Scène III
PLOGROV – ESTHER – BAFANOV
BAFANOV
Le rabbin d’Israël insiste pour vous voir.
Il prétend qu’en vous seul est son unique espoir.
ESTHER
Celui-ci tombe bien. Allons ! Qu’on l’introduise !
BAFANOV
Sa requête, dit-il, sera claire et concise,
Mais il veut vous voir seule.
ESTHER
Eh bien ! Retirez-vous.
(Bafanov introduit Rosenfeld, puis sort avec Plogrov.)
Scène IV
ESTHER – ROSENFELD
ESTHER
Il vient pour se vautrer sous les pattes du loup.
Faire face à mes yeux, sa mort est arrêtée.
(À Rosenfeld)
Vous êtes en ces lieux personne mal grattée,
Courageux, téméraire, ou bien vous êtes fou.
Ne craignez-vous donc pas Dimitri, mon époux ?
Le timbre de sa voix vous combla d’épouvante,
Comme un lièvre fuyez lorsque sa statue chante.
Qu’attendez-vous de moi ? Que voulez-vous, Rabbin,
Juif au corps délabré, détestable larbin ?
ROSENFELD
Le roi Nimrod, un jour, me fit cette promesse,
Un pacte nous signâmes, honorable princesse,
Il devait protéger notre peuple, Israël ;
C’est un engagement, un traité solennel.
Or, malgré ses discours, ce tyran plein de grâce
A rompu son accord.
ESTHER
Que veux-tu que j’y fasse ?
ROSENFELD
Tu es Israélite et te nommes Esther.
ESTHER
Si j’étais Cunégonde, Hortense ou Jenifer,
Qu’importe ?
ROSENFELD
Cette Esther, de Mardochée la nièce[1],
Souveraine Persane au cœur plein de noblesse,
– Tu es Juive comme elle – Auprès du puissant roi,
Au péril de sa vie… Intercède pour moi,
Donne compassion au monarque insensible,
Qu’il délivre tes frères du Haman invisible.
Ton peuple, pauvre Esther, à ce monde est vendu.
ESTHER
Pauvre je ne suis point. Israël est perdu.
N’as-tu pas proclamé que Nimrod, le grand maître
Est le Messie promis ? Réponds ! L’as-tu dit, traître ?
ROSENFELD
Sous le charme méchant de la fourbe Yvonnick,
Jeune magicienne à la langue d’aspic,
J’ai perdu la raison, ma foi dans les paroles
Sur la pierre gravées. Ô faiblesse frivole !
J’ai cru que c’était lui, le Sauveur envoyé.
Sur l’apostat chemin je me suis fourvoyé.
ESTHER
C’est assez, vieux chenu ! Je suis lasse d’entendre…
Nimrod l’a décidé, race de scolopendre !
Pour vous tous l’esclavage, la corde ou la prison.
(Elle l’atteint d’un dard tiré d’une sarbacane de la taille d’une cigarette.)
Prends ceci dans ton sang !
ROSENFELD
Qu’est-ce là ? Un poison ?
Esther, tu m’assassines d’une flèche au curare.
ESTHER
J’attends que le sommeil de ton esprit s’empare.
Juste un médicament dosé pour t’engourdir,
Pour affaiblir tes muscles et t’empêcher de fuir.
Tu seras empalé au pied de l’effigie.
Mille juifs avec toi. Nous ferons belle orgie
Avec le sacrifice. Nimrod sera content.
Au peuple nous offrons un spectacle éclatant
Et ta chair aux vautours pour l’exemple, grand-père.
ROSENFELD
À tes armes impies, effroyable vipère
Il manquait les crochets injectant le venin.
(Rosenfeld perd connaissance.)
ESTHER
Beau travail mon Esther ! Dors bien mon gros lapin.
[1] Sa cousine, pour être bibliquement plus exact.
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