entreprise de son père. Leur affaire marchait bien… si Dieu nous accordait un jour des enfants, ceux-ci ne manqueraient de rien ! Mais il était surtout un homme droit et intègre et un croyant fervent, de la lignée de David. Je crois que Rachel était un peu jalouse… elle n’avait pas de fiancé et donc pas de mariage en vue et elle cachait sa déception sous des plaisanteries qui sonnaient faux !

Ce matin-là, comme tous les matins précédents, j’étais seule dans la cuisine. J’avais allumé le feu dans le four et les bûches crépitaient joyeusement tout en éclairant la pièce. J’avais déjà cherché le grand pot de farine sur l’étagère, la jarre d’eau puisée la veille au soir et le levain que je prélevais chaque jour et que je mettais de côté pour le lendemain dans un grand bol en bois recouvert d’un linge propre. J’avais mélangé les ingrédients dans les bonnes proportions, ajouté un peu de sel et je pétrissais la pâte avec enthousiasme tout en repensant à la bonne nouvelle que nous avions apprise quelques jours auparavant. Notre cousine Elisabeth, qui habitait avec son mari Zacharie dans un village des montagnes de Judée, attendait un bébé ! Elle était enceinte de presque 6 mois ! C’était une véritable surprise, je devrais même dire un véritable miracle, car ils étaient déjà bien vieux tous les deux et plus du tout en âge d’avoir un enfant ! Personne ne s’attendait à cette nouvelle et, d’après ce qui se racontait, même Zacharie en était resté muet !

Ces pensées m’amenèrent à rêver à mon futur mariage… au moment où je serais non plus la fiancée, mais l’épouse de Joseph… « du beau Joseph », comme disait Rachel… au moment où je pétrirais la pâte à pain dans notre foyer, dans notre cuisine, pour nos enfants… Mes gestes ralentissaient… je souriais béatement… je ne sais pas combien de temps cela dura mais quand je sortis de ma rêverie, je constatai que je m’étais arrêtée de pétrir et que j’avais un sourire niais sur mes lèvres !

Je me remis à travailler avec ardeur et, une fois la pâte prête, séparée en petits pâtons que j’aplatis pour former des galettes prêtes à lever que j’avais séparées par des linges, une fois le levain prélevé et mis de côté, je m’apprêtai à aller dans la réserve pour remplir le grand pot de farine presque vide, pour le pain des jours à venir. En me retournant j’ai été tellement surprise par la présence d’un homme que je n’avais pas entendu arriver que j’en ai lâché le pot qui s’est fracassé sur le sol et le reste de farine qu’il contenait s’est répandu à mes pieds.

Je suffoquais de peur, je n’arrivais même pas à crier pour appeler à l’aide tellement j’étais tétanisée. L’homme s’adressa à moi, disant : « Réjouis-toi, toi à qui Dieu a accordé sa faveur : le Seigneur est avec toi. » Quelle drôle de salutation ! Me réjouir, alors que j’étais morte de peur ? Je ne comprenais rien à ce qu’il me disait. J’étais très troublée, mais je sentais confusément que l’homme ne me voulait pas de mal. Il me parla encore :

« N’aie pas peur, Marie, car Dieu t’a accordé sa faveur. Voici : bientôt tu seras enceinte et tu mettras au monde un fils ; tu le nommeras Jésus. Il sera grand. Il sera appelé « Fils du Très-Haut », et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera éternellement sur le peuple issu de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

Moi enceinte ? Un fils ? Qui régnera éternellement ? J’étais en plein délire… j’avais dû m’assoupir… je devais encore rêver… Mais l’homme était pourtant bien réel et je voyais la farine étalée par terre… Non, je ne rêvais pas ! Tout ce que je trouvai à balbutier c’était : « Moi enceinte ? Mettre au monde un fils ? Comment cela pourrait-il être possible puisque je n’ai jamais eu de relation avec un homme ? »

L’homme me répondit : « L’Esprit Saint descendra sur toi, et la puissance du Dieu très-haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Vois : ta parente Elisabeth attend elle aussi un fils, malgré son grand âge ; on disait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant, et elle en est à son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu. » A ces paroles je compris que ce n’était pas un homme qui me parlait, mais un ange envoyé par Dieu. Alors je lui répondis : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout ce que tu m’as dit s’accomplisse pour moi. » Et l’ange disparut aussi soudainement qu’il était venu.

