Enfants

Lune rousse (1/3)

Chapitre 1

Main dans la main, Hugo et Salomé, des jumeaux d’une dizaine d’années, marchaient d’un bon pas, traversant leur village niché au cœur des Alpes. Le soleil semblait embraser leurs cheveux couleur de feu et habillait la ruelle d’ombre et de lumière. Ils étaient sortis jouer au bord du torrent et se hâtaient maintenant de retourner au chalet qu’ils habitaient. Aujourd’hui, leur cousin Patrice, âgé de douze ans, viendrait les rejoindre et ils ne voulaient surtout pas manquer son arrivée. Depuis plusieurs jours, ils n’arrêtaient pas de parler de sa venue. Quelle fête ! Et que de beaux projets ! Ils levèrent les yeux sur les montagnes qui les entouraient. Oui, les pentes herbues, les forêts, les ruisseaux alentours leur promettaient de magnifiques excursions ! Et le clou de la semaine, ce serait l’éclipse totale de la Lune.

« Tu sais, commença Salomé, je me réjouis tellement d’aller jusqu’à l’observatoire.

– Moi aussi ! s’exclama son frère. On verra la lune beaucoup mieux qu’à l’œil nu ! Euh… Tu sais si papa a déjà réservé nos places ?

– J’espère ! s’exclama-t-elle avec fougue. Il faudra le lui demander.

– Et Patrice viendra avec nous, espéra Hugo. Je parie qu’il n’a encore jamais vu la lune et les étoiles avec un télescope ! »

A cet instant, un crissement de pneus et un jet de petits cailloux leur fit lever la tête. Un vélo dévalait la pente. 

« Attention ! cria Hugo, voilà Xavier ! »

Vite, les jumeaux se cachèrent derrière l’angle d’une maison. Presqu’aussitôt, un bruit de freins se fit entendre. La voix de Xavier, le fils du boulanger, s’éleva moqueuse :

« Alors, les rouquins, on se cache ?

– Salut Xavier, marmonna Hugo.

– Hé ! T’as quand même pas peur de moi, le Rouillé ? »

Hugo se renfrogna. Il détestait ce surnom qui faisait allusion à la couleur de ses cheveux et à ses nombreuses taches de rousseur.

« Laisse-nous tranquilles » réclama Hugo. Puis, s’adressant à Salomé : « Viens, on rentre. 

– T’es pressé ? s’amusa Xavier goguenard. T’as rendez-vous ?

– Peut-être ben qu’oui, peut-être ben qu’non, maugréa Hugo. Laisse-nous passer, maintenant. 

– Attends, j’ai quelque chose pour vous ! »

Avant qu’ils n’aient eu le temps de réagir, Xavier plongea la main dans son sac, la retira et jeta à la tête des jumeaux une pleine poignée de gros scarabées. Quel affolement ! Les pauvres bêtes se prirent les pattes dans les cheveux bouclés de Salomé et bourdonnaient rageusement. La jeune fille cria de surprise, puis tenta de chasser les intrus. Pendant ce temps, Hugo criait derrière Xavier qui s’enfuyait en riant :

« Je te déteste ! Je te déteste ! Tu le payeras ! Je me vengerai !

– Aide-moi plutôt à enlever ces bestioles ! » le pria Salomé.

Hugo débarrassa rapidement sa sœur des deux derniers insectes et remarqua :

« Xavier devient insupportable depuis quelques semaines.

– Je parie qu’il est fâché de devoir redoubler l’année scolaire, analysa Salomé.

– Ce n’est pas une raison de s’en prendre à nous ! Tout ça parce que nous sommes roux…

– Il a été très désagréable, c’est vrai, mais ce n’était pas tellement grave non plus, tempéra Salomé.

– Tu trouves ? En tout cas, j’espère qu’il ne sera pas dans notre classe. Je le déteste ! »

Salomé lui jeta un regard de biais.

« Mais enfin, Hugo, Jésus nous demande d’aimer même nos ennemis, tu t’en souviens ?

