Il faisait froid ce matin-là
Un ciel tout gris, triste, si bas
Le garçonnet prit son foulard
Le bleu avec les nénuphars
Ça le protégerait du vent
Mais aussi des regards cuisants
Qui chercheraient à deviner
Où il allait, s’il s’échappait
S’il était fille ou bien garçon
S’il avait peur, s’il était blond
Il irait en courbant le front
Les mains serrées dans ses deux poches
Pour qu’on ne voit pas sa pétoche
Et sans emporter Baluchon
Son loyal et doux compagnon
Maman avait dit qu’en miaulant
Il attirerait les passants
Ils n’avaient pas besoin de ça
Mais devaient faire profil bas
Partir sans regarder derrière
Partir retrouver la lumière
Il faisait froid ce matin-là
Mais il n’avait pas d’autre choix
Que d’obéir à sa maman
Pour espérer rester vivant
Alors il refoula ses pleurs
Les comprima à l’intérieur
Et sans regarder Baluchon
Son cœur tout prêt à l’implosion
Il prit la main de son papa
Et laissa tout, dans sa maison :
Ses beaux jouets, son lit douillet
Même les petites babioles
Puis passa devant son école
Sans saluer tous ses amis
Surtout ne pas se retourner
Maman lui avait expliqué
Qu’il faudrait être courageux
Que le voyage serait long
Et qu’il serait très dangereux
Qu’il ne fallait pas l’ébruiter
Mais s’enfuir en catimini
Il faisait froid ce matin-là
Et ses parents ne parlaient pas
Le garçonnet se demandait
Si Dieu voyait, d’où il était
Que ses cheveux étaient si noirs
Il le savait, c’était certain
Mais les voyait-il de si loin ?
Et ces hommes qu’ils croiseraient
Arracheraient-ils son foulard
Le bleu avec les nénuphars
Pour s’assurer, avec dédain
Qu’il n’avait pas le droit de vivre
Ni même celui d’être libre ?
Dieu allait-il le secourir ?
Comment pourraient-ils se nourrir
Puisqu’ils n’avaient rien amené ?
Si bien perdu dans ses pensées
Il ne vit pas que devant eux
Alertés par un miaulement
Deux soldats au regard haineux
Avaient stoppé de pauvres gens
Il faisait froid ce matin-là
Ils s’enfuyaient aussi ceux-là
Mais imprudents, leur baluchon
Était chargé d’un compagnon
Et le garçonnet, stupéfait
Vit les traits pâles et tirés
De sa maman se colorer
Sans un mot, ils continuèrent
Les deux soldats trop occupés
Pour penser à les arrêter
Et là, au détour du chemin
Une maison illuminée
Et puis un feu de cheminée
Un bon repas et même un bain
Ce soir là en fermant les yeux
Le garçon remercia Dieu :
« J’ai compris, tu vois mes cheveux
Tu sais même combien j’en ai
Et de moi tu es vraiment fier
Car peu t’importe leur couleur
Pour toi j’ai beaucoup de valeur »
Il faisait froid ce matin-là
Quand ils reprirent à petit pas
Leur dur périple tous les trois
Mais leur cœur était réchauffé
Le garçon se remit debout
Sans Baluchon, sans ses doudous
Mais les yeux levés vers les cieux
Plutôt que baissés vers la terre
Et il serait trop long ici
De faire un récit exhaustif
De toutes leurs péripéties
Mais c’est émerveillés qu’ils virent
Leur Dieu fidèle les conduire
Malgré les dangers, les récifs
Dans un pays où le foulard
Le bleu avec les nénuphars
Fut relégué dans le placard
Plus nécessaire de cacher
Ses jolis et sombres cheveux
A nouveau, brillait la lumière
A nouveau l’espoir renaissait
Il faisait froid aussi parfois
Dans leur belle terre d’asile
Ils connurent d’autres combats
Pour se sentir chez eux là-bas
Et notre courageux garçon
Pensait souvent à Baluchon
A ses jouets, à sa maison
Mais il avait gagné bien mieux
La relation avec son Dieu
C’était devenu son ami
Le meilleur et le plus gentil
Il savait qu’il était fragile
Mais qu’avec Lui à ses côtés
Son cœur serait désaltéré
Et fort de ce qu’il avait vu
En grandissant, toujours il put
Face à d’autres appréhensions
D’autre trous profonds dans sa vie
Apprendre à n’adorer que Lui
Son Créateur et son Sauveur
Son merveilleux consolateur
Il faisait froid ce matin-là
Mais l’Éternel, Lui, était là
Et un matin, loin de la terre
Un jour inondé de lumière
Notre garçon aux pieds du Roi
Jettera son joli foulard
Le bleu avec les nénuphars
En guise de reconnaissance
Pour sa liberté retrouvée
Là il oubliera Baluchon
Si heureux d’être à la Maison
Environné de Sa présence
En paix, comblé, à tout jamais…
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