Pourtant j’aurais eu bien des questions à lui poser. Je restai là, au milieu de la cuisine, désemparée, pleine de points d’interrogation, mais pas désespérée… Si le Seigneur en avait décidé ainsi alors j’étais prête à affronter cette situation. Le moment de la réflexion viendrait plus tard, pour l’instant je devais nettoyer le sol, enlever toute cette farine, ramasser le pot cassé, en trouver un autre dans la réserve, le remplir, faire cuire le pain et vaquer à toutes mes autres occupations de la journée.

C’est seulement le soir, allongée sur ma couche, que j’ai pu me rendre compte de l’étendue des questions qui se posaient à moi ! Comment annoncer à Joseph que j’allais avoir un enfant, mais pas de lui ? Et mes parents ? Comment allaient-ils réagir, ainsi que ceux de Joseph, à l’annonce de ma grossesse ? Qu’allait-on penser de moi à Nazareth où les nouvelles se propageaient vite ! Cela allait certainement jaser ! Rachel allait-elle comprendre ? Je l’entendais déjà dire : « Marie, quelle sainte-nitouche ! Elle faisait la fière près du puits, et maintenant elle est enceinte avant d’être mariée ! » Marie, la mère célibataire, la honte de sa famille !

Je n’en pouvais plus de penser à tout cela ! J’aurais eu tellement besoin d’une personne qui pourrait m’écouter sans me juger ! Une idée germa dans ma tête au moment où je sombrai enfin dans le sommeil… elle avait juste besoin de mûrir encore un peu …

Je passai plusieurs nuits sans réellement dormir avec toutes ces idées qui tournaient en boucle et dansaient dans ma tête. Le matin j’assurais la confection du pain, en journée je faisais bonne figure… du moins, j’essayais. Ma mère a remarqué que quelque chose ne tournait pas rond !

« Tu as l’air bien fatiguée, Marie. Tu assumes de nombreuses tâches au sein de notre famille. La nuit je t’entends soupirer, te tourner et te retourner sur ton lit ! C’est ton futur mariage qui te tracasse à ce point ? Prends un peu de repos ! Tes sœurs pourront bien te remplacer quelque temps ! Il faut bien qu’elles s’habituent à l’idée que tu quitteras bientôt la maison. »

Je sautai sur l’occasion ! « Oh ! Maman, j’aimerais bien rendre visite à la cousine Elisabeth qui attend son bébé. » « Tu as là une bonne idée, Marie, mais c’est une longue route, pleine de dangers pour une jeune femme toute seule. Mais je sais que tu es courageuse et que tu sauras déjouer les pièges qui pourraient se présenter. Promets-moi que tu resteras toujours avec un groupe de personnes pour ne jamais te retrouver toute seule et je te laisserai partir. » Je promis et partis vers les monts de Judée… dès le lendemain…

La route fut longue, parfois difficile, mais j’eus le temps de réfléchir à ce qui m’arrivait et je décidai de faire entièrement confiance à Dieu qui m’avait choisie pour porter cet enfant. Envers et contre tout ! Envers et contre tous ! Enfin j’arrivai chez Zacharie et Elisabeth. Ils ne savaient pas que je venais, ce fut donc pour eux une surprise quand je suis entrée dans leur maison et ai salué Elisabeth ! Elle s’est tournée vers moi et m’a dit en tenant son ventre :

« Tu es bénie plus que toutes les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment ai-je mérité l’honneur que la mère de mon Seigneur vienne me voir ? Car, vois-tu, au moment même où je t’ai entendue me saluer, mon enfant a bondi de joie au-dedans de moi. Tu es heureuse, toi qui as cru à l’accomplissement de ce que le Seigneur t’a annoncé. »

Je n’avais même pas eu besoin de lui annoncer la nouvelle de ma grossesse ! Le Seigneur s’en était chargé par son Esprit saint ! Quelle grâce et quel bonheur ! Cette salutation d’Elisabeth confirmait l’action de Dieu dans ma vie et ma grossesse et confortait ma foi. Remplie d’une grande joie j’ai chanté un cantique nouveau en l’honneur de Dieu !

Mon âme chante la grandeur du Seigneur et mon esprit se réjouit à cause de Dieu, mon Sauveur. Car il a bien voulu abaisser son regard sur son humble servante. C’est pourquoi, désormais, à travers tous les temps, on m’appellera bienheureuse. Car le Dieu tout-puissant a fait pour moi de grandes choses ; lui, il est saint. Et sa bonté s’étendra d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il est intervenu de toute sa puissance et il a dispersé les hommes dont le cœur était rempli d’orgueil. Il a précipité les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. Il a comblé de biens ceux qui sont affamés, et il a renvoyé les riches les mains vides. Oui, il a pris en main la cause d’Israël, il a témoigné sa bonté au peuple qui le sert, comme il l’avait promis à nos ancêtres, à Abraham et à ses descendants pour tous les temps.