– Plus facile à dire qu’à faire… » grommela Hugo, blessé dans son amour propre.

Cependant, ils arrivèrent enfin en vue de leur maison. C’était un modeste chalet devant lequel s’étendait une courte place en pavés gris. Une voiture rouge y était stationnée. Ils la reconnurent immédiatement.

« C’est Patrice ! s’écria Hugo tout joyeux.

– Il est déjà là ! » jubila Salomé.

Courant et se bousculant, tous deux se ruèrent en avant. Mais presqu’aussitôt, ils ralentirent le pas.

Patrice, grand et bien bâti pour ses douze ans, déchargeait les bagages avec son père. Mais ils n’étaient pas seuls…

« Regarde ! chuchota Salomé. Liliane est venue.

– Qu’est-ce qu’elle fait là, sa sœur ? s’étonna Hugo sur le même ton. Elle ne devait pas venir. Elle était censée aller chez une copine.

– Tu as vu comme elle a l’air pâle à côté de Patrice ? remarqua Salomé.

– Oui. Et on ne dirait pas qu’elle a onze ans, renchérit Hugo. Elle est même plus petite que nous. Et puis c’est déjà quoi sa maladie ?

– Elle a de l’asthme, lui rappela-t-elle.

– J’espère qu’elle ne va pas rester, maugréa Hugo. Avec elle, il est impossible de faire de longues randonnées. »

Les visages de Salomé et de Hugo se rembrunirent. Depuis des semaines, ils peaufinaient des projets plus beaux les uns que les autres. Ils tenaient à montrer à Patrice combien leur montagne était belle et à lui faire connaître les recoins secrets qu’ils avaient découverts. Et voilà que Liliane allait certainement les empêcher de faire les excursions prévues. Ils seraient obligés de s’adapter à elle et de se contenter de modestes promenades ! De mauvaise humeur, Hugo s’adressa rudement à sa cousine :

« Qu’est-ce que tu fais là ?! » l’accusa-t-il.

Liliane le regarda de ses beaux yeux marron et s’il avait été moins obsédé par sa propre situation, Hugo y aurait lu une profonde souffrance.

« Salut Hugo, lui répondit-elle gentiment. La copine chez qui je devais aller a attrapé la gastro ce matin. Tes parents m’ont gentiment proposé de venir chez vous.

– Ils auraient pu nous prévenir, grommela-t-il.

– Hugo ! »

Le garçon leva la tête en entendant la voix de maman. Elle les avait rejoints sans qu’il ne l’ait remarqué.

« Bienvenue, Liliane, nous sommes heureux que tu te joignes à nous. »

Puis, se tournant vers son fils, elle poursuivit :

« Hugo, je voulais vous en informer, mais cela ne s’est décidé que ce matin et vous étiez absents. »

Quand les enfants furent enfin seuls, Hugo et Salomé s’adressèrent à leur cousin :

« Patrice ! On aimerait te montrer un super endroit qu’on a trouvé !

– C’est loin ? demanda celui-ci en jetant un œil sur sa sœur.

– Bof, répondit Hugo avec dédain. Pas pour nous !

– Il y a un coin de la rivière qui est tapissé d’ardoises toutes douces ! expliqua vivement Salomé. Il y a même une petite grotte tout à côté. C’est trop joli ! On pourrait pique-niquer là-bas. »

Liliane s’approcha d’eux :

« Est-ce que vous pourrez faire quelques photos pour moi ? Je me sens fatiguée et je préfère me reposer dans le jardin…

– Ça ne t’embête pas trop ? s’inquiéta Patrice.

– Ça me fait plaisir si vous y allez, répondit-elle courageusement.

– Tu es chou, sœurette, merci beaucoup ! »

Quand Liliane regarda s’en aller son frère et ses cousins, son cœur se serra. Elle se rendit discrètement au jardin, s’assit au soleil et soupira. Elle leva ses yeux vers l’étendue bleue du ciel et pria :

« Merci Seigneur Dieu parce qu’au Ciel, je n’aurai plus d’asthme et que je pourrai admirer tous les recoins de ta création et toujours accompagner les autres… »

Incapable de continuer, elle fit une pause. Des larmes coulaient sur ses joues.

