Manassé·Rois, Soldats et Prophètes·Théâtre

Manassé – Acte IV (4)

Scène V

KÉZIA – JUDITH

JUDITH

Ton chagrin, je l’avoue, ne manque point de charme.
Tu es plus belle encor dans la plainte et le deuil.
La splendeur de ta joue et l’éclat de ton œil,
Aux flots salés coulant le long de ton visage
La grâce de ton front trouve son avantage.

KÉZIA

Depuis combien te temps ainsi m’observais-tu
Pour te moquer de moi, Judith, à mon insu ?
Tu trouves ton plaisir au trépas du prophète.
L’homme de Dieu scié, ta victoire est complète.

JUDITH

Oui, quelle jouissance ! Quel bonheur sans égal
De voir périr l’amour et triompher le mal !
Plus de saint serviteur au travers de ma route,
Il faudrait que je pleure ou m’attriste, sans doute !
Je serai bientôt reine, et, telle Jézabel,

Je ferai plier Dieu sous mon sceptre cruel.
Le sot roi de Juda me prend pour sa servante,
Il m’appelle beauté, mon amour, ma charmante
Et parce qu’il est roi prétend me dominer.
Sait-il de quel esprit mon corps est animé ?

KÉZIA

Un esprit de démon, d’Astarté.

JUDITH

                                               Pis encore
Car le feu de l’enfer me brûle, me dévore
Et ce feu, ma jolie, avant que de périr,
Ce feu qui tout détruit et qui fait tant souffrir,
Je veux en consumer dans le cœur et dans l’âme
Tous les saints du pays, sans merci, dans sa flamme.
Je veux voir en ce feu, tant mon cœur est pervers
Les membres des élus se tordre comme vers.
Du prince que tu aimes est-ce assez des brûlures,
Du prophète Ésaïe les horribles blessures ?
Quant à mon Manassé, maître stupide et vain,
J’aurai bientôt versé le poison dans son vin.
La coupe de la haine buvons jusqu’à la lie,
Mais je dois m’occuper de ton cas, ma jolie.

KÉZIA

Elle va me tuer, fuyons !

(Kézia s’enfuit, Judith la rattrape et l’immobilise.)

JUDITH

                                   Aurais-tu peur ?
Je t’imaginais plus de noblesse et de cœur.

Regarde dans les yeux la cruelle erinye.
Que j’aurai de plaisir à voir ton agonie !
Qu’il me réjouira de dépecer ton corps
Et te découper vive en attendant ta mort !
Je briserai tes os et tu seras rouée.

KÉZIA

Tu ne m’as point encore ni blessée ni tuée.

(Lutte. Kézia se débat, Judith la frappe, elle tombe.)

JUDITH

Debout, fille de rien, bouvière, vermisseau !
Debout, que de mes mains je te brise en morceaux !

(Kézia se relève, elle ramasse une pierre qu’elle lance au visage de Judith. Judith tombe.)

KÉZIA

Des deux paires de bras c’est elle la plus forte
Mais je sais mieux viser, la carogne en est morte.

(Elle va cacher le corps de Judith, puis revient sur le devant de la scène. Entre Asarhaddon, habillé en soldat assyrien. On ne le reconnaît pas à cause de son casque.)

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