Narration d’après Noël…
C’est Shamir le chamelier en chef du mage Balthazar qui raconte à ses petits-enfants son expédition en Palestine.
Ah ! mes petits… vous ne vous lassez donc jamais d’écouter radoter votre grand-père Shamir ? Vous me demandez encore de vous raconter une de mes aventures.
Je devrais écrire un livre, ce serait plus facile pour moi…vous pourriez lire mes aventures et je serais tranquille pour faire la sieste à l’ombre de mon palmier préféré.
Bon, bon, ne rouspétez pas…Attendez que je réfléchisse…
Avec laquelle de mes expéditions vais-je pouvoir vous captiver ? Vous les connaissez déjà toutes !
Ah ! j’en ai fait des expéditions avec mon maître …ce n’était pas de tout repos d’être le chamelier en chef de Balthazar !
Voilà ! Je vais vous raconter celle que je considère comme la plus extraordinaire de toutes !
Ouh, la la ! C’était il y a très longtemps ! J’étais encore jeune et costaud ; et je venais tout juste de recevoir une promotion. Balthazar m’avait nommé chamelier en chef. C’était un poste qui me donnait de grandes responsabilités. Je devais préparer les voyages d’après les indications de mon maître et amener la caravane à bon port. Depuis pas mal d’années je sillonnais les routes du désert avec les autres chameliers. Ce sont eux qui m’ont appris le métier, et je connaissais maintenant chaque pierre où s’asseoir pour se reposer, chaque tamaris où trouver de l’ombre, chaque caravansérail où faire étape…
Ce jour-là Balthazar est tout excité ! Il me fait chercher chez moi où je profitais de ma famille durant la saison creuse !
Il m’annonce que ses amis et lui ont vu une nouvelle étoile dans le ciel ! Je dois préciser que Balthazar, Melchior et Gaspard sont de grands savants. On les appelle aussi des mages ou des sages. Ils passent une grande partie de leur temps à étudier les étoiles et ils affirment que celles-ci leur annoncent de grandes nouvelles.
Balthazar m’ordonne d’organiser sans délai un voyage vers une destination inconnue ! Pas de feuille de route cette fois-ci ; pas de chemin connu, pas de pierres ou de tamaris pour me repérer…la seule consigne que je reçois : suivre une étoile qui se déplacera dans le ciel pour nous guider vers le roi qui vient de naître en Palestine. Quand elle s’arrêtera nous serons arrivés à destination.
Je prends congé de toute ma famille ne sachant pas quand je reviendrai…ne sachant pas si je reviendrai un jour ! Votre papa venait juste de fêter son premier anniversaire et faisait ses premiers pas…
Nous partons après avoir chargé sur nos chameaux des couvertures, de gros coffres, des outres pleines d’eau, des vivres pour toute la caravane, les hommes et les bêtes. Je suis dans le flou le plus total ; je ne sais pas si nous allons rencontrer beaucoup de points de ravitaillement, alors je prévois large. Nous sommes nombreux… les trois amis savants sont accompagnés de leurs serviteurs et toute cette troupe se met en marche par une belle soirée étoilée.
Eh oui, il faut marcher la nuit et se reposer le jour, car nous suivons une étoile !
Elle brille de tous ses feux et nous précède durant les longues nuits de marche…entre nous nous l’appelions GPS, Grand Point à Suivre…
Quand nous arrivons près d’une bourgade ou une petite ville j’espère chaque fois que nous sommes arrivés enfin à destination. Mais non, chaque soir l’étoile nous entraîne un peu plus loin de notre pays et de nos familles. Elle nous guide vers l’ouest, vers la Palestine. Je me dis qu’il y aura bien à un moment donné une mer qui va nous arrêter ! Traverser les fleuves qui parfois barrent notre route n’est jamais de tout repos… Il nous faut traverser à gué ou trouver des embarcations qui nous transportent vers l’autre rive, ou alors faire de grands détours pour trouver des eaux moins tumultueuses. Les chameaux n’aiment pas du tout, mais alors pas du tout, cette partie de l’aventure !
Plusieurs fois nous affrontons des bandes de brigands qui attaquent les caravanes pour voler les chargements. Nous prévoyons toujours quand nous organisons une expédition quelques grands gaillards pour nous protéger et surveiller le campement lors des arrêts.
