(Défi d’écriture #32 : #Exode)
Petitefille est née dans une famille où père et mère ne savent offrir ni amour, ni sécurité. Eux-mêmes incarnent le danger sous toutes ses formes.
Dans la cour de l’école, Petitefille se cache des autres, à l’abri dans sa tête. Emmurée dans le silence, la profondeur de son regard crie ses douleurs, son besoin insatiable d’amour. Souvent, elle a envie de mourir, se jeter sous une voiture, pour ne plus être là. Elle a trop mal. Elle est si seule, si petite, Petitefille. Trop petite.
Dès que cela est possible, elle trouve refuge dans un coin de sa chambre grise. Là, elle lui parle longuement, en silence. Elle aime le retrouver, lui, cet inconnu invisible. Lui, qu’elle appelle ’’Dieu’’…
- Je suis sûre que tu aimes les enfants. Toi, tu ne leur fais aucun mal, pas vrai ?
Dieu, ne répond pas.
Aujourd’hui, la voilà livrée à la fureur de l’océan déchaîné. Où se trouve le nord ? Rien de solide. Ni en elle, ni autour d’elle. Terreur.
- Dieu, où es-tu ? J’ai peur.
Un je-ne-sais-quoi perfide la hante et travestit chaque parcelle de son identité d’être en construction.
Le monstre de la nuit est là. Il désire sa mort ; une fois de plus. Si elle meurt, qui la ressuscitera ?
Petitefille tente de contenir le monstre de la nuit dans le tombeau de sa jeune mémoire, puis elle roule la pierre. Rien ne transpire, sinon la peur.
Que faire, si petite ? Que dire quand on n’a pas les mots et que personne n’écoute ?
Il lui arrive de souhaiter la disparition de son père. Elle se sent alors écrasée par le poids de la culpabilité.
Telle est sa vie. Comment l’imaginer différente ?
- Quand je serai grande, je partirai très loin dans les montagnes enneigées. Là, tout est silence et pureté.
Là-bas au printemps, les torrents se réveillent avec fracas. Les fleurs alertent les beaux jours. Les oiseaux gazouillent de légèreté. Les marmottes insouciantes se détendent au soleil, entre les éboulis de pierres grises.
Au fond de son être, Petitefille parle à Dieu. Dieu ne répond pas.
Elle imagine qu’il lui sourit et elle n’a plus peur. Et alors, le ciel devient tout bleu dans sa tête.
La nuit menace la chambre de ses longs bras crochus. Petitefille entend le carillon de l’horloge ; les battements rapides de son cœur ; la peur.
La porte s’ouvre puis se referme. Vivement demain matin ; j’irai à l’école…
Son odeur. Son souffle. La voilà pétrifiée. Que peut-elle contre le monstre de la nuit ? Il dit que, s’il veut, il peut la tuer. Il a un fusil caché dans un placard.
- Dieu ! S’il te plaît, ne m’abandonne pas !
Chaque soir, tandis qu’il lui fait revivre l’horreur d’un conte pour martyrs, Petitefille s’envole dans sa tête, dans un monde qu’elle s’invente. Et là, dans son ciel, les plumes blanches sont légères.
Petitefille grandit. Elle se refuse à croire que sa vie est la seule façon de vivre. Peut-être vaut-elle davantage que ce qu’on lui laisse croire ? Elle réfléchit au moyen de s’enfuir.
Il lui faudrait de l’aide ; mais à qui faire confiance ?
Un miracle ? Elle veut y croire. Elle n’a rien à perdre : elle ne possède rien.
Il faut se décider… aujourd’hui ; maintenant. L’espoir étrangle sa peur, comme si son cerveau parvenait à une connaissance nouvelle.
Petitefille regarde la grande muraille dressée tout autour d’elle. Il y a forcément une brèche quelque part…
- Mais, si derrière cette brèche se trouve une forêt immense ; je me retrouverai sans défense ; comme d’habitude…
Et si derrière la brèche il n’y a rien ? Je ne peux pas partir sur un simple coup de tête, comme ça, sans rien !
Sans rien ? Tu veux traîner toute ta vie un carton de supplices qui s’alourdira peu à peu d’amertume et de chagrins divers ?
N’expérimentes-tu pas quotidiennement l’absence de secours de ton entourage, au point qu’aujourd’hui tu t’interroges sur la réalité de tes besoins ?
Aimerais-tu que quelqu’un prenne ta main et t’accompagne tant sous le soleil que sous la pluie ?
- Oui, mais…
Et si Dieu prenait ta main ?
- Oui, mais… si Dieu n’est qu’une illusion ? Non, non. Finalement, je reste ici…
Petitefille n’est pas encore prête à entreprendre le voyage. Elle doit lâcher ce qu’elle connait pour quelque chose qu’elle ne connait pas. Trop d’inconnues. Elle est paralysée.
Elle comprend qu’elle ne pourra accéder à la nouveauté de vie sans faire un premier pas dans cette direction. La lutte est rude.
Petitefille crie dans le vent ; pleure sous la pluie ; vomit toute cette pourriture, ces pelletées de fange qui la recouvrent et la souillent. Elle apprend à respirer, à ressentir. Surgissent émotions et perceptions inhabituelles.
Petitefille réalise que c’est en Dieu, et en Dieu seul, qu’elle puisera l’espérance. En lui et avec lui, une vie nouvelle est possible.
Prends courage. Je suis avec toi ; je ne te quitterai pas…
Soudain, Petitefille lance une bouteille à la mer. Hop, Dieu l’attrape. L’indicible envahit alors Petitefille. C’est bizarre à dire mais… elle se sent renaître !
- Dieu m’aime, moi, moi qui ne valais pas même l’amour de celle qui m’a donné le jour. J’abandonne derrière moi ce vide vertigineux. Je largue les amarres, je hisse la grand’ voile. En route pour un nouveau rivage !
Et voilà, Petitefille se met en marche vers cette terre promise par celui qui, toujours, veillait sur elle.
Dieu n’a pas anéanti les souvenirs de Petitefille. Il lui a donné la vie, rendu sa dignité.
Ni le souvenir de la danse des ombres, ni celui des menaces du monstre de la nuit ne perturbent plus son sommeil. Et quand un coup de mou se profile, Petitefille contemple le chemin parcouru ; elle devine alors le sourire de Dieu.
Un jour, Petitefille verra Dieu face à face ; alors elle court, elle court vers la promesse…
Tandis que le soleil s’étale dans le ciel, le vent caresse tendrement l’herbe couverte de rosée. Des bouquets multicolores parsèment la prairie. La terre sent bon.
Petitefille découvre des parfums inconnus en écoutant des chants d’oiseaux merveilleux. Une chouette-effraie observe en clignant ses grands yeux ronds tout étonnés.
Dieu est là. Son regard est d’amour. Sa beauté plus éclatante qu’un rayon de lumière en plein midi. En lui se trouvent paix, gloire et éternité.
- N’aie pas peur, dit-il. Toi, suis-moi !
- Dieu, prends-moi dans tes bras !
Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Eternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. (Jérémie 29 ; 11)

Très beau ! Rempli de force et d’espoir malgré l’adversité 🙂
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