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Priez pour vos ennemis !

L’histoire se passe en Syrie, environ 900 ans avant la naissance de Jésus.
Parmi les pays voisins de la Syrie, il y en a un qui a un petit territoire : le royaume d’Israël.

À la tête de ce royaume, il y a eu, il n’y a pas si longtemps, le célèbre David, le berger devenu roi, puis son fils, le sage roi Salomon. Mais à la mort du roi Salomon, réputé pour être un homme de paix, le royaume a été divisé en deux parties. Au nord, une grande partie, qui a gardé le nom de Royaume d’Israël, qu’on appelle aussi le Royaume du Nord. Au sud, une petite partie, appelée le royaume de Juda, qu’on appelle aussi le Royaume du Sud.

Et un jour, dans ce nouveau Royaume d’Israël, le Royaume du Nord, les habitants de la province de Samarie ont vu arriver la puissante armée du roi de Syrie. Ce fut un jour terrible.

Les Samaritains se sont défendus du mieux qu’ils ont pu contre leur ennemi, mais l’armée syrienne a été victorieuse.

Il faut dire qu’à cette époque-là, c’est Naaman qui est le chef de cette armée redoutée. Et de cet affrontement, il a rapporté du butin et ramené des prisonniers : des hommes, des femmes et même des enfants.

C’est dans ces circonstances que tous ces captifs ont dû quitter leur terre bien-aimée pour se retrouver en terre inconnue, au terme d’une marche si longue, éprouvante et harassante qu’elle semblait ne jamais devoir finir.

Les souffrances physiques, cela compte, mais quand un départ est ainsi forcé, c’est toujours un arrachement ; et ce n’est pas seulement un arrachement, mais c’est aussi, en plus de la douleur de tout perdre, l’angoisse et la peur de ce que l’on va trouver. Comment l’ennemi va-t-il nous traiter ? Comment allons-nous vivre au quotidien ? Serai-je séparé de ma famille, de mes amis ? Quel avenir pour chacun ?


Tandis que tout ce peuple déplacé est en proie à ces questionnements, le chef de l’armée de Syrie, lui, est plutôt satisfait : le roi a pour Naaman une grande considération, car c’est grâce à lui que le pays est victorieux et qu’il s’enrichit.

Reconnu pour sa bravoure et ses hauts faits, Naaman est un homme fort et vaillant. Toutefois, vient un temps où il doit reconnaître qu’il a un gros problème, un problème qu’il ne peut résoudre malgré toute sa puissance, et qu’il ne peut cacher. En effet, tout le monde, ou presque, est au courant : c’est un problème sérieux et visible ; il a attrapé une terrible maladie. C’est une maladie incurable et dégénérative : la lèpre.

S’il est évident que cette maladie ronge son corps, elle le ronge aussi intérieurement. Mais comment s’en défaire ? Impossible ! On ne guérit pas de la lèpre.

Pourtant, quelque chose d’extraordinaire est sur le point d’arriver. Il se trouve que, parmi les prisonniers ramenés du Royaume du Nord, une petite fille est maintenant au service de sa femme. Celle-ci apprécie beaucoup la petite Naomie. Elle doit avoir environ 10 ans. C’est une fillette respectueuse et serviable. Elle a pourtant été déracinée de sa terre d’origine, mais malgré cela, elle est attentionnée vis-à-vis de sa patronne, même si elles ont des coutumes différentes.

Souvent, la femme de Naaman voit Naomie prier dans la maison ; elle ne va pas au temple qui est pourtant tout proche. Quelquefois, elle l’entend parler tout bas, alors qu’elle est toute seule. Et même, parfois, elle la surprend en train de s’adresser au ciel ! Elle semble avoir accepté son sort et faire confiance à un dieu invisible, qui pourvoirait à tous ses besoins.