« Ô Seigneur Jésus, poursuivit-elle enfin, je suis si triste ! J’ai bien vu que Salomé et Hugo étaient fâchés que je sois là et tu vois comme Hugo a été dur avec moi ! Pourtant, Seigneur Jésus, je les comprends un peu… »

A cet instant, sa tante, la maman des jumeaux, s’approcha d’elle.

« Liliane, je suis vraiment désolée de la manière dont mes enfants t’ont accueillie.

– C’est pas grave, bredouilla-t-elle.

– Si c’est grave, la corrigea sa tante.

– Ils m’ont demandé pardon » murmura Liliane.

Sa tante ne répondit pas tout de suite. Ils l’avaient fait de mauvais cœur, elle l’avait bien remarqué.

« Liliane, reprit-elle, est-ce que tu peux faire du sport avec ton asthme ?

– En fait oui, expliqua-t-elle, mais je dois éviter les sports d’endurance. Je pourrais faire une randonnée paisible, mais pas courir après Hugo et Salomé. Ils marchent à une de ces vitesses !

– J’ai aussi de la peine à les suivre, reconnut-elle en esquissant un sourire. Je leur demanderai d’aller plus lentement. Il n’y a pas de raison pour que tu restes au chalet toutes les vacances. Il y a beaucoup de belles choses à voir ici sans aller trop loin. »

Liliane soupira profondément :

« Mon asthme me cause quand même beaucoup de soucis… Je me demande souvent pourquoi Dieu m’a faite ainsi…

– Je ne sais pas non plus pourquoi il t’a faite ainsi, sourit sa tante, mais je sais pourquoi il t’a faite.

– Pourquoi alors ? demanda Liliane intriguée.

– La Bible dit que tout a été créé par Jésus et pour Jésus[1].

– Tout ? répéta Liliane étonnée.

– Absolument tout, confirma sa tante. Sans aucune exception ! Remplaçons maintenant le mot « tout » par ton prénom. Cela donne : Liliane a été faite par Jésus et pour Jésus. »

La jeune fille sourit et répéta :

« J’ai été faite par Jésus et pour Jésus… Ça, ça me fait plaisir ! Alors, raisonna-t-elle, je dois vivre pour plaire à Jésus ?

– Exactement ! Il nous faut vivre d’une manière digne du Seigneur, pour lui plaire à tout point de vue. Et aussi pour lui rendre gloire.

– Je n’ai jamais vraiment compris ce que veut dire le mot gloire… murmura Liliane.

– Dieu est parfaitement parfait… expliqua sa tante. Sa pureté est parfaite, sa justice est parfaite, sa sagesse est parfaite, son amour est parfait, sa patience est parfaite, tout est parfait en lui : il est irréprochable. Il est si grand que l’univers est tout petit devant lui. Il est si puissant que tout est facile pour lui. Si tu veux une comparaison, on pourrait dire que toutes ces qualités de Dieu brillent et qu’elles brillent plus fort que le soleil. La gloire de Dieu, c’est toutes ces perfections ensemble.

– Mais alors, insista Liliane, comment je peux lui rendre gloire s’il est tellement parfait ?

– En admirant sa grandeur, sa puissance et sa sainteté. En lui faisant confiance. En appréciant sa bonté. En l’aimant. En obéissant à ses commandements.

– Oh la la ! » soupira la jeune fille.

La tante sourit devant l’air perplexe de Liliane.

« Essaye de refléter le mieux possible le caractère de Dieu : sa justice, son amour, sa patience, son pardon… Essaye de vivre comme Jésus a vécu. En faisant cela, tu lui plairas et tu lui rendras gloire. »

Liliane réfléchit un instant. Que pouvait-elle faire maintenant pour plaire à Jésus ? Comment surmonter sa blessure ? Comment montrer de l’amour à ses cousins ? Une idée germait dans son esprit.

« Je crois que je vais dessiner… décida-t-elle.

