Enfants

Le premier prix (1/3)

Chapitre 1

« Le premier à l’ancien lavoir a gagné ! » s’écria Hugo en se mettant à courir. Patrice se prit au jeu et tous deux dévalèrent la pente. Parti le dernier, Patrice dépassa son cousin et fêta sa victoire avec un saut périlleux. Salomé sourit :

« On dirait que ton frère est arrivé le premier…

– Oh ! Il arrive toujours le premier » remarqua Liliane d’un ton un peu plat. 

Malgré la distance, les deux cousines entendirent Hugo crier d’admiration :

« Waouh ! T’es trop fort ! Et tu sais faire quoi d’autre ? Marcher sur les mains ? »

« Il sait le faire ? » demanda Salomé à sa voisine.

Liliane hocha la tête.

« Tu n’as qu’à regarder… »

A côté de l’ancien lavoir, Patrice fit quelques pas la tête en bas. Salomé n’en revenait pas.

« En plus, ça a l’air facile ! »

Elles se rapprochaient des garçons. Enthousiaste, Salomé héla son cousin.

« Et jongler ? Tu sais le faire ? »

Patrice chercha quelques pierres, les lança en l’air et les rattrapa, leur faisant décrire un cercle régulier.

« T’es vraiment doué, l’admira Salomé. Moi, je ne sais faire que la roue.

– Je sais aussi… »

Entraîné par son élan, Patrice fit une petite démonstration et enchaîna les figures artistiques. Il était dans son élément. Habituée aux acrobaties de son frère, Liliane regardait autour d’elle.

« C’est si beau, ici, soupira-t-elle. Ces vieilles maisons, la nature, les montagnes… C’est tellement pittoresque !

– Oui, confirma Patrice, c’est drôlement chouette de passer des vacances chez vous ! »

Il courut vers sa sœur et l’entoura de son bras. Tous deux n’avaient qu’un an de différence, mais autant elle était petite et menue, autant il était grand et bien développé. A douze ans, il ressemblait presque à un jeune homme alors que Liliane avait encore l’air d’une petite fille. Devant, Hugo et sa sœur Salomé ouvraient la marche. Ils avaient tous les deux dix ans, des cheveux d’un beau roux vif et un visage constellé de taches de rousseur.

« Ah ! On arrive à la station du funiculaire ! » s’exclama Salomé.

Une construction longue et basse s’accrochait à flanc de coteau. Aujourd’hui, ils avaient prévu de faire une excursion en montagne et un voyage en funiculaire leur économiserait quelques heures d’efforts.

« Tiens ? Il y a une nouvelle affiche ?! » remarqua Hugo.

Ils s’en approchèrent et Salomé déchiffra :

« Grande course de trottinherbe, samedi après-midi, nombreux prix, ambiance familiale…

– Waouh !!! s’exclama Hugo. Ça serait chouette de la faire tous ensemble. Qu’en dites-vous ?

– Je suis partante ! s’enflamma Salomé. Et toi, Liliane ? »

La jeune fille baissa la tête et marmonna :

« Je ne sais pas si j’oserais…

– Allez ! T’as pas besoin d’aller très vite. Et puis ça serait sympa de faire cette course tous les quatre ! »

Avant que Liliane n’ait le temps de répondre, Patrice s’interposa avec fermeté :

« Je ne crois pas que ce serait une bonne idée.

– Pourquoi pas ? s’étonna Hugo.

– Tu oublies que Liliane souffre d’un asthme sévère.

– Et puis ? rétorqua Salomé. La montée se fera en funiculaire, c’est noté. Ce n’est pas fatigant !

– C’est la descente qui m’inquiète, pas la montée !

– Elle peut y aller doucement…

– Alors ce n’est plus une course !

– Mais enfin ! s’irrita Salomé. L’important c’est de participer !

– Personne ne participe à une course sans vouloir la gagner, soutint Patrice. Je ne veux pas qu’elle prenne de risque. Je suis responsable d’elle.

– Tu parles de ta sœur comme si elle était un bébé ! s’emporta Salomé. Je te rappelle que vous n’avez qu’un an de différence, même si tu es beaucoup plus grand qu’elle.

– Et toi, tu as deux ans de moins que moi, alors ferme-la. Je sais ce que j’ai à faire.

– Ah ! T’es gonflé !

– Tu ne l’as jamais vue faire une crise d’asthme, répliqua Patrice sur un ton plus calme ; c’est pour ça que tu ne me comprends pas. »

Liliane toucha la main de sa cousine :

« Ça ne fait rien, Salomé. Etre spectatrice me plaît aussi.

