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Récit biblique – Amours et jalousies


Jacob sort de la tente où son père, âgé et aveugle, est couché. Il fait chaud, le soleil l’éblouit. Il doit s’éloigner… son frère ainé va revenir de la chasse ! Il ne faut pas qu’il le trouve ici… Comme il a tremblé lui quand son père -Isaac- l’a touché pour savoir qui il était ! Mais revêtu des habits d’Ésaü son jumeau, et des peaux de chevreaux donnés par sa mère, Jacob a abusé son père qui ne voit plus. Et le voilà maintenant, lui le fils cadet, nanti de la bénédiction du fils ainé… Il sait bien qu’il est le chouchou de sa mère, mais selon la coutume c’est son frère, sorti le premier, qui aurait dû recevoir cette bénédiction !

Il se dirige vers l’enclos des chèvres pour trouver un peu d’ombre… et tout en marchant il marmonne…
Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai trompé mon père, j’ai pris la bénédiction qui revenait à mon frère ainé… mais est-ce que ce n’est pas ma mère qui me l’a ordonné ? Et puis Ésaü ce jour où il est revenu des champs affamé, est-ce qu’il ne m’a pas vendu son droit d’ainesse ?… Mais maintenant mon frère va revenir chercher sa bénédiction…
Jacob n’ose pas imaginer ce qui est en train de se passer dans la tente…Les cris de son frère, l’émotion de son père qu’il a trahi… Il tourne en rond autour de l’enclos ; les bergers ont amené pâturer les chèvres, mais il en reste une qui boite. Elle s’approche de lui en bêlant doucement, il la touche et lui répond…
– Tu vois, je suis obligé de me cacher, je ne pourrai pas rester ici… »

Jacob !
C’est le jeune Keran, le fils de la servante de sa mère…
Ta mère te demande Jacob ! Ça crie de partout dans les tentes !
À grands pas, Jacob se dirige vers le campement. Il aperçoit de loin Rebecca, sa mère, à l’entrée de sa tente qui le guette.
Ah ! Te voilà Jacob ! Ton frère Ésaü est furieux, il veut se venger ; dès la mort du père, il te tuera ! Tu ne peux pas rester ici… tu vas partir à Harân chez mon frère. Tu reviendras quand tout sera calmé… Attends-moi, je vais parler à ton père…
Resté seul dans la tente, Jacob regarde autour de lui ce qu’il va laisser… il se revoit enfant au pied du tabouret où sa mère assise lui caressait les cheveux, et parfois elle chantait…
Le jeune Keran apparait.
C’est ton père maintenant qui veut te parler Jacob ! Dis, si tu t’en vas, tu m’emmènes avec toi ?
Si tu viens avec moi, qui s’occupera des bêtes blessées dis-moi ?
En trainant les pieds, la tête basse, Jacob retourne vers la tente d’Isaac son père Jacob hésite…
Approche mon fils
Isaac lève la main pour toucher le bras de Jacob…
Mon fils tu dois maintenant partir. Tu ne prendras pas une femme d’ici. Choisis pour toi une femme parmi les filles de Laban, le frère de ta mère. Dieu te bénira, il te fera fructifier, et te multipliera.

Et c’est ainsi, qu’avec la bénédiction de ses parents, Jacob quitte son pays et sa famille pour un long voyage. Sa vie et les évènements de ces derniers années se bousculent dans sa tête… son père qui préfère Ésaü, sa mère sous les tentes, son frère brutal, les troupeaux à soigner… Toute sa vie d’enfant, de jeune homme…

Le jour passe, le soleil décline, il fait sombre maintenant. …Jacob prend une pierre, la met à son chevet, et il se couche, là. Et Jacob fait un rêve…
Il voit un escalier, des messagers qui montent et qui descendent, et tout en haut, l’Éternel Dieu ! Dieu qui lui promet la bénédiction pour lui, et toute sa descendance, et au travers de lui, pour toutes les familles de la terre… Dieu qui lui promet de le ramener dans son pays

Jacob à son réveil, en est tout retourné. Il vient d’entendre la voix du Dieu d’Abraham et d’Isaac, son père ! Et Dieu existe en ce lieu ! Avec la pierre qu’il avait mise à son chevet, Jacob érige une stèle et verse de l’huile dessus ; et il appelle ce lieu Bethel.
Et Jacob déclare : Si je vois que Dieu est avec moi et qu’il me bénit, alors, l’Éternel sera mon Dieu, cette pierre, la maison de Dieu, et je Lui donnerai le dixième de ce qu’Il me donnera