– Je vais te chercher tout ce qu’il faut, offrit sa tante.

– Merci beaucoup ! »

Bientôt, la jeune fille se pencha sur sa feuille. Si elle ne pouvait pas faire beaucoup d’efforts physiques, elle pouvait dessiner. Et elle dessinerait pour Hugo, pour Salomé et pour Patrice, partis sans elle pour tout l’après-midi. Quelle joie c’était pour elle de voir naître sous la mine de son crayon des paysages, des animaux, des fleurs. Et quelle joie de faire ces dessins pour les offrir à ses cousins.

En fin d’après-midi, Liliane entendit du bruit derrière elle et se retourna.

« Salut Liliane ! s’exclama Patrice, son frère.

– Ah ! Vous êtes de retour ! se réjouit-elle. Racontez-moi votre sortie ! »

Les trois enfants se regardèrent penauds.

« Ben… bredouilla Patrice. On a commencé par traverser le village, puis on a traversé une forêt, puis un pâturage et puis encore une forêt. La rivière avec sa petite grotte n’était plus très loin – c’est en tout cas ce que m’ont promis Hugo et Salomé…

– Mais c’est vrai !!!

– Vous n’y êtes pas allés ? s’étonna Liliane.

– Nous n’avons pas eu de bol, expliqua Patrice. Des bûcherons travaillaient là et avaient barré le chemin. Impossible d’y aller, c’était trop dangereux.

– Vous avez dû être déçus ! compatit-elle.

– T’es gentille, sœurette ! Ensuite, Hugo a voulu me montrer un coin où – paraît-il – on peut souvent voir un gypaète barbu…

– Un quoi ?

– Un gypaète barbu. C’est un grand rapace qui vit dans les Alpes, mange surtout des os et qui est rare, déclama Patrice en jetant un regard de travers à son cousin. Mais Salomé voulait nous emmener dans une prairie où il y a beaucoup de marmottes. Paraît !

– Paraît ? répéta Liliane en se retenant de rire. Vous n’y avez pas été non plus ?

– Ce n’est pas de ma faute ! se défendit Salomé.

– On a fait demi-tour, poursuivit Patrice, on a retraversé la forêt, retraversé le pâturage, retraversé l’autre forêt, puis on a pris un autre chemin et là, pas de bol…

– Encore ? s’esclaffa Liliane.

– Pour aller voir les fameuses marmottes, il fallait passer par un pâturage plein de vaches allaitantes.

– Oups ! rit Liliane. Vous avez à nouveau fait demi-tour ?

– On aurait dû ! s’exclama Salomé en jetant un œil moqueur aux deux garçons. Je leur ai dit que c’était trop dangereux d’aller dans un pré où il y a des vaches avec leurs veaux. Les garçons ont voulu montrer leur courage ! » Salomé gloussa. « Regarde les résultats ! »

Hilare, elle exhiba deux t-shirts tout crottés. Liliane ne put s’empêcher de rire aussi. Elle se leva et prit son frère dans les bras.

« Patrice, je suis bien contente que tu te sois changé, comme ça je peux te faire un câlin !

– Merci, sœurette » sourit-il. Il la souleva un peu et lui plaqua un gros bisou sur la joue.

« Vous avez quand même fait quelques photos ? » s’enquit-elle.

Les trois cousins baissèrent la tête.

« On a oublié, confessa Patrice, je suis désolé.

– On a eu plein d’imprévus, s’excusa Salomé.

– C’est pas grave » murmura Liliane un peu déçue. Puis, retrouvant son entrain, elle ajouta :

« Je vous ai fait des dessins. »

Elle prit trois feuilles sur sa table et les distribua. Tous étaient graves. Ils avaient complètement oublié Liliane et elle avait passé son après-midi à penser à eux.

« Merci, bafouilla Hugo gêné. Ton aigle royal est très bien réussi.

– Je l’ai copié, avoua-t-elle.

– Tu es de plus en plus douée, la complimenta Patrice.