– Tu pourras venir m’applaudir, sœurette, sourit Patrice d’un air paternel.

– Et pourquoi elle t’applaudirait toi ? s’insurgea Hugo.

– Parce que je gagne toujours le premier prix ! »

Salomé était sur le point d’exploser.

« Le premier prix de l’orgueil, oui ! maugréa-t-elle entre ses dents.

– Tu auras de la concurrence, le prévint Hugo. Tu te rappelles de Xavier, le fils du boulanger ? Il est très fort en descente. Il fait du VTT et connaît bien la région. »

Patrice n’écouta qu’à moitié et se tourna vers sa cousine :

« Faut pas te fâcher, Salomé ! J’y peux rien, si je suis le meilleur.

– Le plus crâneur, oui !

– Si on arrêtait de se disputer ? proposa Hugo. Le funiculaire est arrivé. Il ne va pas nous attendre. »

La petite troupe se tut et grimpa dans un des wagons bleus. Le trajet fut silencieux. Fâchés l’un contre l’autre, Patrice et Salomé ruminaient leurs pensées. Liliane regardait dans le vague, les yeux un peu plus humides que d’habitude. Hugo soupira, attristé. Il souhaitait désespérément que la paix revienne parmi eux. Dans le secret de son cœur, il adressa une prière à Dieu. Si seulement Patrice pouvait être plus humble… Et Salomé moins agressive… Et Liliane moins silencieuse… Et puis… Son cousin avait-il raison d’interdire cette course à sa sœur ? Hugo ne savait qu’en penser.

Ils arrivèrent enfin à destination et les quatre cousins quittèrent la station du funiculaire, se frayant un chemin parmi les nombreux touristes qui partaient à l’assaut des chemins de randonnée. Tout autour d’eux s’élevaient les Alpes à perte de vue. A l’est, le soleil avait enfin dépassé les montagnes, réchauffait l’air et poudrait d’or les pentes, les forêts et les pâturages.

« Il fait bon, maintenant, se réjouit Hugo en retirant sa veste.

– Mmmh ! Ça fait du bien, un peu de chaleur, confirma Liliane en entrouvrant la sienne.

– On part par où ? demanda Patrice.

– Par-là ! »

Hugo montra la voie en  prenant soin de marcher plus doucement qu’à l’accoutumée.

« C’est gentil d’adapter ta vitesse à Liliane, remarqua Patrice. Si on va assez lentement, elle peut nous suivre sans problème. »

Hugo tiqua. Sans qu’il ne sache trop pourquoi, cette remarque le mettait mal à l’aise.

« En fait, c’est génial de prendre le temps de se promener, expliqua-t-il. On peut vraiment regarder les fleurs, les fourmis et tous les petits détails. »

La mauvaise humeur de Patrice s’effritait.

« Tu as raison, sourit-il. J’aime bien la nature aussi ! »

Les enfants se mirent en quête de découvertes. Ils admirèrent une immense fourmilière et son activité débordante, ils écoutèrent le chant des mésanges dans les forêts de conifères, observèrent les champignons qui poussaient sur les troncs des sapins et jouèrent aux équilibristes sur les racines saillantes. Le ciel bleu, vide et silencieux au-dessus d’eux, les pâturages presque déserts, parsemés de rochers, donnaient à la nature une impression de calme et d’immensité. Ils cheminaient maintenant tous en manches courtes, n’échangeant que quelques mots, impressionnés par la beauté sauvage du lieu.

 « Oh !  s’émerveilla soudain Liliane, regardez ces fleurs bleues ! Elles sont magnifiques ! »

Tous quatre ralentirent le pas et s’arrêtèrent. Là, au milieu de la prairie, s’étalait une touffe immense, aux feuilles de dentelle, vertes, presque luisantes. De hautes hampes florales la couronnaient, élégantes, bleu-violacées, dansant souplement dans la brise.

« Comme c’est beau, soupira Liliane.

– Si on en cueillait pour faire un herbier ? » proposa Patrice.

Hugo et Salomé sursautèrent.

« Ça va pas, non ?! »

Patrice se rebiffa :

«  Mais qu’est-ce qui vous prend ?

– Elles sont si belles, protesta Liliane, ça ferait un beau souvenir.

– Eh bien, elles sont aussi dangereuses que belles, expliqua Salomé.

– Ce sont des aconits, précisa Hugo. C’est la plante la plus mortelle d’Europe.

– Je ne veux pas la manger !

