Prose, Roman, Sylduria

Sylduria (III) – Le Chemin des Philosophes (30)

Chapitre XXX
Frère de sang

Maître Wladimir, qui n’aimait pas rester inactif, donnait quelques cours de philosophie à la Sorbonne.

Et justement, alors qu’il captivait son auditoire entre Bergson et Kierkegaard, il sentit son téléphone vibrer dans sa poche.

Une fois sa conférence terminée, il s’empressa de lire sa messagerie :

« Rappelle-moi de toute urgence. Ivanov. »

Le philosophe, en effet, ne tarda pas à se mettre en contact avec son ami, le médecin de la famille royale.

« J’ai besoin de toi, Wladimir. Lynda est à l’hôpital, gravement blessée. »

Le médecin narra tout ce qui était arrivé en Syldurie depuis le départ du professeur, jusqu’au sanglant affrontement de la reine et de l’usurpatrice.

« En retirant elle-même la lame de sa plaie, elle a provoqué l’hémorragie. Quand nous l’avons prise en charge à l’hôpital, elle avait déjà perdu beaucoup de sang. Il lui faudrait une transfusion.

– Et qu’est-ce qui empêche de la faire, cette transfusion ?

– Son sang appartient à un groupe rare : AB négatif. Quand je pense qu’il n’y a peut-être qu’une seule personne en Syldurie dont le sang soit compatible avec le sien, et que c’est toi ! Quelle coïncidence extraordinaire !

– Et si ce n’était pas le hasard ? Lynda et moi avons eu des relations parfois tendues, mais il a fallu que je vive tout ce temps près d’elle pour pouvoir un jour lui prêter mon hémoglobine. Ne te fais pas de soucis : je pars tout de suite pour Arklow.

– Ne perds pas une minute : elle est en danger de mort. »

Wladimir comprenait l’urgence de la situation, il se précipita chez Mohamed qu’il trouva en compagnie d’Aïcha et de Kamal. Il leur conta brièvement les faits.

« Je regagne la Syldurie toutes affaires cessantes.

– Dans ce cas, nous partons aussi, dit Mohamed. Pas question d’abandonner Lynda si près de la mort !

– Et moi ? demanda Kamal, inquiet.

– C’est vrai. On ne peut pas laisser tomber Kamal comme ça, répondit Aïcha.

– Où est le problème ? Rétorqua Mohamed. On l’emmène avec nous et le tour est joué.

– Ce n’est pas si facile. J’ai la police sur le paletot, je te rappelle. Ils ne me laisseront jamais monter dans l’avion.

– Ne vous inquiétez pas, répondit Wladimir. Je suis une personne importante en Syldurie. D’abord, je pars pour Arklow sur le prochain vol, je fais ma prise de sang, et je m’occupe de vous. Je n’aurai pas de peine à vous appeler en tant qu’invités officiels, et vous décollerez au nez et à la barbe de ce monsieur Yssouvrez dont vous m’avez dit tant de bien. »

À l’hôpital Boris II, Lynda avait sombré dans un sommeil proche de la mort. En dehors du personnel soignant, seuls Julien, Éva et le docteur Ivanov étaient autorisés à pénétrer dans sa chambre. Son visage exsangue avait perdu l’éclat de la jeunesse. Wladimir parut enfin, chargé de deux valises, portant avec lui l’espérance de la vie. On demanda aux visiteurs de quitter la salle et elle disparut sur un brancard, enveloppée d’un drap blanc.

Le lendemain, la jeune reine avait repris connaissance. Elle pouvait à nouveau remuer les mains et parler, d’une voix faible et mal assurée. Une perfusion pénétrait son avant-bras. Selon le terme consacré, ses jours n’étaient plus en danger.

« Où sont les enfants ?

– Ils sont chez nous, en bonne santé, répondit Julien, tenant fermement sa main. Tu les reverras bientôt. Une psychologue va les prendre en charge.

– Et Sabine ?

– Celle-là ! Elle ne nous empoisonnera plus l’existence. Tu l’as tuée.

– Je l’ai tuée ? Je suis chrétienne, et j’ai tué une créature de Dieu !

– Crois-tu qu’elle t’aurait épargnée ? »

Lynda demeurait silencieuse. Elle songeait qu’en pour-fendant sa plus cruelle ennemie, elle avait peut-être délivré l’humanité de celle qui, dans sa folie, s’était juré de l’asservir, mais que ladite humanité ne lui rendrait aucune reconnaissance.

« Comment va notre jeune mourante ? »

Wladimir, affaibli, mais heureux, venait d’entrer dans la chambre. Lynda essaya de se dresser pour l’embrasser, mais Ivanov lui fit signe de ménager ses forces. C’est donc le professeur qui se pencha sur elle. Elle lui glissa quelques mots dans l’oreille :

« Tu m’as sauvé par ton sang, et pourtant, tu n’es pas le Christ. »

 

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