– Comme c’est beau ! s’exclama Salomé subjuguée. Tu as voulu dessiner la rivière avec sa grotte ? La tienne est encore plus belle qu’en vrai !

– Merci ! » dit Liliane en rougissant.

Salomé s’approcha de sa cousine et lui dit doucement :

« Je te demande pardon, Liliane, je n’ai pas été gentille avec toi. Et toi, tu m’offres un si beau dessin ! Tu as dû prendre beaucoup de temps pour le faire ! Désormais je resterai avec toi ! »

Emue, Liliane ne dit rien, mais un sourire radieux illumina son visage.

Au souper, quand papa fut rentré du travail, Hugo posa la question qui lui tenait tant à cœur :

« Papa ? Est-ce que tu as réservé nos places à l’observatoire vendredi soir ? Il y a l’éclipse totale de la Lune…

– Oui, Hugo, sourit papa, ne te fais pas de soucis.

– A l’observatoire ? s’étonna Liliane.

– Il y a en a un en haut de la montagne, répondit Hugo avec une note de mépris.

– On peut y monter avec un funiculaire, précisa Salomé à l’attention de sa cousine.

– Nous pourrons aussi prendre les jumelles, proposa la maman.

– Ce n’est pas dangereux ?! s’écria Patrice.

– Non, expliqua Hugo, ce n’est pas comme une éclipse du soleil !

– Tu as déjà vu une éclipse de Lune, toi ?

– Il y a chaque année une ou deux éclipses lunaires et je les regarde chaque fois que je le peux ! Mais elles ne sont pas souvent totales… La dernière éclipse totale visible d’ici a eu lieu il y a trois ans, raconta Hugo. J’étais plus petit et je ne m’en souviens pas bien. Mais cette fois, continua-t-il avec passion, il y aura aussi la planète Mars qui sera proche de la Lune et il paraît qu’elle brillera particulièrement fort !

– A quoi ressemble une éclipse de Lune ? demanda Liliane. Est-ce qu’elle devient toute noire ?

– Bien sûr que non ! s’exclama son cousin sur un ton moqueur.

– Hugo, le gronda papa, parle poliment ! Tout le monde n’est pas passionné par la lune et les étoiles…

– Pour qu’il y ait une éclipse de Lune, expliqua pompeusement Hugo, il faut, en gros, que le Soleil, la Terre et la Lune soit alignés. Quand le soleil éclaire une maison, il y a toujours de l’ombre derrière la maison. Quand le Soleil éclaire la Terre, il y a aussi de l’ombre derrière la Terre. Et quand la Lune passe derrière la Terre, dans cette zone d’ombre, c’est une éclipse lunaire.

– Et qu’est-ce qu’on voit, alors ?

– La lune est rousse, elle est de couleur cuivrée.

– Oh ! s’émerveilla Liliane. Ça doit être beau ! Je me réjouis beaucoup de voir cette éclipse ! Tu m’expliqueras tout ce que tu sais ! »

Hugo fit la grimace. Il voulait passer cette fameuse soirée avec son cousin, pas avec Liliane !

« Et s’il y a des nuages ? » demanda Patrice.

Hugo se renfrogna.

« Il a intérêt à faire beau ! S’il y a des nuages, on ne verra rien du tout. »

En fin de soirée, Hugo monta les escaliers pour aller se brosser les dents. A l’étage, se trouvaient la salle de bain et les chambres. Salomé accueillait Liliane dans la sienne, tandis qu’Hugo la partageait avec Patrice. Quand il passa devant la chambre des filles, il reconnut la voix de Liliane qui filtrait à travers la porte entrebâillée. Elle semblait parler toute seule. Soudain, il entendit son nom. Piqué par la curiosité, il s’approcha doucement du battant et comprit que sa cousine priait :

« Merci Seigneur, disait-elle, pour les vacances que je peux passer ici. Les montagnes sont si belles et c’est toi qui les as créées ! Je te prie de consoler Salomé et Hugo qui sont déçus parce que je suis venue avec Patrice. Je te prie spécialement pour Hugo, pour que tu lui fasses du bien et que tu lui permettes de voir l’éclipse de la Lune. Tu vois combien il en a envie… »

Hugo n’écouta pas davantage. Ebranlé, il se rendit dans sa chambre et s’assit sur son lit. Il se sentait terriblement triste et accablé. Il resta là, presqu’immobile, perdu dans ses pensées. Quand Patrice le rejoignit, il n’avait toujours pas bougé.