– Une feuille suffirait pour te tuer en moins d’une heure, continua Hugo. Et si tu la touches à mains nues, tu auras une inflammation de la peau… ou pire…

– Dis donc, c’est dangereux chez vous ! » s’exclama Patrice mi-agacé, mi-railleur.

Hugo prit un air sérieux :

« Et si jamais vous voyez une ombellifère gigantesque, ne la touchez surtout pas.

– Une ombellifère… » répéta Patrice un peu moqueur. Il ne savait pas ce que cela signifiait et en avait assez des cours de botanique.

« Moi je continue ! » lança-t-il d’une voix forte.

Ils lui emboîtèrent tous le pas.

Liliane s’adressa à sa cousine :

« C’est quoi une ombellifère ? Ça me fait penser à une ombrelle…

– Tu as tout compris, sourit Salomé. Ce sont des petites fleurs qui forment une sorte d’ombrelle. Celle dont Hugo parlait, c’est la berce du Caucase. Ce n’est pas une plante mortelle, mais elle est quand même très embêtante…

– Tu sais, avoua Liliane les yeux brillants, j’aimerais bien m’arrêter un moment.

– Tu es fatiguée ?

– J’ai envie de dessiner avant d’oublier… »

Salomé lui sourit.

« Tu me montreras tes dessins ?

– Je pourrai même t’en offrir un.

– Ça me ferait plaisir. Tu dessines tellement bien.

– Merci…

– D’ailleurs, soupira Salomé, je me demande parfois ce que je sais faire… Hugo connaît si bien la nature, ton frère est imbattable à la gym et toi tu dessines monstre bien. »

Liliane ne répondit pas tout de suite.

« Tu sais, Salomé, expliqua-t-elle au bout d’un moment, le Seigneur nous a tous donné au moins un don. A toi aussi.

– J’aimerais bien savoir lequel… »

Liliane baissa la voix.

« En tout cas, je te remercie de m’avoir défendue tout à l’heure, au sujet de cette course. Je sais bien que Patrice veut me protéger. Je suppose qu’il a raison, mais des fois j’ai l’impression de ne pas vraiment pouvoir vivre…

– Il t’étouffe, oui ! »

Liliane rit.

« Tu as au moins le don de t’indigner !

– Quoi ?!

– Ben oui… Moi je ne sais pas m’indigner et je ne réagis pas quand il y a des injustices. Je suis triste et c’est tout. Toi tu réagis ! »

Salomé ne put s’empêcher de rire.

« Je crois que je réagis parfois un peu trop fort. Je n’ai pas été très gentille avec ton frère. Tu penses vraiment que c’est un don ?

– J’en suis sûre ! T’indigner t’aidera à lutter contre les injustices. C’est pas génial ?

– A condition que je sache maîtriser ma langue, tempéra Salomé.

– Evidemment. Mais je suis certaine que Dieu t’aidera volontiers à t’améliorer !

– En tout cas, j’ai du travail ! » remarqua Salomé avec une drôle de grimace.

Le sentier suivait le flanc de la montagne, descendant gentiment. Maintenant, ils entendaient le tintement de cloches, puis parvinrent à une barrière en fil de fer barbelé. Ils poussèrent le tourniquet qui permettait aux marcheurs de poursuivre leur randonnée et pénétrèrent dans un vaste pâturage. Ils découvrirent bientôt les vaches, avec leurs larges colliers auxquels étaient suspendues les fameuses cloches. Elles n’étaient pas très grandes, plutôt courtes sur pattes. Mais leurs carrures massives, leurs robes presque noires et leurs larges cornes les rendaient impressionnantes. Instinctivement, Liliane ralentit le pas. N’était-ce pas dangereux de s’aventurer parmi ce troupeau ? Patrice l’attendait :

« Allez, viens, sœurette !

– J’arrive, murmura-t-elle entre ses dents.

– Si tu veux, je marcherai à côté de toi, offrit son frère. Tu veux me donner la main ? »

Liliane enfonça les siennes au fond de ses poches.

« Tu boudes ? »

Liliane serra les dents puis soupira. Elle se demandait comment dire les choses à son frère sans le froisser. C’est qu’elle avait horreur de blesser qui que ce soit.

« Tu sais, Patrice, commença-t-elle, je t’aime beaucoup et tu es un grand frère épatant. Mais des fois j’aimerais que… »

Le regard de Patrice se rembrunit :

« Que je te fiche la paix ?! demanda-t-il agressif.

