Défis d'écriture, concours, jeux·Participations

Entre effervescence et quête de paix

Par Daniel, en réponse au défi d’écriture 27 « Écris la ville »

Bruyante, voire tonitruante, la ville est avant tout le lieu de tous les excès. Avec son rythme effréné, les hommes y vaquent tous les jours à des occupations. Occupations nocturnes, occupations diurnes, occupations du quotidien.

Cependant, dans chaque ville, on peut trouver des lieux paisibles — quoique ces lieux dépendent profondément des personnes et des personnalités qui les désirent.

Je me souviens de ma rencontre avec Mondain. Un élégant jeune homme, qui aimait à me raconter ses temps d’évasion au sein de sa ville. Pour lui, après avoir été oppressé par les conditions et les besoins que lui imposait la vie en ville, il lui fallait trouver un havre de paix.

Mondain me disait :
— Quand je suis fatigué, quand j’en ai marre, eh bien je me réjouis. Je me rends dans des lieux vivants, bruyants, et bondés de personnages plus pittoresques les uns que les autres. Dans ces moments, je n’ai qu’un seul objectif : vivre pleinement. Je vis pleinement, ainsi j’oublie et je profite.

Durant ces moments, me disait Mondain, il s’accaparait à cent pour cent des plaisirs de la ville. Il aimait particulièrement les paris, les soirées dansantes, les rencontres improbables mais calculées, l’ivresse et la somnolence produites par les boissons, le toucher facile de son vis-à-vis permis par les situations et l’absence totale de logique et de conscience. Voilà autant d’aspects merveilleux de la ville qu’il aimait.

— Oui, j’aime les villes, surtout les grandes. Ces occupations nocturnes me permettent de profiter de la vie. Le brouhaha qui s’y trouve me satisfait. Parce que oui, pour moi, c’est un havre de paix. La recherche vive des besoins matériels, je l’oublie et j’en profite en même temps au travers de quelques plaisirs.

Pour Mondain, la ville était à la fois un lieu de pression, d’oppression et de conditions qui dictaient sa marche à suivre. Mais elle savait aussi donner des contreparties. En contrepartie de tout ce que la ville lui imposait, elle lui donnait du plaisir. Mondain se disait satisfait de cela. Il ne se voyait pas vivre ailleurs. Les campagnes le répugnaient. Il les trouvait trop calmes, poussant leurs habitants à rechercher d’eux-mêmes ce qui les intéressait. Mondain appréciait pleinement la vie en ville. Il jouissait du plus profond de son être de ces séquences répétitives qui devenaient son quotidien. Les séquences étaient toutes les mêmes : rechercher, posséder, produire, et ensuite venait la nécessité de se faire récompenser par toutes sortes de jouissances.

Après avoir côtoyé Mondain, je décidai de me laisser tenter par sa vie de désinvolture. Ayant expérimenté cela un certain temps, je me sentis comme vidé de toute essence. C’est dans cette période que je fis la rencontre d’un autre jeune homme. Sa vision de la ville était totalement éloignée de celle de Mondain. Son nom était Chrétien.

Chrétien, lui, se plaignait souvent de la vie en ville. Il n’en était pas toujours satisfait. Mais Chrétien avait des obligations. Des obligations qui le tenaient. Et en cela, Chrétien se devait de vivre dans cette ville. Seulement, Chrétien avait décidé, selon ce qu’il m’avait raconté, de ne pas tomber, de ne pas succomber aux penchants qu’essayaient de lui imposer la ville.

Je lui demandai s’il possédait des choses qui représentaient pour lui un havre de paix. Sa réponse fut négative. Il ajouta cependant :
— J’ai toutefois quelques lieux que je trouve intéressants et qui vont dans ce sens. Il y a notamment ce parc près de chez moi. Mais il n’a de particularité que sa proximité avec mon logis. Tout parc possédant les caractéristiques de celui que je fréquente me conviendrait. En somme, plus que les parcs, je veux surtout parler de lieux calmes et reculés. L’objectif premier étant de se mettre à part. Souvent, ma maison même peut jouer ce rôle. À vrai dire, mon havre de paix vit en moi.

J’étais curieux de savoir ce que Chrétien pouvait trouver de charmant dans ces lieux d’accalmie. Je m’empressai donc de lui poser la question.
— Je m’y ressource ! me dit-il en esquissant un sourire léger.
Il continua en disant :
— J’y vis des moments clés avec mon créateur. Je recherche constamment ces instants. Pour moi, la semaine n’est qu’une étape à traverser pour au final trouver l’opportunité de me retrouver dans ce tête-à-tête avec mon concepteur. Il arrive que je m’y rende une fois par mois ou tous les six mois. Dans tous les cas, je me rassure toujours d’avoir des moments de ce genre chaque semaine chez moi. Ces moments me sont nécessaires. Ils me permettent de me retirer, de me purger. Me purger des pensées que m’impose la ville, me purger du système et de renouveler mon engagement à ne pas tomber dans la frénésie de la vie en ville.

Cependant, il ne pouvait pas dire que la ville ne donnait que de mauvaises choses :
— Il y en a des bonnes et des moins bonnes. Le système en ville est intéressant. Il y a moins de lourdeurs dans les tâches du quotidien, il y a des facilités qu’on ne trouve pas souvent à la campagne. Malheureusement, la ville pousse beaucoup plus vers des dérives que vers ce qui est bon. Voilà pourquoi, autant que cela me semble nécessaire, je tiens à me ressourcer dans mon havre de paix.

Intrigué, je lui demandai s’il avait toujours vécu ainsi. À ma grande surprise, il me répondit en souriant :
— Non !
Il s’était lui-même à un moment donné attaché avec plaisir aux attraits de la ville. Mais un jour, fatigué, il décida de tout laisser tomber. Il ajouta :
— Un charmant monsieur m’a dit un jour que je pouvais tout recommencer. Tout oublier de ma vie passée et repartir de zéro. Il me fallait simplement un nouveau berger.

Après avoir écouté Chrétien et Mondain, je pus faire un tableau bien brossé de la ville. Ville lumineuse, ville bruyante, ville prometteuse, elle nous appâte avec des promesses et, finalement, c’est elle qui nous tient. Je décidai par la suite d’avancer sur les mêmes sentiers que ceux de Chrétien, faisant de son berger, mon berger.

Plus tard, j’eus la possibilité de rencontrer de nouveau Mondain et Chrétien. Quelques années s’étaient écoulées et il fut intéressant de voir l’évolution de chacun. Chrétien était toujours égal à lui-même. Il avait toujours ce même sourire léger perché à son visage. Il avait en plus quelque chose de paisible qui attirait la curiosité.

Mondain, quant à lui, me confia, plein de tristesse, qu’il avait comme un sentiment de regret. Aujourd’hui, il détestait cette ville de laquelle il ne parvenait pas à se libérer. Il se sentait comme enchaîné à certaines réalités. Pour lui, plus rien ne faisait sens.

En le voyant ainsi, je me souvins de moi, quelques années auparavant. Je sus immédiatement quoi lui dire. Je pus dire à Mondain ce que Chrétien m’avait répété et à qui on avait aussi répété :
— Même pour les habitants de la ville, avec le créateur, il n’est jamais tard pour tout recommencer.

Daniel

Un commentaire sur “Entre effervescence et quête de paix

Laisser un commentaire