Je suis restée environ trois mois avec Elisabeth. Je n’ai pas pu prolonger mon séjour jusqu’à son accouchement qui était pourtant imminent. Je devais repartir à Nazareth, mais j’étais pleine d’une nouvelle force. Je devais annoncer à ma famille et à Joseph que j’étais enceinte de par la volonté de Dieu. Il m’avait précédée chez Elisabeth, il me précéderait aussi à Nazareth.

Oh ! tout n’a pas été facile… vous pouvez imaginer la stupeur et l’incompréhension des uns et des autres. Enceinte par l’action du Saint-Esprit !!! Cette explication ne tenait pas la route pour la majorité des gens… ils disaient que l’excuse était bien facile ! Parce que Joseph était un homme juste et qu’il ne voulait pas me livrer au déshonneur, il avait décidé de rompre en secret nos fiançailles sans toutefois en ébruiter la raison. Il me raconta par la suite pourquoi il ne le fit pas.

Il m’a dit qu’il tournait en rond dans sa chambre toutes les nuits depuis que je lui avais annoncé la nouvelle ! Il m’aimait mais ne pouvait pas admettre cette grossesse, trouvait que le Saint-Esprit avait bon dos ! Il a eu de gros moments de doute et de solitude… Un soir il décida qu’il devait rompre nos fiançailles. Mais durant la nuit un ange du Seigneur lui apparut en rêve et lui dit : « Joseph, descendant de David, ne crains pas de prendre Marie pour femme, car l’enfant qu’elle porte vient de l’Esprit Saint. Elle donnera naissance à un fils, tu l’appelleras Jésus. C’est lui, en effet, qui sauvera son peuple de ses péchés. »

A son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il me prit pour femme. Mais nous n’avons pas eu de relations conjugales avant la naissance de Jésus. Par la suite nous avons pu comprendre que tout cela arrivait pour que s’accomplisse cette parole du Seigneur transmise par le prophète : « Voici, la jeune fille vierge sera enceinte. Et elle enfantera un fils que l’on appellera Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu avec nous. »

Mais nous n’étions pas encore au bout de nos peines !

Un édit de l’empereur Auguste perturba mes dernières semaines de grossesse. L’empereur voulait savoir combien de personnes résidaient dans son empire. Il ordonna donc un recensement. Ce qui compliquait la chose c’est que chacun devait aller se faire recenser dans la localité dont sa famille était originaire… Comme Joseph appartenait à la famille de David, nous avons dû quitter Nazareth et monter de la Galilée en Judée, très exactement à Bethléem, appelée la ville de David. Les lenteurs de l’administration ont fait que nous avons entrepris ce déplacement tout à la fin de ma grossesse et qu’à notre arrivée à Bethléem il n’y a pas eu moyen de trouver à se loger. J’étais fatiguée par ce long voyage sans confort pour une femme enceinte de 9 mois.

Joseph a dû longuement parlementer avec l’aubergiste en mettant en avant le fait que j’allais bientôt accoucher. Pendant ce temps une petite fille d’environ 8 ou 9 ans s’est glissée près de moi ! Elle m’a dit s’appeler Salomé. Elle était très sociable et voulait tout savoir sur moi, comment je m’appelais, d’où je venais, si Nazareth était plus loin que Jérusalem… Cela m’a fait du bien de discuter avec cette petite curieuse. Elle s’intéressait à mon ventre, gros comme celui de sa tante Léa, la sœur de l’aubergiste.

Elle m’a raconté qu’il n’y avait plus de chambre libre ; qu’elle avait entendu sa maman renvoyer plein de gens toute l’après-midi ; que c’était de la folie à cause du recensement mais que son papa avait dit que c’était bon pour les affaires ; que si la discussion entre Joseph et son père était si longue c’est qu’ils devaient essayer de trouver une solution ; que cet après-midi un client s’était fâché parce sa mère lui avait annoncé qu’il n’y avait plus de chambres à louer et comme il avait été très malpoli elle a ajouté que s’il voulait absolument loger ici elle pouvait lui proposer l’étable avec son foin, sa paille et ses toiles d’araignée ; que si je n’avais pas peur des araignées il y aurait peut-être moyen de loger dans l’étable !

Et c’est ce qui est arrivé. Joseph a pu négocier et l’aubergiste nous a laissé occuper son étable où nous avons été bien contents de nous reposer après notre long voyage. Et Jésus est né pendant la nuit.

