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Récit biblique – Une femme transformée

À Rama, dans les montagnes d’Éphraïm, au pays d’Israël, la famille d’Èlqana, s’apprête à partir pour la ville de Silo pour offrir des sacrifices pour le pardon des péchés. Dès le petit jour les enfants courent partout ! Les voilà qui se faufilent entre les ânes et les bêtes choisies pour être sacrifiées. L’un d’entre eux manque même de faire tomber sa mère, Penina, qui s’approchait d’un âne pour accrocher un sac de dattes.
– Oh ! fais-donc attention ! … Dis-moi, tu as vu Anne ce matin ?
– Non, je n’l’ai pas vue…

Assise sur un tabouret, appuyée contre le mur, Anne se terre dans sa maison… elle n’a pas envie de sortir. Elle n’a pas envie d’entendre les récriminations de Penina, la seconde épouse de son mari. Chaque année lorsqu’ils descendent à Silo, la méchanceté de Penina se déchaine. Toujours à la critiquer, à guetter ses maladresses à l’humilier parce qu’elle n’a pas d’enfants ! Alors oui ! Anne n’a pas envie de sortir …

Voilà Èlqana, qui pousse la porte, il la trouve là, assise, sur son tabouret.
– Anne, qu’est-ce qui se passe ? Tu es malade ?
Anne lève la tête et dans les yeux d’Èlqana son mari, elle ne voit que l’amour qu’il a pour elle. Malgré l’infertilité de sa première épouse, Èlqana aime Anne comme au premier jour.
– Je viens, lui dit-elle.

Èlqana aide Anne à s’installer sur sa monture, et voilà toute la troupe qui se met en route !
Il y a bien sûr les enfants qui se chamaillent, les enfants qui ont toujours faim, toujours soif, qui ramassent et s’amusent avec des bâtons, il y a les bergers qui s’occupent des bêtes, il y a Penina sur son âne, avec un jeune enfant assis devant elle, et le dernier-né dans son dos.
Anne sur sa monture est balancée d’un côté, et de l’autre… Ramassée sur elle-même, elle semble ne rien voir, ne rien entendre, ni le cri du merle dérangé par leur passage, ni les branches qui débordent sur le sentier, ni le soleil qui joue entre les arbres, et qui poursuit sa courbe dans le ciel.

Enfin, sur une petite colline à l’aplomb de la ville, la petite troupe fait une halte.
– Regarde crie un enfant de Penina ! il y a beaucoup de monde ! Beaucoup de tentes !
Anne descend de sa monture, et la tenant par la bride, elle regarde la ville… Waouh ! Ce que l’enfant découvre pour la première fois -parce qu’il a grandi- Anne le connait bien… Mais à chaque fois, elle est saisie par ce qu’elle voit. Autour de la grande tente de la Rencontre, là où Dieu demeure, les tentes des familles et des tribus, chacune à sa place, sont installées les unes à côté des autres… Sur le parvis de la grande tente de la Rencontre, une fumée s’élève de l’autel sur lequel les bêtes sont offertes en sacrifice.
Et c’est peut-être en regardant la fumée qui s’élève de l’autel, c’est peut-être en voyant cette fumée, que Anne décide cette année-là qu’elle ira répandre son cœur devant l’Éternel, dans le sanctuaire.
Impatients maintenant d’arriver au but, les gens de la maison d’Èlqana, se remettent en marche. Anne s’est redressée sur sa monture, la tête droite et le regard décidé.

Les voilà à Silo ! Au milieu des bousculades, des mouvements, du brouhaha et des cris dans la foule, Èlqana et sa famille rejoignent leurs proches, ceux de leur tribu. L’odeur de la fumée et de la viande grillée, fait saliver les voyageurs qui déchargent les bagages pour s’installer.
Èlqana, après s’être rendu au sanctuaire pour offrir ses bêtes en sacrifice, est revenu avec des portions de viande. Une portion pour Penina, une portion pour chacun des enfants…. Et une double portion pour Anne. Mais après les piques de méchanceté de Penina en l’absence d’Èlqana, Anne ne peut rien avaler. Et elle pleure. Et Èlqana lui demande :
– Pourquoi pleures-tu Anne, pourquoi restes-tu sans manger ? Est-ce que je ne vaux pas pour toi, mieux que dix fils ?
Anne sans rien répondre, se lève. Elle se dirige vers la grande tente de la Rencontre.
Le rideau du parvis est levé. Éli, le sacrificateur, est assis sur un siège près de la porte du lieu de prière. Là, dans ce sanctuaire, Anne répand son cœur devant l’Éternel, et toute l’amertume de sa stérilité coule en larmes. Elle reste longtemps à prier, à pleurer, à supplier dans son cœur, en remuant les lèvres… tellement longtemps que Éli, le prêtre qui l’observe pense qu’elle est ivre ! Il s’approche d’elle pour la sermonner et la réprimander. Mais devant les explications et la sincérité de Anne, il lui adresse cette parole :
– Va en paix ! Le Seigneur exaucera ta demande
De retour sous la tente, son visage n’est plus le même…
Tellement changé, que Penina qui ouvrait la bouche pour lui reprocher son absence, voyant son regard, ne peut prononcer que quelques mots en bafouillant. Prenant alors avec elle ses derniers-nés, elle s’éloigne vers une tente voisine, en disant: « Allons voir les cousins ! »
Après ces moments de fête à Silo, il est temps de rejoindre Rama, leur village dans la montagne. Et là, chacun reprend, les gestes et les tâches de la vie quotidienne

Quelques mois plus tard, Anne sent comme des frémissements dans son ventre… serait-ce…. ? Bientôt son ventre s’arrondit… Elle n’a pas oublié la promesse qu’elle avait faite à l’Éternel dans les larmes à Silo : « Si tu me donnes un fils, je le consacrerai à l’Éternel, pour toute la durée de sa vie. »

Son enfant Samuel est né. Après qu’il eut grandi, selon sa promesse, elle l’a amené à Silo, auprès du prêtre Éli, dans la maison de l’Éternel. Et chaque année, elle lui confectionne un petit manteau qu’elle lui apporte, à l’occasion du sacrifice annuel.

Les années passent. À Rama, dans les montagnes d’Éphraïm, les enfants courent partout ! Les enfants de Penina… et les cinq enfants de Anne. Et chaque jour elle peut s’écrier : « Je me réjouis parce qu’il m’a secourue. L’Éternel est un Dieu qui sait tout et qui peut tout ! »

Quant à Samuel, son fils ainé, il est devenu un grand prophète devant l’Éternel…

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