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Au soleil de tes branches sèches (nouvelle)

Par Sylas en réponse au défi d’écriture #25 sur les arbres

Le maître des forêts était riche en sapinières, en hêtraies et en palmeraies de toutes sortes. Ses biomes tropicaux s’étendaient jusqu’aux frontières d’Israël, où les chamérops en fleurs abritaient chaque jour sous leurs feuilles vertes et palmées, des hommes de Judée pour leurs fêtes d’été. Ces hommes avaient pour coutume de rôtir des barbeaux emballés dans les feuilles de palmiers lors de leurs repas festifs avec les hommes de la Jordanie frontalière.

Ces hommes-là aimaient se rafraîchir sous leurs branchages naturels. Les bosquets de palmiers abolissaient par là même les nombreux clivages tracés par les haines meurtrières et communes de ces hommes aux nations limitrophes. Leurs cimes devenaient les gardiennes de ces personnes pieuses face aux éclats d’obus des bombes aériennes, qui quotidiennement cachaient aux deux peuples les rayons tièdes et tendres du soleil de Dieu, les salissant dans leurs cœurs par des détonations meurtrières.

Le maître des forêts, mi-homme mi-arbre, était aussi biologiste de ses heures les plus libres ; il décida donc en tout état de cause de repousser les limites des sciences naturelles en Israël et proposa de produire une race de palmiers aux feuillages dont les odeurs seraient semblables à celles des mets des festivités.

L’homme en effet voulait rassembler davantage ses convives dans ce havre de paix sylvicole. Les feuilles remaniées de cette nouvelle espèce de palmiers devaient avoir la vertu d’être imperméables aux effluves des fumées des roquettes. Leur seconde vertu leur vouait des qualités odoriférantes, pour protéger les lieux des émanations du soufre des fusées, dont les cendres calcinées se collaient aux feuillages des rameaux des palmiers d’été. Les toitures de ces arbres formaient, en effet, les abris estivaux de leurs festins aux humeurs de fêtes, et la chaleur des mets des repas ravivait par leurs fumées comestibles les odeurs laissées par la cendre engluée sur les feuilles en lames de velours vertes et duvetées.

Cependant, les expériences successives pratiquées par le maître des forêts, imprégnées de prières et de foi, échappèrent à l’entendement de notre généticien arboricole ; ce dernier n’obtint qu’une drupe ovoïde aux allures de rien, qui n’avait aucun aspect pour plaire, aucune beauté pour charmer. Une drupe comme un rejeton sorti d’une terre desséchée, mais qui s’éleva malgré tout sur les terres d’Israël, après avoir été expulsée du compost du fond du jardin de son maître, transportée par une fouine qui l’avait oubliée dans la cour arrière de la synagogue du faubourg le plus indigeste, où elle y avait été enterrée et craquelée par le mépris du rongeur.

Cette drupe poussa, crût et devint avec les ans un arbre aux racines intuitives, qui écoutait de ses branches la Torah des grands maîtres juifs qui aimaient s’asseoir sous ses rameaux quasi-nus, rachitiques et presque chauves. L’arbre recevait aussi les éclats de rire juvéniles des enfants qui jouaient près de lui aux heures des récrés, en gravant sur son tronc trois fois trop large des énigmes bibliques et des proverbes parvenus des chansons qu’ils se récitaient à tue-tête. Ils décidèrent d’appeler cet arbre : le Bois-sot. Car en effet, pierre sur pierre, caillou sur caillou qu’il recevait par moquerie pour sa laideur, les seuls retours qu’il donnait, à l’image de notre Seigneur, étaient les versets bibliques inscrits sur son tronc, comme des coups d’épées bien conduits dans l’entendement de ceux qui aimaient s’asseoir à ses côtés pour les scruter du regard, des versets gravés sur son écorce par les entailles de couteaux des enfants à la sortie des écoles.

