À la tête de sa tribu Abram marche dans la poussière. On entend le tintement des clochettes et les bêlements des brebis et des chèvres. Les bergers s’occupent des troupeaux, les serviteurs guident les ânes qui portent les bagages, ils tirent les chariots qui transportent les ustensiles, les tentes, et tous les biens de la tribu.
Saraï descend du chariot dans lequel elle se reposait. Elle rejoint Abram son mari en tête du cortège.
– Où va-t-on Abram ?
– Je n’sais pas, Saraï, je n’sais pas ! L’Éternel Dieu m’a dit : « Va, quitte ton pays, ta famille, et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai »…. Alors, on a quitté la grande ville Saraï…
– Mais Abram que va-t-on trouver dans ce pays ?
– Des bénédictions, Saraï, des bénédictions…. Pour moi, pour toi, pour nous tous ! il m’a dit : « Je te bénirai, et je ferai naitre de toi, une grande nation ».
– Mais Abram, nous n’avons pas d’enfants et nous sommes trop vieux maintenant !
– Oui je sais Saraï, mais comment oublier les paroles que j’ai entendues ?! : « Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te maudira et il a encore dit : « À travers toi je bénirai toutes les nations de la terre »
– Je ne comprends pas Abram !
– Moi non plus Saraï je n’comprends pas. Je ne sais pas où je vais, je ne sais pas pourquoi j’y vais, mais je sais que l’Éternel Dieu m’a parlé, alors je marche
Ils ont marché sur des chemins de terre, ils ont marché sur des chemins de pierre, ils ont escaladé des collines et descendu des vallons, ils ont traversé des torrents et des rivières. Ils se sont blessé les pieds sur les pierres, ils ont usé leurs sandales dans la poussière.
Des hommes, des femmes, des enfants, des servantes et des serviteurs et des bergers, des ânes, des moutons, des chèvres, les pâturages à trouver, les dangers à éviter, les repas partagés… et dans le cœur d’Abram ces paroles qui résonnent : Va, je te bénirai, va…
Voici qu’un jour ils arrivent dans le pays des cananéens jusqu’à un lieu appelé Sichem, près des chênes de Moré. On installe le campement près d’un bosquet. On décharge les ânes et les chariots, les uns vont chercher de l’eau, les autres du bois, les bergers désaltèrent les bêtes, les enfants courent à la rivière mettre les pieds dans l’eau.
Abram s’approche de Lot, son neveu, qui était parti avec lui :
– Tout se passe bien Lot ?
– Oui mon oncle, ça va.
– Pas de disputes entre les bergers ?
– Tout va bien, il y a de l’eau et des pâturages pour tous.
– Je m’éloigne un peu du camp. Veille sur chacun.
Après quelques pas, Abram remarque un peu plus loin une petite colline surmontée d’arbres ; alors il monte sur la colline. Du sommet de celle-ci, lui apparaissent à perte de vue des collines qui succèdent à d’autres collines, et des vallées et des pierres, et des buissons, des arbres…. Et là… l’Éternel dont il avait déjà entendu la voix, apparait à Abram, l’Éternel parle à Abram.
Pendant ce temps-là, dans le campement, on s’agite : on étale les tapis, on sort les écuelles et les louches, les feux crépitent sous les marmites et le parfum des épices est déjà comme une promesse de fête… Les enfants grimpent dans un chariot, sautent du chariot, ils crient, se bousculent, s’amusent…
Saraï avait vu Abram s’éloigner du camp. Il tarde à revenir « Pourvu qu’une bête féroce ne l’ait pas attaqué, murmure-t-elle… ». Et elle part dans la direction qu’Abram avait prise. Elle voit la petite colline surmontée d’arbres, et elle se dit « Il est sûrement monté là-haut ! » Mais à peine a-t-elle fait quelques pas sur le sentier, qu’elle entend la voix d’Abram un peu plus haut. « Je l’ai vu Saraï, je l’ai vu » !
Abram la rejoint en courant !
– Saraï, je l’ai vu ! Et il m’a parlé ! Il m’a dit : Je donnerai ce pays à ta descendance, à ta descendance Saraï !
– Si tu pouvais dire vrai, Abram ! Allez viens ! On nous attend dans le campement.
Ce soir-là, ils ont mangé, ils ont bu, ils ont chanté, ils ont dansé aussi. Et tout le monde a bien ri quand Judith a raconté qu’un jour, un âne qui se trouvait à côté d’elle, d’un coup de queue a envoyé valser sa boucle d’oreille dans la marmite de soupe brûlante ! Et tout le monde ensuite espérait recevoir la boucle de Judith dans son écuelle !
Abram et Saraï ont les yeux brillants. Saraï pense en elle-même :
– Quel est ce Dieu merveilleux qui peut faire de telles promesses ? Je donnerai ce pays à ta descendance… Mon corps est stérile… D’où viendra cette descendance ?
Abram se penche vers Saraï, sa princesse et lui murmure à l’oreille : « Demain je monterai sur la colline, et je bâtirai un autel pour honorer mon Dieu, et marquer son territoire… »
Et ainsi, d’étape en étape, Abram avec sa tribu parcourt le pays et à chaque étape, il empile quelques pierres pour former un autel d’adoration pour l’Éternel, son Dieu…
Un jour que la tribu parcourait le plateau du Néguev et que la chaleur et la poussière séchaient les lèvres, Lot s’approche d’Abram.