Depuis que cette petite a été amenée dans cette maison, quelque chose dans l’atmosphère a changé. À la différence des autres domestiques, Naomie prie pour ses patrons ; elle a reçu de ses parents des principes de bonne conduite, des principes que ses parents ont reçus de leurs parents, qui les avaient reçus de leurs parents… À quand cela remonte-t-il ?

Naomie se rappelle le nom de quelques hommes du passé, qui ont été remarquables et qui ont marqué l’histoire de son peuple : Moïse et Aaron, Abraham, Isaac et Jacob, Josué et Caleb… Et elle se rappelle aussi cet homme de Dieu très respecté, qui vit dans son pays : le grand prophète Élisée. Combien de miracles Dieu a-t-il opérés par ses mains !

Aujourd’hui, voyant que le chef Naaman est de plus en plus préoccupé par cette lèpre, la petite Naomie va vers sa patronne et lui confie :

— Ah ! si votre mari, Monsieur Naaman, pouvait rencontrer Monsieur Élisée qui habite dans mon pays, dans la ville de Samarie, je suis sûre qu’il serait guéri de sa lèpre ! Parce que Monsieur Élisée est un homme qui est au service de Dieu, c’est un grand prophète.

Surprise, la patronne en parle à Naaman, son mari.

N’ayant rien à perdre mais tout à gagner, Naaman, à son tour, en parle au roi.

— Vas-y, va à Samarie voir cet homme, lui dit le roi de Syrie.

Alors Naaman se prépare au départ pour ce voyage très spécial, lui et toute une escorte qui l’accompagne, chargée de cadeaux de très grande valeur pour le prophète qui va le guérir. Car il compte bien revenir guéri !


Après un long périple de plusieurs centaines de kilomètres, à travers des montagnes et des vallées, et après quelques péripéties, Naaman arrive à Samarie, à bord de son char impressionnant, lui et toute son escorte. Il s’arrête devant la maison du prophète Élisée, et s’attend à le voir venir vers lui, lui rendre les honneurs dus à son rang, lui demander ce qui l’amène, etc.

Naaman n’est pas n’importe qui, c’est le chef de la puissante armée du pays voisin ; il est, en quelque sorte, comme un Ministre des Armées.

Mais Élisée ne sort pas de chez lui ; il envoie simplement un domestique pour dire à Naaman :

— Va à la rivière, le Jourdain, entre dans l’eau et lave-toi sept fois ; ta peau redeviendra saine, et tu seras guéri.

En entendant cela, Naaman sent la colère monter en lui, et il commence à enrager :

— Ah, c’est comme ça qu’il me reçoit ? Je me disais : « il va venir pour m’accueillir, il va se présenter en personne, il va prier son dieu, il fera certains gestes spéciaux, et je serai guéri. » Et au lieu de cela, il ne me reçoit même pas ! La rivière de ce pays, le Jourdain, a-t-elle plus de valeur que les rivières qui coulent chez moi, dans la capitale de mon pays ? Est-ce que je ne pourrais pas aussi m’y laver et être guéri ?

Il se met en route pour repartir, furieux.

Mais ses soldats viennent lui parler, et ils lui disent :

— Général, si le prophète vous avait demandé quelque chose de difficile, est-ce que vous ne l’auriez pas fait ? Vous connaissez le proverbe « Qui peut le plus peut le moins », n’est-ce pas ? Alors, puisque c’est facile, faites ce qu’il vous dit : allez vous laver dans le Jourdain et vous serez guéri !

En parlant ainsi, les soldats eux-mêmes montrent qu’ils ont foi dans les paroles de la petite Naomie.

Alors Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie, se met en route avec toute son escorte pour aller jusqu’au Jourdain, qui se trouve à plus de 30 kilomètres (à vol d’oiseau !). Là, en présence de toute son escorte, il se plonge une première fois dans l’eau, puis une deuxième fois, une troisième, une quatrième, cinquième, sixième et, pour finir, une septième et dernière fois.