– Non, Patrice. J’aime bien quand tu es près de moi. C’est juste que j’aimerais… que…

– Mais enfin, Liliane, si tu as peur des vaches, j’ai envie de te rassurer ! 

– Oui, c’est gentil… »

Liliane baissa la tête. Comment lui dire qu’elle voulait juste… vivre ? Et ne pas être traitée comme une petite fille ?

Devant eux, Hugo et Salomé s’étaient arrêtés pour les attendre et discutaient avec le berger, un homme de cinquante ou soixante ans, les cheveux couleur jais.

« Il ressemble un peu à ses bêtes, pensa Patrice un sourire en coin. Même gabarit avec son corps massif et ses jambes trop courtes, mêmes poils noirs… euh… cheveux noirs. »

Le berger les héla :

« Hé ! les jeunes ! Ça va ?

– Bonjour Monsieur.

– Alors, en promenade avec Hugo et Salomé ?

– C’est ça…

– Beau temps aujourd’hui…

– Oui, il fait soleil.

– Z’êtes en vacances ?

– Mais oui, Monsieur Georges, acquiesça Salomé.

– Alors, vous avez tout vot’e temps ?

– On n’est pas pressés, non.

– Pourriez pas me donner un coup de main, des fois ?

– Ça dépend ce que c’est, sourit Salomé. Elle aimait bien Monsieur Georges.

– Y a qu’il faut que j’déplace le troupeau, à cause de la course de trottitruc…

– Trottinherbe, corrigea Patrice.

– Veulent baliser les pistes, précisa-t-il en ignorant la remarque du garçon.

– On va passer par là ? s’étonna Hugo.

– Paraît… Mais avant, j’dois chercher ma Mouflette qui s’est perdue…

– Vous avez perdu votre fille ? s’alarma Patrice. Et vous dites ça si tranquillement ?

– Ha ! Ha ! T’en as des bonnes, gamin ! rit le berger. La Mouflette, c’est une de mes vaches !

– Je m’appelle Patrice. 

– C’est quoi comme race ? demanda timidement Liliane.

– Des vaches d’Hérens, ma p’tite demoiselle ! Les meilleures !

– Celles qui se battent pour devenir reine ? l’interrogea Patrice.

– Ouais, gamin, approuva le berger. Même qu’la reine, ici, elle fait pas d’chichis…

– Je m’appelle Patrice, Monsieur !

– Ce n’est pas un peu dangereux de se promener au milieu d’elles ? s’inquiéta Liliane.

– Faut pas t’en faire, ma p’tite demoiselle ! Les vaches d’Hérens ça bataille pour être la cheffe du troupeau, mais avec nous, c’est doux comme un agneau !

– On vous aide volontiers à chercher votre vache fugueuse » offrit Hugo.

Les enfants déposèrent leurs sacs à dos sur un rocher pour être plus légers. Hugo, Salomé et Patrice se dispersèrent à la recherche de Mouflette.

« Hé ! cria le berger. Méfiez-vous du ruisseau ! Y a la berce qui pousse par là-bas !

– Merci ! On fera attention ! »

Monsieur Georges se tourna vers Liliane et l’interrogea du regard.

« Je préfère rester ici, Monsieur, j’ai un peu de peine à respirer.

– T’es malade ? » l’interrogea-t-il gentiment.

Liliane soupira et baissa les yeux.

« Oui, j’ai de l’asthme… »

Le berger se tut un moment, regardant intensivement la frêle jeune fille qui se tenait devant lui. Comme elle avait l’air triste…

« Eh bien, dit-il enfin, j’trouve que t’es vachement courageuse ! »

Surprise, Liliane releva la tête.

« T’as peur de mes vaches et tu t’installes au milieu d’elles ! Chapeau, ma p’tite demoiselle ! »

Il s’inclina légèrement, porta la main à ses cheveux et fit semblant de la saluer avec un couvre-chef. Liliane lui sourit.

« J’vais aussi chercher ma Mouflette, maintenant. A bientôt ! »

Liliane agita la main et le regarda s’en aller dans le vaste pâturage. Puis elle joignit les mains et pria qu’on retrouve rapidement la vache égarée. Et aussi que Patrice et elle puissent être tout à fait réconciliés…

Pendant ce temps, Patrice courait. Il espérait être le premier à retrouver cette fameuse vache. Il voulait lui montrer, à ce berger, qu’il n’était plus un gamin ! Il sauta sur les cailloux, regarda rapidement autour de lui, dévala une pente, pénétra dans une forêt, slaloma entre les arbres.