Nous progressons à la vitesse des bêtes et nos nuits sont rythmées par le balancement des montures. Nous croisons régulièrement d’autres caravanes et, autour du feu des bivouacs ou dans les caravanserails, les nouvelles s’échangent…
Non, non, les caravanes ne sont pas coupées des événements qui se passent dans le monde ; au contraire beaucoup d’informations circulent, mais nous ne rencontrons personne qui a entendu parler de la naissance d’un roi !
Balthazar tient le compte des jours et des mois qui passent… qui passent… sans que l’étoile ne s’arrête.
Un matin, au détour d’une colline, nous arrivons devant une belle et grande ville… nous apprenons que c’est Jérusalem ! Un temple magnifique se dresse en face de nous. Balthazar est tout émoustillé ! C’est la capitale des Juifs. C’est très certainement ici que notre périple va se terminer, puisque l’étoile annonçait la naissance du roi des Juifs ! Partout, dans les rues de Jérusalem, il arrête les gens et leur demande :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »
Personne n’a entendu parler d’une quelconque naissance et tous lui disent d’aller se renseigner directement au palais du roi Hérode…Nous avons entendu parler d’Hérode lors des discussions avec les caravaniers. Il a la réputation d’être un roi cruel qui n’hésite pas à faire exécuter les membres de sa famille, et même ses propres enfants pour ne pas avoir à partager le pouvoir !
La caravane s’arrête dans la grande cour du palais.
Enfin nous touchons au but !
Balthazar et ses amis demandent audience au roi.
Pendant qu’ils sont en grande conversation avec celui-ci nous gérons au mieux la curiosité des serviteurs et des employés du palais. Certains n’ont jamais vu de chameaux et tous viennent toucher nos habits qui sont tellement différents des leurs. Très vite la cour se transforme en un vaste champ de foire. On entend des rires et des chants, et les odeurs des chameaux se mêlent à celles de viandes grillées et de pain chaud !
A l’intérieur du palais l’ambiance n’est pas du tout à la fête !
Hérode est très troublé par la visite des trois sages d’Orient et surtout par leurs questions.
Quand ils lui disent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Dans le ciel d’Orient, nous avons vu apparaître son étoile et nous sommes accourus pour lui rendre hommage » il ne sait pas quoi dire. Il le saurait si un roi était né dans son palais !
Il convoque tous les chefs religieux de la ville ainsi que les intellectuels, spécialistes de la loi juive. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et tout Jérusalem s’interroge !
Hérode leur demande où devait naître le Messie. C’est le nom qu’ils donnent à l’envoyé de leur Dieu qu’ils attendent depuis des siècles. Ils cherchent les rouleaux des prophètes.
Enfin ils trouvent une indication dans le livre d’un prophète qui s’appelait Michée. Voilà ce qu’ils rapportent à Hérode :
«Voici, en effet, ce qui a été écrit par le prophète : Et toi, Bethléhem, village de la terre de Judée, tu n’es certainement pas la cité la plus insignifiante aux yeux des princes de Juda, car c’est de toi que sortira le chef qui gouvernera Israël mon peuple. »
Je sais tout cela car Balthazar me donne tous les détails de l’entretien quand ils reviennent de leur entrevue avec Hérode.
Nous nous préparons pour reprendre la route…et nous rendre à Bethléhem, ce village cité par le prophète.
Juste avant de partir un serviteur d’Hérode vient chercher discrètement les trois sages disant que le roi voulait les revoir avant leur départ. Celui-ci leur demande de lui préciser à quel moment exact ils avaient vu apparaître l’étoile. Puis il leur dit : « Allez là-bas à Bethléhem et renseignez-vous avec précision sur cet enfant ; puis, quand vous l’aurez trouvé, venez me le faire savoir, pour que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage. »
Nous nous remettons en route… l’étoile qui nous guidait depuis l’Orient nous précède à nouveau. Nous atteignons le village de Bethléhem en quelques heures car il n’est distant de Jérusalem que d’une dizaine de kilomètres.
Et là, notre étoile s’immobilise pile au-dessus d’une maison !