Le pas léger et plein d’entrain, il reprend sa marche vers les pays d’Orient, vers le pays où sa mère est née et a grandi. Il se souvient de ce qu’elle lui racontait : les cruches qu’elle allait remplir à la source avec les autres filles, le tissage avec les femmes, et puis son frère Laban qu’elle aimait tant, et lui, qui la protégeait, et pour finir elle ajoutait :
– « Qu’est-ce que tu ressembles à mon frère Laban !
Et le voilà maintenant qui va peut-être épouser une de ses filles. Il se demande bien comment elles sont ces filles ! Et chacun de ses pas le rapproche de ce pays-là.

Un jour, dans un champ, un puits. Autour du puits, trois troupeaux de brebis et de chèvres se reposent… Sur le dessus du puits, une grande et grosse pierre. Là-bas sous les grenadiers, les bergers se tiennent à l’ombre… Jacob les interpelle :
D’où êtes-vous les amis ?
– Nous somme de Harân…
Connaissez-vous Laban, fils de Nahor ?
– Oui, nous le connaissons…
Comment va-t-il ?
– Il va bien… Regarde là-bas, c’est sa fille Rachel qui arrive avec les moutons et les chèvres !
Mais, il fait grand jour, ce n’est pas le moment de rassembler les troupeaux ! Faites donc boire les bêtes, et ramenez-les aux pâturages !
– Ce n’est pas comme ça que nous faisons ici : nous attendons que tous les troupeaux soient rassemblés et alors ensemble on roule la pierre, et on abreuve les bêtes !

Entre-temps, Rachel, la bergère, s’est approchée. Jacob regarde Rachel…
Elle est belle Rachel, elle est belle
Ses beaux yeux de gazelle, c’est comme le soleil
Jacob s’approche du puits, roule la grande et grosse pierre, il fait boire les brebis et les chèvres … il embrasse Rachel… et se met à pleurer…
Elle est belle Rachel, elle est belle
Ses beaux yeux de gazelle, c’est comme le soleil

Et puis, Jacob est accueilli à bras ouverts chez son oncle Laban. Il fait la connaissance de Léa, la fille ainée, et des fils de Laban ! Et il travaille là, comme berger. Un mois se passe, et Laban vient trouver Jacob
Est-ce que parce que tu es mon neveu, tu travaillerais gratuitement chez moi ? Dis-moi donc ce que tu veux comme salaire…
Jacob lui répond :
Eh bien mon oncle, si tu le veux bien, je te servirai pendant sept ans, si tu me donnes Rachel, ta fille cadette, en mariage
Eh bien c’est d’accord ! lui répond Laban

Elle est belle Rachel, elle est belle
Ses beaux yeux de gazelle, c’est comme le soleil….
Son regard sur elle, oh ! c’est comme le miel
Ses yeux dans les siens, c’est comme un parfum

Les sept années passent ainsi…et c’est le jour du mariage ! Festin, réjouissances !
Mais le lendemain matin, alors que le vin s’est dissipé, que le jour se lève, et que la mariée parait sans son voile… ce n’est pas Rachel que Jacob a près de lui, mais c’est Léa, l’ainée !
Jacob est furieux ; il va trouver son beau-père !
Eh mon fils, ce n’est pas la coutume de marier la cadette avant l’ainée ! Achève la semaine de noces avec Léa, et j’te donne Rachel comme seconde épouse, et pendant sept ans, tu travailleras encore pour moi

Les sept jours de la semaine ont passé. Jacob et Rachel se sont regardés… les yeux de Rachel, comme des colombes qui roucoulent, les lèvres de Jacob, comme un fruit mûri au soleil… Jacob et Rachel se sont embrassés, ils se sont enlacés, et leurs corps et leurs âmes mêlés, ils se sont aimés…

Elle est belle Rachel, elle est belle
Ses beaux yeux de gazelle, c’est comme le soleil
Son regard sur elle, oh ! c’est comme le miel
Ses yeux dans les siens, c’est comme un parfum, un parfum

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