« Mouflette !! » s’égosillait-il de temps en temps. Mais pas le moindre « meuh » à l’horizon. Patrice commençait à trouver la tâche lassante. Dans quelle direction était donc partie cette maudite bête ? Il décida de faire demi-tour. Après quelques minutes, il rejoignit un chemin. Il était bordé d’un petit muret de pierres sèches, haut d’environ cinquante centimètres. A sa gauche, le bois partait à l’assaut de la montagne. A sa droite, la forêt se cramponnait à une pente presque verticale. Patrice se pencha par-dessus le parapet et jeta un œil dans le ravin.

« On dirait qu’il y a un torrent en bas » remarqua-t-il.

Puis il se dit que ce serait moins ennuyeux de marcher sur le muret plutôt que sur le chemin. D’un bond léger, il sauta sur le faîte et avança, un pas après l’autre. C’était autrement plus amusant ! Mais le muret était passablement large. Se contenter de marcher dessus, ce n’était vraiment pas un exploit ! Patrice évalua la situation du regard. Il leva les bras au-dessus de sa tête, prit de l’élan et hop ! fit une roue. Il atterrit comme une fleur. Encore une ! Et encore !

« Allez, une dernière ! » décida-t-il.

Mais cette fois-ci, son pied atterrit sur une pierre instable. La pierre dégringola rapidement la pente, Patrice aussi. Tombé sur les fesses, il glissait sur les brindilles sèches, incapable d’arrêter sa course. Les arbres surgissaient devant lui à une vitesse folle et il essayait d’éviter au mieux les obstacles. Tout à coup, une pierre qu’il n’avait pas vue le fit culbuter. Il roula les derniers mètres et resta un instant étourdi.

Quand Patrice ouvrit les yeux, il se demandait s’il n’avait pas atterri dans un pays exotique. Au-dessus de sa tête se balançaient des plantes immenses. Patrice se releva, ne vérifiant même pas s’il s’était blessé dans sa chute.

« Ces plantes… s’exclama-t-il en levant les yeux, elles sont bien deux fois plus grandes que moi ! C’est incroyable ! Oh ! il y a de petites fleurs blanches qui forment comme un parasol. C’est drôle ! Et les feuilles ! »

Patrice se colla à une de ces tiges vertes parsemées de taches rouges. Il ne savait pas qu’il s’agissait de la berce du Caucase dont lui avaient parlé Hugo et Monsieur Georges. A cet instant, il remarqua comme des épines blanches. Il en toucha une du bout du doigt.

« Ah non, ce ne sont que des poils, constata-t-il soulagé. Ça ne pique pas du tout. »

Il se remit contre la tige et tendit le bras. La feuille était encore bien plus longue !

« Je me demande si les tiges sont creuses, comme le bambou ou les roseaux ? »

Il rechercha une plante plus petite et finit par en découvrir une. Il la cassa. Une sève abondante l’aspergea. Patrice s’essuya le visage avec le bras en faisant la grimace.

« Hé ! Mais en fait, elle sent plutôt bon, cette sève ! Et la tige est bien creuse, comme je le pensais. On pourrait en faire des sarbacanes ! »

Patrice découpa plusieurs morceaux de tige pour les montrer à sa sœur et à ses cousins. Comme ils allaient être étonnés ! Puis il se dit qu’il serait temps de remonter. Il commença à grimper. Ce n’était pas évident, car la pente était raide et glissante. Il abandonna bientôt les tiges pour avoir les mains libres. Patrice se hissait lentement et l’ascension devenait de plus en plus difficile. Il n’arrêtait pas de déraper et bientôt, il se retrouva complètement coincé. Le sol était vraiment trop abrupt et instable et ses talents sportifs ne suffisaient pas. Comment rejoindre les autres, maintenant ?

« A l’aide ! » cria-t-il.

Puis, comme sa voix ne portait pas assez bien, il mit deux doigts dans sa bouche et poussa de stridents sifflements.

2 réflexions au sujet de “Le premier prix (1/3)”

  1. Voilà, un certain temps que je n’étais plus sur plumes chrétiennes. Je lis cette petite histoire avec plaisir, je pense qu’elle peut également apprendre aux enfants (et aux parents) la toxicité de certaines plantes.Curieuse de connaitre la suite 😉

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    1. Mes parents me disaient toujours de ne pas cueillir les fleurs en montagne. Je pensais que c’était parce que certaines étaient protégées. Mais j’ai découvert plus tard que c’est une habitude qui peut nous éviter bien des problèmes 🙂

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