Toute la caravane s’arrête aussi. Tous se congratulent… le voyage se termine ici dans cette petite bourgade. Nous faisons boire les chameaux au puits et nous les déchargeons. Balthazar nous demande d’installer le campement un peu plus loin, dans la cour de l’auberge tout au bout du village. Lui et ses deux amis veulent aller adorer ce roi qui est la raison de notre si long voyage.
Ils fouillent dans leurs bagages et chacun en sort un coffret incrusté de pierres précieuses… ils vérifient que tout est bien en place. Je suis privilégié en tant que chamelier en chef… ils me montrent le contenu des coffrets. L’un est rempli d’or, un autre de myrrhe et le troisième d’encens. Waouh ! Des cadeaux dignes d’un roi !
Ils entrent dans la maison où se trouvent l’enfant qui s’appelle Jésus et Marie, sa mère. Le père, Joseph travaille déjà dans son atelier de charpentier. Sa femme va le chercher. L’enfant, curieux de voir trois hommes un peu bizarres entrer dans la maison fait quelques pas maladroits vers eux. Les trois mages s’agenouillent devant lui et l’adorent. Ils lui offrent l’or, l’encens et la myrrhe.
Pendant ce temps le reste de la caravane devient l’attraction des habitants du village. De plus en plus de personnes viennent voir notre campement et tournent autour des chameaux. Les enfants posent un tas de questions. Le petit Caleb s’émerveille et veut tout savoir… d’où nous venons… comment nous nous appelons… combien de temps nous avons voyagé… Tous s’extasient quand je leur parle de l’étoile et de notre visite au palais du roi Hérode.
Ce jeune Caleb ne cesse de répéter : « Wouah ! tu en as vécu des aventures » !
Il était aussi curieux que vous l’êtes aujourd’hui !
Un vieux berger – les enfants l’appellent grand-père Amos – vient aussi nous saluer et nous raconte comment lui et ses collègues ont vu des anges chanter dans le ciel et leur annoncer la bonne nouvelle de la naissance d’un sauveur… comment ils ont couru vers le village pour trouver dans une étable un nouveau-né couché dans la mangeoire des animaux. Cela remonte à plus d’un an… la durée de notre voyage !
Cet enfant doit vraiment être quelqu’un d’exceptionnel pour que les anges annoncent sa venue, pour qu’une étoile apparaisse à sa naissance et pour que trois grands sages d’Orient fassent une expédition de plus d’une année pour s’agenouiller devant lui et lui offrir des cadeaux précieux.
Myriam, la femme de l’aubergiste, nous prépare un bon repas. Elle aussi veut tout savoir et nous raconte l’arrivée des parents de Jésus à Bethléhem pour le recensement, leur difficulté à trouver à se loger et la naissance du bébé dans leur étable. Sa fille Séphora n’arrête pas de nous poser des tas de questions sur nos habits, nos chameaux, nos familles que nous avons quittées pour cette si longue expédition.
Pratiquement tous les habitants du village passent la soirée avec nous. Des chants et des danses résonnent sous les étoiles jusque tard dans la nuit, et notre étoile scintille au-dessus de la maison du jeune Jésus et semble nous faire un clin d’œil.
Le lendemain je donne les ordres pour le départ de la caravane et retourner enfin chez nous. J’avais prévu mon itinéraire, mais Balthazar vient me voir et me demande de changer mes plans. « Il faut modifier ta route. Nous avons rêvé cette nuit que nous ne devons pas retourner à Jérusalem pour voir Hérode. Nous repartons par un autre chemin. »
J’organise donc le retour selon les ordres de Balthazar en suivant un chemin différent. Nous avons mis de longs mois pour arriver chez nous où nous avons retrouvé nos familles. Votre père avait pratiquement 4 ans…
J’ai souvent repensé à cet enfant pour lequel nous avions fait une si longue route. J’ai régulièrement eu de ses nouvelles par Balthazar qui se tenait informé et qui, lors d’autres expéditions, interrogeait les caravaniers qui sillonnaient les pistes de l’Occident vers l’Orient.
