Prose, Réflexions

Pâques 2019 : Dormez-vous ? ♫ Dormez-vous ? ♫

Bruder Jakob, Bruder Jakob,
Schläfst du noch? Schläfst du noch?
Hörst du nicht die Glocken? (bis)
Ding dang dong, ding dang dong.

Martinillo, martinillo
¿Dónde está, dónde está?
Toca la campana (bis)
Din, don, dan, din, don, dan.

Breurig Jakez, breurig Jakez
Kousket out, kousket out ?
Deus da zebriñ krampouz
Deus da zebriñ krampouz
Gant laezh dous, gant laezh dous.

Etc.

(Vieille chanson)
🔔

Emmanuel, le gros bourdon de Notre-Dame ne sonnera pas les Pâques de cette année, ni sans doute pour longtemps celles à venir. La stupeur et l’émotion à peine estompées, chacun se pose la question de savoir comment un tel désastre a pu arriver ; l’ancien architecte en chef de la cathédrale lui-même, Mr Benjamin Mouton, s’avoue stupéfait d’apprendre que des poutres d’une section considérable, en chêne dur, vieux de plus de huit cents ans, aient pu s’enflammer en un laps de temps si court, et la charpente se consumer entièrement. On lui avait toujours dit que le chêne ancien ne brûle que très lentement, et qu’il faut de toute manière une source de chaleur intense pour démarrer le feu, et il l’a cru. Quelqu’un a-t-il donc disséminé par ci par là sous le toit plusieurs bidons d’essence, avant de les allumer ? Quelle est la clé de cette énigme ?

Sans vouloir ajouter aux vives douleurs de l’irréparable amputation culturelle que la France vient de subir, l’agacement d’un biblicisme moralisateur typiquement anglo-saxon, nous répondons que si on avait pris l’Écriture sainte au sérieux, ce désastre ne serait sans doute pas arrivé. Il est écrit en effet dans l’épître de Jacques, chapitre 3, verset 5 :

Voyez quelle grande forêt un petit feu peut allumer !

Par une cruelle ironie de l’histoire, la charpente de N.-D. avait été précisément surnommée la forêt à cause de l’enchevêtrement exceptionnel de ses pièces de bois. Qu’un petit feu, barbecue ou mégot mal éteint, puisse amorcer un immense incendie de forêt, hélas, cela arrive tous les étés, et frère Jacques dit ici une banalité. Sans doute, mais les banalités bibliques se révèlent fort instructives quand on y réfléchit.

1) Il ne faut pas confondre surface et volume.

Nous savons tous intuitivement qu’un gros morceau de bois se consume plus lentement qu’un petit, une bûche qu’un crayon, par exemple. Mais pourquoi ? C’est une question de surface et de volume.

Supposons que les dimensions extérieures de la bûche soient dix fois celle du crayon ; sa surface vaudra alors cent fois (10 X 10) celle du crayon, et son volume mille fois (10 X 10 X 10) celui du crayon. Autrement dit la surface rapportée au volume sera dix fois plus petite pour la bûche que pour le crayon. Or comme le feu attaque par la surface, on peut estimer, en première approximation, que la bûche mettra dix fois plus de temps à se consumer que le crayon.

Le raisonnement va donc dans le même sens que l’intuition pour nous confirmer que tout comme un tronc d’arbre, les grosses poutres de la charpente de N.-D. auraient dû prendre beaucoup de temps pour brûler. Cependant la satisfaction procurée par cette juste déduction, masque complètement la vraie question, qui est celle de la vitesse de propagation du feu à l’ensemble d’une structure, et qui n’a rien à voir avec celle de savoir combien de temps il faut pour la consumer entièrement. La première est une affaire de surface, la seconde de volume.

Un petit feu embrase une grande forêt parce qu’il se trouve toujours en superficie des matières sèches, lichens, écorces, qui s’enflamment facilement et qui allument à leur tour la matière voisine. Comme les cercles dans le lac, où on a jeté une pierre, vont s’élargissant sans jamais diminuer leur vitesse, le front de flammes, parti d’un foyer ponctuel, va avancer à vitesse constante, quelle que soit sa taille : c’est une propagation de surface.

Sous une charpente ancienne, il se trouve forcément beaucoup de poussière, de débris d’insectes, de paille apportée par les oiseaux, etc. qui jouent le rôle de l’écorce et des épines de la forêt naturelle. Mr Mouton a confondu deux choses distinctes : le temps nécessaire pour que le feu se propage à l’ensemble de la surface, qui peut être assez court, même avec une grande surface, et le temps nécessaire pour tout brûler, qui peut prendre plusieurs heures, suivant le volume de combustible.

Nous ne disons pas que Mr Mouton est le responsable de cette bévue : il a cru ce que les experts lui ont dit : « le chêne ancien ne peut brûler que très lentement, il est donc inutile de se précipiter pour l’éteindre… »

2) Qui est le responsable, d’après Jacques ?

Bien que la préoccupation du premier évêque de Jérusalem ne se soit jamais arrêtée sur la sécurité des charpentes de cathédrale, le principe général qui se dégage de son épître s’applique à la question matérielle aussi. A savoir que le responsable, c’est celui qui n’a pas fait attention ; le coupable c’est celui qui dort quand il faudrait veiller.

Que les vieilles charpentes d’église s’enflamment facilement, on le savait déjà, puisqu’il y a seulement trois ans celle de la cathédrale d’Auxerre avait pris feu, sans compter beaucoup d’autres exemples. Que les incendies démarrés dans ce genre d’architectures deviennent rapidement violents, il n’est pas non plus difficile de le comprendre, sans être pompier : l’immense volume d’air libre qui se situe sous la charpente va provoquer un tirage remarquable, comme dans un bon poêle à bois.

