Vie des pères de l'église

Vie de Jean, surnommé Marc l’évangéliste

Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur. A Pastor, un fils bon et innocent, qui a vécu 4 ans, 5 mois et 26 jours. Vitalis et Marcellina, ses parents. –Epitaphe chrétienne du début IIIe siècle

Sous la ville des vivants, se trouvait la ville des morts, que l’on appelait catacombes. Des couloirs étroits et glauques courraient sous la ville, abritaient parfois l’égout, et sur des kilomètres vous trouviez ainsi des rangées de morts sur leurs étagères de pierre, fermées par des portes de marbre. De temps en temps sur le côté s’ouvraient des pièces basses et étroites, qui abritaient des familles entières, ou bien le sarcophage unique d’un sénateur décédé, poussière comme tous les autres, mais poussière distinguée. Ces pièces, à peine plus grande que ce qui était strictement nécessaire pour une personne, ne recevaient pas beaucoup de visites. En dehors des enterrements, on apportait de temps en temps une lampe de terre cuite ou des fleurs qui fanaient vite.

C’était dans une de ces chambres que Jean surnommé Marc, priait devant l’emplacement scellé qui contenait le corps de l’apôtre Pierre.

Les frères et sœurs de l’église de Rome venaient souvent visiter cette tombe, et pour cause : le bon et vénérable disciple de Christ avait subi le même sort que son maître, et instinctivement tous venaient manifester leur respect et leur vénération pour le patriarche. Certains allaient même plus loin que cela : ils déposaient des mouchoirs brodés d’un poisson sur la tombe pendant une nuit, et leur accordait un pouvoir de guérison. Ou alors, il recueillaient précieusement l’eau qui gouttait dans cet endroit, et le conservait précieusement chez eux, plus précieusement qu’un rouleau des écritures.

« Père éternel, Seigneur de Pierre, mon père, assiste moi. Donne-moi la sagesse de Simon, alors que je vais vers Alexandrie pour annoncer ta bonne nouvelle et enseigner ta voie. Maintenant que mon père est parti, fais de moi un homme fait et pleinement adulte. Fais de moi un bon père. »

Les pensées de Marc dérivèrent alors sur sa jeunesse, et comment il avait vécu jusqu’ici. Né dans une communauté juive de Lybie, il avait fait quelques études à Jérusalem, où il logeait pas loin de chez son oncle Barnabas. C’est par Marie, sa mère, que Marc fut introduit aux enseignements de Jésus et aux exigences de la voie. Quelque part après la résurrection de Jésus, Jean surnommé Marc s’était converti, et avait brûlé de servir le Messie, qu’il soit présent ou non. Une fois où son oncle Barnabas et l’apôtre Paul partirent de Jérusalem, Marc les rejoignit jusqu’à Antioche, puis au-delà.

C’était la première fois que Marc eut à vivre les tribulations réelles. En moins d’une semaine, il souffrit de la faim, de la violence des brigands, et de la rudesse et du froid des montagnes d’Anatolie. A Perges de Pamphylie, il les avait quitté et regagné la côte, plus sûre et plus hospitalière. Paul ne voulut plus lui parler ni le fréquenter, et avec lui, une partie importante de l’église d’Antioche. Il vécut comme un demi-membre de l’église jusqu’au retour de Barnabas. De toute sa vie croyante, cette mise au ban fut la chose la plus difficile à vivre et il eut l’occasion de réfléchir à lui-même et de se transformer.

Lorsqu’il fut question d’envoyer Paul et Barnabas dans un deuxième voyage pour vérifier l’état de santé des églises fondées lors du premier voyage, Barnabas manifesta une grâce immense en proposant à Marc de les rejoindre. Mais Paul s’y opposa violemment. La querelle fut tellement enflammée que les anciens d’Antioche durent trancher : Paul partirait avec Silas vers l’Asie, tandis que Barnabas prendrait avec lui Marc jusqu’à Chypre. L’oncle Barnabas tenait à son neveu et voyait en lui quelque chose qu’aucun autre, pas même Marc lui-même ne voyait. Lorsque Marc avait présenté ses excuses pour les avoir abandonné à Perge, Barnabas lui dit : « Simon Pierre a fait bien pire à Jésus que ce que tu nous as fait à nous. Tu es mon neveu et je t’aime. »

Et c’est ainsi que Marc goûta à son premier vrai voyage missionnaire, qui se passa extraordinairement bien. Là où ils allaient, ils trouvaient des églises en bonne santé, un auditoire ouvert et attentif, une réelle curiosité pour les enseignements de Jésus. Ils décidèrent de pousser jusqu’en Crète, où paraissait-t-il l’apôtre Pierre voulait passer aussi, afin de contrer l’influence de Cérinthe, le gnostique. Et c’est ainsi que Marc rencontra l’apôtre Pierre.