Les gens utilisaient aussi l’abri de ses branches décousues pour se réchauffer au soleil en toute saison, car en effet, son feuillage ne grandissait que très peu. Sa vertu principale était de libérer les rayons tièdes du soleil entre ses branches faibles, et permettre à ses convives sous-jacents de mieux profiter de leurs festins de fêtes. Le reste du temps, il était donné en spectacle devant la fenêtre arrière d’une des classes reculées de la synagogue, en face des élèves en études lors des jours de sabbat.

Un certain jour, la leçon se déroula à l’extérieur de l’édifice toranique, et portait sur des versets bien particuliers du Livre du peuple des hébreux, sur des versets de destinées qui parlaient d’arbres et de racines abreuvées du Très-Haut, d’un arbre planté aux abords des cours d’eaux vives de la Parole de notre Seigneur, entretenu par le Jardinier du haut des Cieux et construit à partir d’un morceau de rien. Un arbre comme le rejeton de Jacob, qui fut incarné sur la Terre pour être un trait d’union entre Dieu et les hommes, un lien éternel qui n’a d’essence que la substance même de Celui qui l’a fait descendre des Cieux. L’enseignant voulait témoigner du Dieu éternel et de ses bontés quotidiennes, du soleil qui réchauffe les bons comme les plus mauvais parmi nous, ainsi que de l’importance d’aimer son ennemi à la manière de Dieu ; le cours précédait un examen oral, et les élèves enseignés étaient assis dans le jardin aux abords du Bois-sot aux racines attentives. Les versets exprimés par le professeur juif étaient les suivants :

Et s’il y reste encore un dixième des habitants, ils seront à leur tour anéantis. Mais, comme le térébinthe et le chêne conservent leur tronc quand ils sont abattus, une sainte postérité renaîtra de ce peuple.
Ésaïe 6:13

La parole de l’Eternel me fut adressée, en ces mots : Fils de l’homme, fais connaître à Jérusalem ses abominations ! Tu diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel, à Jérusalem : Par ton origine et ta naissance tu es du pays de Canaan ; ton père était un Amoréen, et ta mère une Héthienne. A ta naissance, au jour où tu naquis, ton nombril n’a pas été coupé, tu n’as pas été lavée dans l’eau pour être purifiée, tu n’as pas été frottée avec du sel, tu n’as pas été enveloppée dans des langes.
Nul n’a porté sur toi un regard de pitié pour te faire une seule de ces choses, par compassion pour toi ; mais tu as été jetée dans les champs, le jour de ta naissance, parce qu’on avait horreur de toi. Je passai près de toi, je t’aperçus baignée dans ton sang, et je te dis : Vis dans ton sang ! je te dis: Vis dans ton sang ! Je t’ai multipliée par dix milliers, comme les herbes des champs. Et tu pris de l’accroissement, tu grandis, tu devins d’une beauté parfaite ; tes seins se formèrent, ta chevelure se développa.
Mais tu étais nue, entièrement nue. Je passai près de toi, je te regardai, et voici, ton temps était là, le temps des amours. J’étendis sur toi le pan de ma robe, je couvris ta nudité, je te jurai fidélité, je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, l’Eternel, et tu fus à moi. Je te lavai dans l’eau, je fis disparaître le sang qui était sur toi, et je t’oignis avec de l’huile. Je te donnai des vêtements brodés, et une chaussure de peaux teintes en bleu ; je te ceignis de fin lin, et je te couvris de soie. Je te parai d’ornements : je mis des bracelets à tes mains, un collier à ton cou, je mis un anneau à ton nez, des pendants à tes oreilles, et une couronne magnifique sur ta tête. Ainsi tu fus parée d’or et d’argent, et tu fus vêtue de fin lin, de soie et d’étoffes brodées. La fleur de farine, le miel et l’huile, furent ta nourriture. Tu étais d’une beauté accomplie, digne de la royauté.
Ézéchiel 16 :1-13

Les coups et les plaies marquées par les élèves dans l’écorce et la sève de Bois-sot se révélèrent être ce jour-là, des bénédictions insoupçonnées pour ses assaillants, qui les avaient sculptées à coups de violence au canif, aux jours de leurs vandalisme les plus extrémistes. Chaque verset était une réponse à une question posée, et à la fin de la matinée l’arbre avait si bien joué l’avocat pour leur défense, qu’il ne restait dans le livre de la loi des écoles absolument aucune preuve pour accuser les élèves de cancrerie, de pitrerie, de passivité à l’étude, ou d’usages abusifs d’antisèches répétitives.

