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De colline en coteau

 « Mark n’avait jamais connu la guerre, sinon il aurait immédiatement reconnu les signes d’exode. » – C.S Lewis, Cette hideuse puissance, p. 287

I. Un seul manteau

Dans un long fleuve de poussière,
Nos charrettes et nos autos,
Roulent, de colline en coteau,
Chargées de nos lourdes misères.

Nous n’avons pris qu’un seul manteau,
Un sac et du pain pour la route,
Dans chaque poche, des photos,
Beaucoup d’espoir et peu de doutes.

Le soleil de juin nous écrase,
Mais nos cœurs gelés sont transis ;
Nous ne ferons pas table rase
Du bruit sec et froid des fusils.

Les clochers sont couverts de sang,
Et les tombes sur les versants
Hurlent. Pourquoi tant de complices ?
Dieu, comment croire à la Justice ?

II. J’avais un nom

Nous avons pris trop de traverses,
Le souffle de vie nous délaisse,
Le désert ouvre sa mâchoire,
Et broie chacun de nos espoirs.

J’avais un nom, un toit, des terres,
Je n’ai plus rien que la poussière.
Est-ce l’amour en moi qui bout
Ou l’orgueil qui me tient debout ?

Aux frontières, on nous efface,
Je change et perds jusqu’à ma trace,
L’un des miens est mort ce matin,
J’ai creusé le trou de mes mains.

Nous ne parlons plus de repas,
La mort se lit sur nos visages,
Mais Dieu nous redonne courage :
Marchez, dit-il, pas après pas.

III. Voici la terre

Voici la terre, ou son mirage ?
Les palmiers ne font pas de noix,
Ma maison n’a pas de vitrages,
L’eau de la pluie tombe du toit.

On me jette un os à ronger.
Ils disent : voleurs de salaire,
Que font ici ces étrangers ?
Mais nos mains bâtissent leur terre.

Qu’avez-vous pour nous aujourd’hui ?
C’est dur d’attendre qu’on t’appelle,
Ils nous prennent pour des produits,
Leurs mots sont des gifles mortelles.

Mes frères se sont éloignés,
Emportés par les fortes brises,
Mais d’autres m’ont été donnés,
Grâce à Dieu qui bâtit l’église.

IV. Un lieu de paix

J’ai pris un tout autre trajet,
Très loin des éclats mensongers,
Vers un lieu de paix véritable,
Qui n’est pas une simple fable.

Une terre riche et paisible,
D’une richesse incorruptible
Où les vents sont toujours légers,
Sans cri, sans peur des étrangers.

Les eaux y parlent aux feuillages,
Point de fusils ni de ravages,
Chacun s’y tient dans la clarté,
Debout dans sa fraternité.

L’Exode habite nos mémoires,
Il brûle au cœur de nos histoires ;
Quittons la nuit pour devenir,
Et marchons vers l’aube à venir.

David, le 16 février 2026

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