Aujourd’hui, tandis que la presse française se focalise sur les diverses idées de reconstruction, c’est la presse étrangère qu’il faut lire pour apprendre que lors des travaux de sécurisation du système électrique de la cathédrale, qui ne remontent qu’à quelques années, certaines sociétés avaient déjà proposé d’installer des arroseurs automatiques, et des cloisons coupe-feu. Suggestions qui furent repoussées, non à cause du coût, mais parce que le chêne ancien, c’est bien connu, ne brûle que très lentement. Ah, c’est pas aux États-Unis que çà ce serait passé comme çà !

On ne sait toujours pas si le départ de l’incendie avait une origine accidentelle ou criminelle : dans les deux cas, le responsable de l’extension du feu à la totalité de la charpente, reste le propriétaire du bâtiment, qui n’a pas fait attention, qui a dormi au lieu de veiller. C’est à l’incompétence de la gestion par l’État qu’il faut imputer la ruine de la cathédrale de Notre-Dame de Paris.

3) Faut-il voir dans cet incendie un avertissement prophétique ?

Si la question se pose, c’est bien parce que l’idée est dans l’air… Le désir de trouver du sens à un évènement marquant, quand bien même sa cause se révélerait fortuite, provient de l’instinct supérieur de l’homme, créature faite pour communiquer non seulement avec ses semblables, mais aussi avec le Dieu qui l’a créé à son image. Se demander si l’incendie de N.-D. a un sens, c’est au fond se représenter Dieu en train de la regarder brûler, comme nous, sans rien faire de spécial pour l’éteindre, parce qu’il veut nous dire quelque chose en se taisant.

Mais quoi ? ce n’est certes pas en contemplant des poutres calcinées que nous le saurons, il nous faut une parole intelligible, les signes en eux-mêmes ne contiennent rien. Quel que soit l’accident, quel que soit le drame qui nous réveille, c’est dans la parole écrite que nous pouvons tenter de saisir la pensée de Dieu. Or ce qu’il y dit n’est pas toujours métaphysique, il s’agit souvent de simples vérités de bon sens et de bonne morale, que chacun peut comprendre sans avoir eu une expérience mystique. Ainsi, dans la même épître de Jacques, nous lisons un peu plus loin, chapitre 5, un autre avertissement sérieux :

A vous maintenant, riches ! pleurez en poussant des cris à cause des malheurs qui vont venir sur vous. Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont devenus la proie des vers. Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille s’élèvera en témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé un trésor dans les derniers jours ! Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus aux oreilles du Seigneur des armées.

Quelle accusation, quelle violence ! ne dirait-on pas un texte écrit au dix-neuvième siècle par un Proudhon, à l’époque de la naissance des grands mouvements sociaux. Pourtant ces lignes datent bien du premier siècle et frère Jacques était loin d’être un communiste ; ce qu’il déclare relève en grande partie du bon sens :

Un gouvernement incompétent, qui ne fait pas attention aux disparités criantes de bien-être matériel, qui dort et discours en rêve, tandis qu’une poignée de décideurs exploite la majorité du peuple, doit s’attendre à un incendie social, de façon aussi probable qu’une charpente ancienne non sécurisée finit un jour où l’autre par brûler. C’est là la conclusion qu’ont su tirer également dans leurs articles beaucoup d’observateurs, qui ne se placent pas du tout à un point de vue spirituel ou chrétien.

Mais la Bible ne serait pas la Bible si elle n’apportait pas, en plus du bon sens commun, un message surnaturel, transcendant et libérateur. La Parole de Dieu ne se propage pas en surface, elle atteint directement le fond de l’homme.

4) Le véritable avertissement prophétique de l’incendie de Notre-Dame.

Quiconque possède une part non négligeable d’ADN gaulois, trouve dans la condamnation de son gouvernement une véritable friandise, à laquelle il lui est difficile de résister, jusqu’à ce que la boîte soit vide. L’Éternel, quant à lui, ne se passionne pas beaucoup pour les systèmes de gouvernement, il en met en place puisqu’ils sont nécessaires, mais toute l’Écriture prouve que Dieu s’intéresse principalement à l’individu, à sa personne, à son âme et à son cœur. S’il faut trouver un signe de Dieu dans l’incendie de Notre-Dame, il doit se chercher non dans l’abstraction politique ou futuriste, mais dans l’interpellation personnelle. C’est comme si Dieu te disait par là :

Regarde ce monument, rempli de symboles chrétiens, de crucifix, de bénitiers, de statues de saints, de tableaux, de reliefs, de vitraux représentant des scènes de l’Évangile, tout ici parle de Jésus-Christ !

Tu te lamentes parce qu’il brûle, et il t’est indifférent de savoir si un innocent a réellement été crucifié pour te sauver ? Tu es prêt à donner de l’argent pour le reconstruire, mais pas pour te procurer les livres qui te permettraient de savoir si le christianisme est une fable ou la vérité ! Tu regrettes que les cloches de Pâques soient muettes, et tu ne sais pas même si Christ est ressuscité ou non ! Tu te passionnes pour connaître enfin les causes de l’incendie, et tu fais l’autruche pour ne pas voir ta propre mort qui arrive à grands pas !

Que conclure de cette attitude ? sinon que tu es encore plus incompétent à gérer ta propre vie que le gouvernement à diriger la nation. Pauvre âme hypnotisée par Notre-Dame en flammes, tu dors les yeux ouverts !

Réveille-toi, toi qui dors,
Relève-toi d’entre les morts,
Et Christ t’éclairera.

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