À la fin de l’interrogation, la peur des quarante fessées moins une avait disparu de leur pensée collective : il n’était plus question de faire naufrage à l’école ou de cacher la Torah du professeur de morale, non, tous décidèrent d’abandonner leurs méfaits perpétuels et leurs railleries collectives pour se consacrer à apprendre leurs leçons instructives.

En outre, cette préoccupation biblique leur remonta du cœur à la pensée : pourquoi les barbaries communes à la population des hommes, sur un seul d’entre eux avaient été jugées, pour donner lieu à une pléthore de bénédictions et à des réponses d’autorités aux tragédies des hommes sous les Cieux ? Pourquoi cet arbre aux allures de térébinthe desséché, aux branches sèches et jamais vertes, restait debout sur son tronc accablé et maladif, renfermant sur son écorce des réponses intuitives aux malheurs de l’humanité, au travers de versets bibliques construits sur des actes de violences perpétrés au couteau.

Les élèves décidèrent donc à l’unanimité, à la suite de cet épisode des plus inattendus, de faire de cet arbre le mémorial de leur repentance ; le tronc comme le symbole du renversement de leur vie passée sans amour et sans aucun fruit, comme le Stalingrad d’une guerre spirituelle gagnée pour toujours, avec Dieu à leurs côtés pour marquer leur première victoire de l’expression d’une arme spirituelle toute puissante et sans équivalent dans quelque monde matériel ou spirituel que ce soit : l’épée de l’Esprit avec eux et pour toujours. Le compte à rebours de la défaite de leur diable intérieur avait été proclamé, par la puissance de l’Esprit qui animerait à jamais leur nouvel être intérieur. Il leur apporterait successivement grâce sur grâce, victoire sur victoire, consolation sur consolation, liberté sur liberté…pour regarder vers Dieu pour une éternité de bénédictions.

Seulement, voilà, il s’avéra qu’après plusieurs jours de réjouissance, le maître de la synagogue s’aperçut de leur supercherie prodigieuse : Gédéon avait maladroitement oublié son canif planté sur la hauteur des branches dégarnies de tout feuillage, comme il en avait toujours été des ramures de cet arbre. Le soleil frappait fort sur la lame de couteau, en ce samedi matin de routine éducative, et dessinait sur le visage du professeur d’hébreu juif des jets de lumières révélant aux enfants la calvitie grandissante de l’enseignant pris pour cible.

Celui-ci avait malheureusement placé ses fausses papillotes du mauvais côté de ses oreilles et celles-ci ressemblaient davantage à des farfalles un peu trop sèches, qu’à des chromosomes en doubles hélices, souples et flamboyants révélant l’ADN juif d’appartenance au peuple saint. En fait, elles étaient même de couleurs différentes d’une oreille à l’autre, et sa colère à regarder le coutelas éclairer les versets sur le tronc d’arbre, lui fit perdre la papillote de gauche. Humilié du méfait, l’enseignant fit évacuer la salle de classe et s’urgea vers les sous-sols de l’établissement où il agrippa violemment une hache de bûcheron à cèdres ; il saisit l’objet et charcuta notre Bois-sot récemment nommé Bois-levant pour sa vaillance à l’étude, qui chuta brutalement, comme les piliers du temple des philistins entre les mains de Samson au jour de sa vengeance.

Il ne restait plus qu’un morceau de bois énorme, couché sur le sol d’été chauffé du soleil de la 6ème heure, humilié comme un fils d’Israël devant Dieu avant l’heure du sacrifice rituel pour l’expiation des péchés du peuple ainsi que des siens. L’arbre était étendu, et son tronc s’enfonçait dans la terre meuble comme se soumettant sans aucune résistance à l’offensive de son agresseur inattendu.