Quand il rencontra Simon Pierre, Jean Marc sut qu’il était le père qu’il n’avait plus depuis longtemps. Il avait la douceur et la fermeté, la gentillesse et la colère, l’amour d’un père parfait. Barnabas, Pierre, Tite et Marc travaillèrent ensemble pendant presque trois ans en Crète, amenant dans cette île peuplée de sanctuaires païens la connaissance libératrice de Jésus Christ. La tombe de Zeus qu’on y trouvait y abritait définitivement un dieu mort.

Marc fut entièrement surpris quand Pierre demanda à Barnabas la permission de le prendre avec lui : Pierre avait de bonnes notions de grecs, mais faire de longs discours dans cette langue le fatiguait, et il ne connaissait pas un seul mot de latin. A l’inverse Marc parlait le grec comme une langue maternelle, et parlait couramment le latin en plus de l’araméen. Pierre désirant aller à Rome, il avait besoin d’un interprète. Barnabas lui remit avec beaucoup de joie son neveu.

Et ici commença la meilleure partie de la vie de Jean-Marc. Il alla à Rome avec Pierre, traduisit tous ses discours, l’aida dans toutes ses correspondances. Il avait l’impression d’être à l’endroit le plus important sur terre auprès de l’apôtre Pierre. Il revit même l’apôtre Paul qui partait en Espagne et visiblement lui avait pardonné. Puis le vent avait tourné contre les chrétiens : excité par la communauté juive réfractaire de Rome, les romains s’étaient rendus compte qu’il y avait des chrétiens parmi eux. Les magistrats, d’ordinaire tolérants avec les juifs, ne l’étaient pas autant avec les gens des nations qui se convertissaient à Christ. Puis Néron était monté au pouvoir.

L’Incendie. Le carnage. Les fouilles dans les maisons des chrétiens et les procès par centaines. Les lions, les gladiateurs, les proxénètes pour les soeurs. Les croix enflammées dans les jardins de Néron. L’évêque Linus, sur son poteau de bois, la langue tranchée, qui louait encore son Seigneur. Pierre arrêté. Pierre condamné. Pierre cloué au bois et laissé à la mort. Pierre glorifié.

Jean-Marc s’extirpa de ses pensées horrifiantes.

Néron venait d’être assassiné, et le climat avait de nouveau changé. Galba portait le titre d’empereur, mais non le pouvoir. Dans les provinces, on parlait d’autres candidats en Espagne, en Syrie. Rome n’était plus sûre pour personne, et les temps étaient trop troublés pour qu’on puisse faire une quelconque proclamation. L’église de Rome avait confié à Jean-Marc le soin d’écrire une histoire de Jésus sur la base de ce que Pierre avait dit toutes ces années. Marc était le seul à pouvoir l’écrire maintenant que Pierre était mort, mais il fallait qu’il soit en sécurité pour cela. Une fois à Alexandrie, il ne reviendrait probablement jamais à Rome, et ne reverrait jamais la tombe de Pierre.

« Merci Seigneur de m’accompagner. »

Marc ralluma une petite lampe en terre cuite, portant une croix en inscription. Selon le rituel juif, elle signalerait une présence auprès de la tombe. Puis il emprunta les couloirs tortueux et bas des catacombes vers la sortie.

Sur le bateau qui l’amena à Alexandrie, Marc embrassa son épouse : Pétronille, fille de Pierre, et caressa son ventre arrondi par la grossesse. Simon, son petit garçon, passa des jupes de sa mère aux bras de son père, effrayés par les préparatifs enfiévrés du départ.

La descendance physique de Pierre était déjà assurée par Marc et sa fille. A Alexandrie, il écrirait la bonne nouvelle qui assurerait la descendance spirituelle et éternelle de Pierre.

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