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La fin du monde de mon ami

Poème de Jean Rhéaume

J’ai plus de soixante ans, mais je me souviens bien
Des joies enfantines de sa tendre enfance,
D’être face au destin laissé sans défense,
Quand ses parents sont devenus simples gardiens…


Le monde a commencé, pour lui, un huit juillet,
Quand l’été accueillait le muguet, les œillets,
Quand les gens se baignaient, éludant la chaleur
Et chassant de leur peau toute froide pâleur…

Premier-né du foyer,
C’était l’enfant choyé,
Dans un petit château entouré de noyers,
Où le vent en hiver venait pour tournoyer.

Pendant cinq ans, vivant au pays du bonheur,
Il grandissait avec ses parents ricaneurs.
Ceux-ci l’aimaient beaucoup. Du moins il le pensait :
Sur lui plus que sur eux, beaucoup ils dépensaient…

Puis un jour, sur lequel il faut bien s’attarder,
Bien que personne ne voudrait s’y hasarder,
On lui apprit l’amour parental lézardé,
Et son monde enfantin fut détruit, chambardé.

2

Infiniment pire que des vitres fracassées,
Son cœur et son cerveau, comme une fricassée,
Enrobaient ses pensées de larmes et de cris.
L’amour de Dieu, alors, il ne l’a pas compris…

On le disait un roi mais, enfant souverain,
Il ne pouvait obtenir du couple royal
Qu’il demeure dans le palais du suzerain,
Ni qu’il reste auprès de lui et lui soit loyal.

Tel un vase en cristal
Brisé par le métal,
Il ne savait pas qu’à la parole donnée,
On puisse renoncer et être pardonné.

Les délicieux bonbons prenaient un amer goût,
Les cadeaux inspiraient désormais le dégoût :
Ses parents pensaient-ils obtenir sa faveur
En lui offrant des biens plutôt que leur ferveur ?

Au procès, il exprima son seul vrai désir :
Que les trois, sous un toit, puissent vivre à loisir :

« Ô magistrat, ne peux-tu pas changer leurs pas ?
Leur rappeler leurs vœux d’être, jusqu’au trépas,
Amoureux, de s’aider, au-delà des repas,
De toujours être ma maman et mon papa ? »

3

« Hélas, mon cher enfant, ce n’est pas possible.
Tes parents ont jeté l’amour invincible
Pour une aventure triste et indicible,
Et d’aucune sentence ne sont passibles.

C’est un monde où les adultes font à leur gré,
Sans égard aux enfants qu’ils ont pu engendrer.
C’est un monde avec des gagnants et des vaincus ;
Ton grand désarroi, beaucoup l’ont hélas vécu.

Ton triste cas en est un parmi des millions,
Et pourtant on ne doit pas te livrer aux lions.

J’ordonne donc qu’ils soient responsables de toi,
À parts égales, et qu’ils viennent sous ton toit,
Sept jours l’un, puis l’autre, jusqu’à tes dix-huit ans,
Qu’ils maintiennent ton lien avec tes grands-parents… »

Le juge eut beau avoir de très hautes visées,
Rappeler aux parents leurs lourdes obligations,
D’avoir pour leur enfant une vraie affection,
Le cœur de cet enfant demeurerait brisé…


Le divorce a détruit, bien plus qu’une cité,
Et bien plus qu’un pays : le doux cœur des enfants.

Ô chers parents, prévenez ces atrocités :
Pardonnez, chassez l’égoïsme triomphant…


Jean Rhéaume (Québec, Canada)

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