Alors, conformément à la prophétie de l’homme de Dieu, la peau du Général Naaman redevient aussi nette que celle d’un bébé : il est complètement guéri !

Tout heureux et débordant de reconnaissance, Naaman retourne alors vers la maison d’Élisée le prophète, toujours avec toute son escorte. Lorsqu’il arrive, il se présente devant lui, et dit :

— Eh bien, je reconnais que le vrai Dieu est vraiment présent dans ce pays. Et maintenant, accepte, s’il te plaît, ces cadeaux de ma part.

Élisée lui répond :

— Le Dieu que je sers est bien réel. C’est à lui qu’il faut être reconnaissant, pas à moi. C’est pourquoi je n’accepte pas tes cadeaux.

Naaman insiste, mais Élisée refuse catégoriquement.

Alors Naaman reprend :

— Puisque tu refuses mes cadeaux, accepte qu’on me donne un peu de terre d’ici. J’aimerais emporter, pour chez moi, de la terre de ce pays où Dieu est présent, seulement de quoi remplir les paniers que porteront deux de mes ânes. Car dans mon pays, il y a des statues qui représentent des dieux ; et on leur apporte des offrandes et des dons, comme si ces statues étaient vraiment des dieux. Mais moi, à partir de maintenant, je ne veux plus faire d’offrande ou de don à des statues ; c’est uniquement à l’Éternel que je veux en offrir, et j’utiliserai de cette terre sainte pour faire un autel pour Dieu, car c’est lui le seul vrai Dieu, lui qui m’a guéri.

Puis Naaman ajoute :

— Cela dit, j’ai un problème : celui qui me commande, c’est le roi de Syrie, et il va régulièrement dans un temple pour prier son dieu, et je dois l’accompagner. Mais son dieu, ce n’est pas le Dieu Tout-Puissant qui m’a guéri. Et quand il va dans ce temple pour se prosterner devant la statue qu’il appelle Rimmon, il s’appuie sur moi, sur mon bras, pour que je le soutienne, et je dois me prosterner moi aussi devant la statue.
— Mais aujourd’hui, je prie l’Éternel, le seul vrai Dieu, de me pardonner car je ne peux pas faire autrement. Ça fait partie de mes fonctions, des obligations de mon rang. Alors, je voudrais que Dieu me pardonne quand je me prosternerai, les prochaines fois, dans le temple de Rimmon.

Élisée rassure Naaman :

— Sois tranquille, Dieu voit ton cœur et les vrais désirs de ton cœur ; tu peux aller en paix.


Comment cette enfant déracinée, brutalement arrachée à sa terre natale, a-t-elle pu être un témoignage vivant et salutaire pour ceux qui étaient pourtant responsables de son malheur ?

Par sa fidélité à Dieu et sa loyauté envers ses patrons, elle a été comme un message d’évangélisation. Elle leur a d’ailleurs littéralement apporté une Bonne nouvelle. Et cette Bonne nouvelle a conduit à la conversion du Général Naaman, et certainement de plusieurs témoins dans son entourage.

De même aujourd’hui, au XXIe siècle, prier pour ceux qui nous gouvernent, même si certains nous maltraitent, peut faire des miracles… et ce, même si on est en exil ou en exode.

Après tout, les enfants de Dieu ne sont-ils pas tous étrangers et voyageurs sur la terre, dans ce monde sans être du monde, donc d’une certaine manière hors de leur patrie, appelés à être ses ambassadeurs ?

Récit inspiré de l’histoire de Naaman, Bible, Ancien Testament, 2ᵉ livre des Rois, chapitre 5, v. 1 à 19 (2 Rois 5, 1-19).

AT : « Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien. » — Jérémie 29-7, lors de la déportation à Babylone.

NT : « J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. » — 1 Timothée 2:1-2

(1) Hébreux 11:13-16
(2) Jean 15:19
(3) 2 Corinthiens 5:19

Sophie HERMENIER

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