Recensions

Lettres à ma fille, Gilles Geiser

« On change de vie quand on change de maître. »

Cette réflexion, extraite du premier roman de Gilles Geiser, donne le ton d’un récit qui aborde avec sincérité la transmission et le pardon.

Une correspondance au service d’un message

L’intrigue est plutôt simple : trois générations se retrouvent dans un grenier familial et découvrent des lettres écrites par un arrière-grand-père à sa fille, Lisa, en 1939. Si le dispositif peut sembler familier, il sert ici de prétexte à un dialogue sur des questions profondes : comment garder espoir quand tout s’effondre ? Où se trouve Dieu dans le silence de l’épreuve ?

Gilles Geiser a d’ailleurs précisé lors de son entretien avec PEP’S Café qu’il s’agit d’une fiction documentée. Bien que l’auteur n’ait pas de racines en Alsace ou en Algérie (lieux du récit), il a utilisé ce cadre historique pour porter une parole qu’il juge urgente aujourd’hui. S’inspirant de la structure d’Inconnu à cette adresse, il livre un texte court, écrit en seulement quelques jours, privilégiant l’efficacité du message à la complexité littéraire.

L’expérience du terrain

Ce qui donne du poids au livre, c’est son origine. Aumônier pendant quinze ans dans un foyer pour mineures, l’auteur a conçu ces lettres comme des réponses aux questions réelles de jeunes filles en manque de repères paternels.

Geiser confie dans la postface son tiraillement entre la satisfaction de voir sa propre fille grandir et le constat amer du « vide du père » qui fragilise tant de parcours.

Le livre s’adresse donc autant aux filles qu’aux pères de notre génération, souvent enfermés dans une culture du silence. Il nous invite à un partage sincère d’expériences.

Justice et pardon

Le récit n’élude pas les sujets qui fâchent. Sur la question du pardon, l’auteur est tranchant : pas de pardon sans dénonciation préalable du mal. C’est sa « parabole du chewing-gum » : il y a des injustices qu’il ne faut pas « mâcher » indéfiniment, mais rejeter pour pouvoir avancer.

De même, face aux idéologies de haine, le texte ramène le lecteur à une introspection : le vrai combat contre le « non-amour » se joue d’abord en soi-même.

En bref

Lettres à ma fille est une lecture rapide et accessible. Si le style est volontairement simple (parfois très moderne malgré le contexte de 1939), c’est pour mieux rejoindre un public large, y compris ceux qui sont éloignés de la foi chrétienne. Ce n’est pas un grand traité théologique, mais un témoignage sincère sur l’importance de dire les choses avant qu’il ne soit trop tard. Un petit livre utile pour ouvrir le dialogue, sans prétention mais avec une vraie justesse de cœur qui ne peut pas laisser insensible.

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