Personne ne nous connaissait à Bethléhem. Pourtant nous avons eu la visite d’un groupe de bergers qui voulaient voir le Sauveur du monde ! Nous avons eu un peu de mal à comprendre ce qu’ils nous racontaient. Des anges s’étaient dérangés durant cette nuit extraordinaire pour leur annoncer la naissance de Jésus. Ils étaient de garde pour surveiller les moutons dans les champs pas très loin de Bethléem. Les moutons étaient en sécurité dans leurs enclos de pierre et tous les hommes et le jeune Caleb, s’étaient rassemblés autour du feu et s’étaient doucement assoupis.

Soudain une grande lumière venant du ciel les a enveloppés. Un ange est venu leur parler. Ces grands gaillards de bergers criaient de peur et l’ange a dû les rassurer. Il leur a dit : « N’ayez pas peur : je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une très grande joie. Un Sauveur vous est né aujourd’hui dans la ville de David ; c’est lui le Messie, le Seigneur. Et voici à quoi vous le reconnaîtrez : vous trouverez un nouveau-né dans ses langes et couché dans une mangeoire. » Et tout à coup il n’y eut plus un ange … mais de milliers d’anges qui ont chanté : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »

Une fois les anges partis, les bergers se sont concertés et ils ont décidé d’aller à Bethléem. Comme l’ange avait parlé de « la ville de David » ils se sont dit : « Allons donc jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » Vers le matin les bergers sont repartis rejoindre leurs troupeaux. Ils louaient et glorifiaient Dieu. En effet tout ce que l’ange leur avait dit s’était réalisé ! Ils ont raconté à tous, tout ce que les anges avaient annoncé à propos de cet enfant. Et tous ceux qui entendaient ce qu’ils disaient étaient très étonnés. Tout Bethléem était en effervescence !

La nuit avait été courte pour beaucoup, surtout pour nous ! Par la suite j’ai souvent repensé à ces bergers. Dieu avait changé la frayeur de ces hommes à la vue de l’ange en une grande joie à l’annonce de la bonne nouvelle de la naissance de son Fils, le Messie et le Sauveur. Il s’était adressé en premier aux plus humbles, aux plus pauvres, aux plus méprisés de notre société.

Nous avons organisé notre vie à trois comme nous pouvions dans la petite étable de l’auberge. Au bout de 8 jours nous avons fait circoncire notre fils. Nous lui avons donné le nom de Jésus, comme l’ange nous l’avait indiqué avant sa conception. Plus tard, une fois passé le temps prescrit par la Loi de Moïse pour notre purification, nous nous sommes rendus au temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur et le lui consacrer comme le demande la loi.

Nous étions en train d’offrir en sacrifice deux tourterelles et deux pigeons quand un vieil homme est venu vers nous. Il s’appelait Siméon. C’était un homme très pieux et le Saint-Esprit lui avait révélé qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie. Il prit Jésus dans ses bras et loua Dieu : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix : tu as tenu ta promesse ; car mes yeux ont vu le salut qui vient de toi, et que tu as suscité en faveur de tous les peuples : il est la lumière pour éclairer les nations, il sera la gloire d’Israël ton peuple. »

Nous étions émerveillés par ce qu’il nous disait de Jésus ! Le salut de Dieu et la lumière pour toutes les nations ! Siméon nous a bénis et, en me regardant droit dans les yeux, il m’a dit : « Sache-le : cet enfant est destiné à être, pour beaucoup en Israël, une occasion de chute ou de relèvement. Il sera un signe qui suscitera la contradiction : ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. Quant à toi, tu auras le cœur comme transpercé par une épée. »

Les paroles de Siméon m’ont secouée car elles étaient très dures pour une jeune mère qui était encore tout à son bonheur d’avoir un fils. Mais vous savez comme moi ce qu’il prophétisait. Mon cœur a été comme transpercé par une épée bien plus tard. Mais cela est une autre histoire… Dans le temple nous avons encore fait une autre rencontre, celle de la prophétesse Anne qui était une femme très âgée. Elle ne quittait jamais le temple où elle servait Dieu, nuit et jour, par le jeûne et la prière. Elle louait Dieu et parlait de Jésus à tous ceux qui attendaient que Dieu délivre Jérusalem.

Nous étions très étonnés de tout cela, pourtant nous n’aurions pas dû, car l’ange m’avait annoncé à propos de Jésus qu’il « sera grand. Il sera appelé « Fils du Très-Haut », et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera éternellement sur le peuple issu de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Et à Joseph il avait dit en songe que « c’est lui, en effet, qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Nous sommes restés plus longtemps que prévu à Bethléhem. Les mois ont passé. Nous avons déménagé dans une petite maison pas très loin de l’auberge. Joseph a repris son travail de charpentier. Jésus grandissait et son deuxième anniversaire approchait. Un jour des personnages habillés de manière très bizarre sont venus frapper à notre porte. Ils nous ont expliqué que c’est une étoile qui les avait conduits jusque-là et qu’ils venaient rendre hommage au Roi des Juifs et l’adorer.