Bien sûr quand une nouvelle arrivait à nos oreilles l’événement était vieux de plusieurs mois, parfois même de plusieurs années. Ainsi j’ai appris qu’après notre départ, dès le lendemain, Joseph et Marie, avertis eux aussi par un songe, sont partis en Egypte avec leur fils Jésus pour le mettre à l’abri de la fureur du roi Hérode. En effet, celui-ci avait attendu notre retour pendant de longs jours. Ne nous voyant pas revenir vers lui pour lui donner des nouvelles de l’enfant il a envoyé des soldats à Bethléhem qui ont ainsi appris que nous étions repartis depuis longtemps par un itinéraire qui évitait Jérusalem. Hérode est devenu fou-furieux ! En fait, il ne voulait pas aller adorer cet enfant comme il le prétendait, mais il voulait le supprimer. Alors il a fait quelque chose d’épouvantable ! Il a donné l’ordre de tuer, à Bethléhem et dans les environs, tous les petits garçons de moins de deux ans… cette limite d’âge correspondait aux renseignements que Balthazar lui avait donnés quant à l’apparition de l’étoile. Toute la région était en deuil après ce massacre !
Nous avons appris qu’après la mort d’Hérode Joseph avait été averti par un ange qu’il pouvait retourner dans son pays car ceux qui lui voulaient du mal étaient tous morts. Mais pour plus de sécurité il ne s’installa pas dans la région de Bethléhem car le fils d’Hérode avait succédé à son père. Joseph et Marie sont retournés dans la ville dont ils étaient originaires, Nazareth en Galilée.
Pendant de longues années nous n’avons plus eu de nouvelles… il semblait mener une vie calme avec sa famille. Quand j’en discutais avec Balthazar nous nous interrogions bien un peu : « Pourquoi mobiliser des anges, une étoile… pourquoi nous faire faire un voyage de presque 3 ans pour un roi dont on n’entendait plus parler ? » Nous croyions que c’était le Dieu des Juifs qui avait organisé tout cela ! Mais dans quel but ?
Ne vous impatientez pas, mes enfants… maintenant je connais la réponse !
Vous êtes assez grands pour que je vous raconte la fin de l’histoire.
Mais peut-on parler d’une fin ? Pour Balthazar et moi c’était plutôt le commencement d’une autre aventure, non pas sur les chemins du désert avec nos chameaux, mais dans nos cœurs car nous savons maintenant qu’il était vraiment le roi des Juifs, le Messie qu’ils attendaient.
Il y a quelques années, plus de trente ans après l’apparition de l’étoile, nous avons à nouveau eu des nouvelles de Jésus. Il parcourait son pays en parlant à tous du Royaume de Dieu qu’il représentait. Il donnait à manger aux foules avec 5 pains seulement, il guérissait les malades… les sourds entendaient et les aveugles voyaient… il a même ressuscité des morts. Les caravaniers nous racontaient toutes les choses extraordinaires qu’il faisait.
Nous trouvions ces récits magnifiques, car enfin nous trouvions un sens à ce que nous avions vécu. Ils nous rapportaient aussi des bribes de ce que Jésus enseignait aux foules. Nous nous régalions de ces paroles.
« Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi. »
« Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
« Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. »
« Faites pour les autres ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous. »
« Car le Fils de l’homme est venu chercher et amener au salut ce qui était perdu. »
Mais apparemment dans son pays les chefs religieux et politiques n’appréciaient pas ce que Jésus disait ou faisait. Ils voulaient le faire mourir comme Hérode autrefois !
Et un beau jour des voyageurs nous ont rapporté la nouvelle de sa mort horrible sur une croix…
Non, non, les enfants ne pleurez pas…laissez-moi finir ma phrase… des voyageurs nous ont rapporté la nouvelle de sa mort horrible sur une croix mais aussi son retour à la vie trois jours plus tard !
Ainsi nous avons compris que le Messie des Juifs était le Fils de Dieu et que sa mort était le seul chemin pour nous donner la possibilité d’une réconciliation avec Dieu et d’être sauvés de nos péchés. Sa résurrection était le signe qu’il a vaincu la mort et que tous ceux qui croiront en lui auront la vie éternelle !
Non, non, les enfants je ne suis pas devenu Juif… mais dans mon cœur j’ai accepté de croire en Jésus et d’accepter le salut qu’il propose à tous les hommes !