– Les bergers s’inquiètent mon oncle, les pâturages sont pauvres, les bêtes maigrissent, les ruisseaux sont à sec…
– Je m’inquiète aussi, Lot s’il ne pleut pas d’ici quelques jours, je crains de ne plus pouvoir nous nourrir tous…
Et c’est ainsi qu’Abram décide de descendre en Égypte, là où le fleuve Nil fertilise les terres et assure une subsistance.
Mais Abram, craint d’être tué, à cause de la beauté de Saraï. Malgré son âge, Saraï est encore une très belle femme et elle attire bien des regards. Durant plusieurs jours, tout en marchant, il rumine son inquiétude. Ce soir-là la tribu campe non loin de la frontière avec l’Égypte. Sur sa couche, Abram se tourne et se retourne… À l’aube, dans sa tente, assise sur une pierre, Saraï est en train de brosser ses longs cheveux. Une silhouette apparait à l’entrée de la tente. Abram se tient là, et la regarde en silence. Saraï suspend son geste :
– Qu’y a-t-il Abram ?
– Tu es si belle Saraï ! Quand les Égyptiens te verront, ils me tueront et toi, ils te laisseront la vie ! Je te prie, dis que tu es ma sœur, ainsi je serai bien traité à cause de toi, et ma vie sera épargnée. Sans dire un mot, tout en regardant Abram, Saraï pose sa brosse à cheveux. Sans le quitter des yeux, elle attrape le voile posé sur le tapis, et elle l’ajuste autour de son visage. Abram détourne le regard, et s’éloigne.
Ce jour-là Abram et sa tribu entre en Égypte. Les gens de la cour remarquent la beauté de Saraï, et ils l’emmènent au palais royal pour le bon plaisir de Pharaon. En échange, Pharaon offre à Abram des brebis, des bœufs, des ânes, des ânesses, des chameaux, et des serviteurs et des servantes. Fini le désert et la soif !
Mais bientôt, Pharaon remarque que depuis l’arrivée de Saraï au palais, de grands malheurs s’abattent sur lui et les gens de sa maison… Il interroge Saraï !
Et il fait venir Abram « Pourquoi m’as-tu fait cela ? Pourquoi tu ne m’as pas dit qu’elle était ta femme ? Pourquoi m’avoir dit qu’elle était ta sœur ?! À cause de cela j’en ai fait ma femme. Maintenant, prends-la et va t-en ! »
Et Pharaon ordonne à ses serviteurs de reconduire Abram à la frontière, avec tout ce qui lui appartient.
Toute la tribu remonte vers le plateau du Néguev, plus riche en troupeaux, en or et en argent. De là, ils regagnent l’endroit où Abram avait bâti un autel d’adoration entre Bethel et Aï.
Là, debout dans la montagne, face à ces pierres qui forment l’autel, les mains levées, Abram prie son Dieu. Abram dit à l’Éternel tout ce qu’il y a sur son cœur, et puis l’âme en paix, il retourne vers les troupeaux qui ont prospéré.
Mais bientôt les pâturages ne suffisent plus à nourrir les bêtes de Lot et celles d’Abram. Alors Lot s’en va vivre dans la plaine fertile du Jourdain avec ses troupeaux et sa famille. Abram lui reste dans les montagnes.
Après cette séparation, l’Éternel parle encore à Abram. Et à cet homme dont la femme est stérile, il promet une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre. Et puis l’Éternel ajoute :
– Lève-toi, parcours le pays en long et en large, car je te le donnerai
Alors Abram déplace à nouveau ses tentes et ses gens. Il établit un nouveau campement aux chênes de Mamré, près d’Hébron et il bâtit un autel d’adoration pour l’Éternel.
Les mois passent… Et voilà que par une nuit claire, alors qu’Abram se repose sous la tente, l’Éternel s’adresse à lui dans une vision. Abram entend ces paroles :
– Abram, n’aie pas peur ; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande.
Alors Abram confie à l’Éternel ce qui pèse sur son cœur : malgré la promesse que Dieu lui a faite, il est toujours sans enfant. Est-ce qu’Éliézer, son fidèle serviteur, sera son héritier ?
l’Éternel conduit alors Abram hors de la tente, et Il lui dit :
– Regarde le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter ! Car telle sera ta postérité.
Levant les yeux, Abram voit scintiller une multitude innombrable de points brillants, et c’est comme si chacune de ces étoiles, était pour lui, une promesse de vie.
Qui sait s’il n’a pas alors déclaré :
« Je vois briller les étoiles dans le ciel
Toutes les promesses de l’Éternel
Dans son cœur je vois ma postérité
Et je m’écrie : loué soit sa bonté !
Dans ses mains je vois des graines de vie
Et je place ma confiance en Lui… »
Ce jour-là l’Éternel a fait alliance avec Abram…
Bien des années plus tard, Isaac le fils d’Abraham et de Sara, le fils de celle qui était stérile, le fils de la promesse est né. Sara a laissé éclater sa joie. Et le jour où Isaac a été sevré, Abraham a organisé un grand festin !
Cette nuit-là, sous le ciel scintillant d’étoiles, Abraham tenait dans ses bras la promesse qu’il avait tant attendue. Il a soulevé l’enfant et il a remercié l’Éternel, son Dieu.