L’homme continua de scier le tronc, en démantelant les branches sèches une à une, comme un certain Lévite le fit autrefois en sciant les membres de sa femme de Bethléhem. L’homme rassembla les morceaux qu’il déposa dans l’atelier d’un artisan ébéniste, pour quelques pièces d’argent qu’il reçut en échange ; et le maître-artisan s’appropriant les morceaux, se saisit intuitivement des prophéties écrites sur le tronc pour fabriquer une croix :

Ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé. Ésaïe 53:4

Il se chargera de leurs iniquités. Ésaïe 53:11

Il a porté les péchés de beaucoup d’hommes. Ésaïe 53 :12

Ainsi donc, le menuisier finit son ouvrage, offert comme œuvre commémorative au gouverneur israélien enfin convaincu de l’œuvre de Jésus-Christ à la croix ; une croix comme un rappel symbolique d’une joie et d’un amour qui arrêtent le péché pour toujours, plantée dans cette allégorie historique aux allures de fiction, sur le Golgotha contemporain d’une terre donnée aux Juifs par Celui qui, il y a 2000 ans, est venu enseigner aux hommes à diriger leurs cœurs vers le Père.

Cette croix de Bois-sot, ami de Dieu, prépara bien les adeptes des synagogues à la venue de leur Jésus-Christ, comme le fit Jean-Baptiste à l’époque où l’empire de Rome dominait encore le monde sous le dôme étoilé. Une croix qui n’était pas un instrument de mort, mais un instrument de Salut, une croix marquée de versets qui sont des briques d’éternité pour une Jérusalem éternelle qui sera reconstruire à cause du sacrifice d’un seul homme ; une croix d’un Bois épais et dégarni de feuilles, mais qui un jour s’allia au sacrifice de Celui qui devait mourir pour nous tous et faire descendre le Ciel dans nos cœurs afin que nous y habitions pour toujours avec Lui.

En effet, l’arbre avait compris sa fonction sous les cieux, en écoutant chez les Juifs, l’histoire d’un Dieu plein d’amour qui employa dans sa mort des morceaux de cèdre morts comme celui d’un Bois-sot inventé par un scientifique à moitié déjanté, comme pour rappeler que les seules vertus profondes des hommes que nous sommes ici-bas sur la Terre, sont celles données sur nos vies par l’Amour du Père au travers de notre reçu du sacrifice de Jésus-Christ à la croix.

Ce Bois-sot est le symbole emblématique de Jésus-Christ à la croix : d’une guerre frontalière est né une semence insignifiante, qui fut plantée par mégarde aux abords d’une poubelle pour faire naître un tronc aux allures de rien, qui fut lui-même abattu en réponse aux exigences d’une colère humaine et injustifiée, mais qui, regardé sous les cieux, remplit sa fonction merveilleuse de témoigner de notre Dieu à la croix, de sa crucifixion et de sa souffrance infinie sur le Mont Golgotha, où lui aussi fut donné en spectacle pour effacer la honte que nous portions devant Dieu à cause de nos péchés contre lui.

Ce Dieu a préféré être haï à notre place devant le Ciel trois fois Saint, où il choisit en sacrifiant Jésus notre ami, de nous accueillir pour y siéger avec Lui à jamais, comme des gens dignes d’être aimés et reçus devant Dieu. Le regard que Dieu nous appose, n’est pas celui des hommes, les choses sans fondement apparent bénéficient d’une toute autre fonction sous le regard du Père : ainsi, du péché naît l’amour, de la tragédie une romance, de l’orgueil une adoration éternelle et perpétuelle pour Jésus-Christ notre Dieu.

La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle et cet arbre en témoigne : C’est du Seigneur que cela est venu, et c’est un prodige à nos yeux. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ou le Bois-sot, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison (Matthieu 5:15).

Sylas

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