Scène IV
BORIS – NADIA
(Nadia entre, venant de l’appartement.)
NADIA
Vous m’avez appelé, camarade Ismaïlov ? Me voici. Soyez patient.
BORIS
Tu me donnes du « vous » et du « camarade », à présent. Je ne suis plus ton Borouchka chéri.
NADIA
Mais, cam… Borouchka ! Vous m’avez pourtant dit : dans le bureau, c’est camarade Ismaïlov, et dans la chambre, c’est Boris.
BORIS
Alors, imagine que ce bureau soit ma chambre. Il n’y a pas d’heure ni de lieu pour nous aimer.
NADIA
Mon pauvre Borouchka ! Tu veux que je te console par mes caresses et mes baisers. Tu as encore un gros chagrin.
BORIS
Charmante Nadia ! Combien j’ai besoin de toi ! Nadia la bien nommée, tu es mon espérance et ma joie.[1]
NADIA
Assez de compliments, Boris ! Il n’y a pas cinq minutes que tu bonimentais ton Allemande, et tu lui parlais de mariage.
BORIS
Elle écoute aux portes, la chipie ! Qui donc t’a enseigné de telles manières ?
NADIA
Je n’écoute pas aux portes. Mes oreilles passaient dans les environs, par hasard.
BORIS
Ainsi tu es jalouse de la Frida ?
NADIA
Il y a de quoi !
BORIS
Dans ce cas, tes oreilles ne t’ont pas tout dit. Il n’y a plus d’Allemande, plus de Frida. J’en ai terminé avec elle.
NADIA
Comme tu as eu raison ! Cette blonde m’aurait fait mourir de dépit. Tu passais tant de temps avec elle !
BORIS
Tu avais bien tort de ronger tes jolis ongles. Elle a eu ce qu’elle voulait. J’ai laissé son vieux père en liberté et son équipe de moines en paix. J’ai eu, moi aussi, ce que je voulais. J’en suis rassasié. De toi je n’aurais jamais assez, ma colombe, mon bel oiseau des steppes. Regarde-toi dans ce miroir. Comme tu es magnifique. Vois ces saphirs et ces diamants qui scintillent sur ta poitrine. À qui d’autre ai-je fait un tel présent ?
NADIA
À personne.
BORIS
Sais-tu combien il m’a coûté ?
NADIA
Boris ! On ne doit pas le dire.
BORIS
Faut-il que je tienne à toi ! Je t’offrirai encore bien d’autres choses.
NADIA
Boris, je te veux pour moi seule. Le comprendras-tu un jour ? Tu m’offres un collier à faire pâlir la reine d’Angleterre, tu me donnes tout l’argent dont j’ai besoin pour réaliser mon rêve et moi, si jeune, je sacrifie à tous tes désirs. Tu m’as débarrassée de l’Allemande, mais cela ne me suffit pas. J’en ai assez d’être une de tes pouliches. Je voudrais être ta femme ?
BORIS
Pour le moment, je suis marié à Tatiana.
NADIA
Tatiana ne vivra plus longtemps. Ce n’est qu’une question de patience. Tu seras bientôt libre de m’épouser.
BORIS
Et qui te dit que j’épouserai de nouveau ? Et qui te fait croire que ce sera toi ? D’autres m’ont déjà tenu le même langage.
NADIA
Je n’aurai aucune pitié de mes rivales. Je les anéantirai. Je leur crèverai les yeux. Je les rendrai laides.
BORIS
Tu es une vipère, Nadia. Aussi perverse que moi, aussi cruelle. C’est ainsi que je t’aime.
(Agitation et cris à l’extérieur.)
Qu’est-ce que c’est que ce vacarme ?
Voix d’HELENA, qui martèle violemment la porte.
Boris Alexandrovitch ! Ouvrez-moi ! Ouvrez par pitié !
BORIS
Retourne chez toi, Nadia chérie. Nous nous retrouverons plus tard.
(Nadia sort par la porte de l’appartement. Boris va ouvrir. Helena entre en pleurs, une lettre à la main.)
[1] Nadia est le diminutif de Nadiejda, qui signifie « espérance ».
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