Je me suis dit qu’il n’y avait pas que leurs habits qui étaient bizarres ! Pourtant c’étaient des hommes très instruits ; dans leur pays, très loin vers l’Orient, on les appelait des mages ou des sages. Ils se sont agenouillés devant Jésus, l’ont adoré et lui ont offert de somptueux cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Des cadeaux d’une grande valeur et dignes d’un roi ! Des païens sont venus adorer et honorer celui qu’ils considéraient comme le roi des Juifs !

Plus tard, après leur départ, notre petit voisin Caleb est venu nous voir. Tout cet équipage de chameaux et d’hommes habillés comme des princes n’était naturellement pas passé inaperçu ! Encore moins pour Caleb qui était curieux de tout, comme sa grande copine Salomé. Il s’était approché pour voir les chameaux de plus près et avait trouvé moyen de soutirer des informations à Shamir, un des chameliers. Il l’a bombardé de questions et lui a demandé de l’emmener faire un tour sur son chameau. Rien que ça ! Shamir lui a expliqué que ce n’était pas un chameau de promenade pour touristes. Que c’était un chameau de transport, qu’il faisait un vrai travail. De fil en aiguille il a appris que les mages et leurs chameliers avaient fait un très long voyage. Il nous expliqua avec le plus grand sérieux qu’ils venaient de bien plus loin que Jérusalem, d’Orient qui est très loin, plus loin que loin !

Shamir a dit à Moshé que pendant très longtemps ils ont suivi une étoile parce qu’un grand roi était né … que chaque soir, depuis des semaines, ils espéraient que l’étoile s’arrêterait… Ils avaient cru, une fois arrivés à Jérusalem, qu’ils trouveraient au palais d’Hérode le roi des Juifs qui était annoncé par l’étoile, mais quand là-bas ils ont posé la question cela a déclenché une panique générale ! Pas de royal baby au palais royal ! Le roi Hérode a mis tous les intellectuels sur le coup ! Après avoir consulté de vieux textes ils ont dit que c’était à Bethléem que devait naître le Messie.

Et donc voilà ! L’étoile s’était arrêtée aujourd’hui au-dessus de cette maison. Caleb s’amusait bien en nous racontant tout cela… Il a dit à Shamir qu’il n’y avait pas de roi dans cette maison, que c’était celle de Joseph et Marie, que le gamin, qui s’appelle Jésus et avec qui il lui arrivait de jouer, marchait déjà et n’était certainement pas un roi… quoique en y réfléchissant bien, à sa naissance il s’était passé déjà des drôles de trucs, il n’y a pas loin de deux ans… Cela a enthousiasmé Shamir qui lui a dit que cela faisait plus de 18 mois que l’étoile était apparue et que depuis ils la suivaient ! Caleb, qui était très observateur, a remarqué que toute la caravane était repartie par un autre chemin qu’à l’aller, comme si les mages voulaient éviter de repasser par Jérusalem. Nous avons appris bien plus tard que Dieu les avaient avertis par un rêve de ne pas retourner auprès d’Hérode comme il le leur avait demandé.

Un peu plus tard un ange du Seigneur a averti Joseph dans un rêve qu’Hérode voulait faire du mal à Jésus, et lui dit que nous devions fuir en Egypte et y rester jusqu’à qu’il nous ordonne de revenir. Nous avons bien sûr obéi et sommes restés en Egypte jusqu’à la mort d’Hérode. C’est encore une fois un ange qui a parlé à Joseph dans un rêve : « Lève-toi, emmène l’enfant et sa mère et retourne avec eux dans le pays d’Israël, car ceux qui voulaient tuer l’enfant sont morts. » Nous sommes rentrés dans le pays d’Israël, mais pas à Bethléem car nous avons eu peur de nous y installer. En effet, le fils d’Hérode, était devenu roi de Judée à la place de son père. Joseph, une fois de plus averti par un ange de Dieu dans un rêve, nous emmena alors dans la province de Galilée et nous nous sommes établis à Nazareth que nous connaissions bien.

En repensant aux différents événements qui ont entouré la naissance de Jésus je n’ai pu que m’émerveiller de la manière dont Dieu a pris soin de nous tous et nous a protégés et conduits. Il a constamment préservé la vie de Jésus, Fils du Très-Haut, qui était venu sur terre accomplir une grande mission, celle d’être le Sauveur du monde !

Mais cela est une autre histoire !!!

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