« Hugo, ça ne va pas ? »

Le garçon releva la tête.

« Ta sœur me donne envie de pleurer, avoua-t-il à voix basse.

– Qu’est-ce qu’elle a fait ? s’étonna Patrice.

– Elle prie pour moi » répondit-il faiblement.

Patrice le regarda sans comprendre.

« Je peux m’asseoir à côté de toi ? »

Hugo hocha la tête et raconta à son cousin comment Xavier les avait tourmentés ce matin, combien il en avait été blessé et comment il l’avait même menacé.

« Mais en entendant la prière de ta sœur, poursuivit-il, j’ai compris que moi non plus, je n’avais pas été sympa avec elle. Ce n’est pas de ma faute si je suis roux et ce n’est pas de sa faute non plus, si elle a de l’asthme et qu’elle ne peut pas faire de grandes randonnées. Ce n’est pas de sa faute non plus si sa copine est tombée malade. Je n’avais aucune raison de lui parler comme je l’ai fait. »

Hugo fit une pause, avala sa salive et poursuivit :

« J’ai fait comme Xavier, reconnut-il tristement. Et quand je suis passé à côté de la chambre des filles, j’ai entendu ta sœur prier pour moi. Elle demandait à Dieu de me faire du bien… »

Patrice lui sourit :

« Comme Jésus nous demande de le faire… Tu t’en souviens ?

– Maintenant que tu le dis, oui. Mais je l’avais complètement oublié. Je ferais bien de prier pour Xavier. Et je me rappelle aussi que maman nous dit toujours qu’il faut vivre pour plaire à Dieu. J’ai tout raté, aujourd’hui, regretta-t-il.

– Si tu veux, nous pouvons prier ensemble » offrit Patrice.

Hugo hocha la tête et se mit à genoux.

Quelques minutes plus tard, il frappa à la porte des filles. Salomé lui ouvrit.

« Il faut que je montre quelque chose à Liliane… annonça Hugo.

– Je peux venir aussi ? demanda sa sœur.

– Bien sûr ! C’est dans ma chambre. »

L’instant d’après, il désignait le mur au-dessus de son lit. L’aigle royal dessiné par Liliane y occupait une place d’honneur.

« Je l’ai mis là, précisa-t-il à l’adresse de Liliane, pour que je le vois souvent. Il me rappellera toujours une cousine extraordinaire. »

Liliane sourit, les larmes aux yeux.

« Hugo ! s’écria-t-elle étonnée et ravie.

– Attends ! » l’interrompit-il. Il prit quelque chose sur son bureau.

« Regarde, c’est une plume de gypaète barbu. Je l’ai trouvée il n’y a pas très longtemps. Je te l’offre. »

Liliane la prit délicatement. Un large sourire illuminait son visage.

« Elle est magnifique, Hugo. Et c’est sûrement très rare ! Je la mettrai aussi bien en vue chez moi.

– A partir de demain, nous resterons tous ensemble, promit Hugo. On pourrait monter jusqu’à l’observatoire, proposa-t-il. Tu verras, avec le funiculaire, c’est très facile d’accès et il y a une super belle vue. J’espère juste qu’on ne croisera pas Xavier… 

– Ne t’en fais pas, le rassura Patrice, quoi qu’il en soit, nous serons avec toi. »


[1] Colossiens 1.16

3 réflexions au sujet de “Lune rousse (1/3)”

    1. Merci beaucoup David ! Elle a été écrite dans le cadre d’un camp, pour une série sur les « artisans de paix ». Le thème de celle-ci devait être « rendre gloire à Dieu ». J’espère que la suite te plaira aussi 😉

      Aimé par 1 personne

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