Scène IV
MYRIAM – NOAM – JEPHTÉ – MALEK – ZAKAN – ABINAËL – un soldat
JEPHTÉ
Allons ! N’y pense plus, car voici de l’ouvrage.
Malheureux guerrier ! Ne survivra-t-il point ?
Pourrai-je ses douleurs soulager par mes soins ?
Quel est donc ce héros qui gémit sur la planche,
Le corps enveloppé dans une toile blanche ?
(reconnaissant le blessé)
Zakan !
ABINAËL
Accompagné de quelques combattants,
Il voulait triompher par des faits éclatants.
Nous avons contourné les bois et les collines,
Galopant à l’abri dans le fond des ravines,
L’ennemi nous voulions attaquer à revers.
Bientôt nous faisions front à ces païens pervers.
Sanglant fut le combat, Ammon pris en tenailles
Laissait des corps gisant sur le champ de bataille.
Zakan luttait avec la force d’un lion,
Semant le désarroi parmi leurs factions.
De ces chiens Ammonites nous vîmes la déroute
Et nous aurions fêté la victoire sans doute
Mais, lancé par un bras perfide, un javelot,
Sans qu’il pût l’esquiver se ficha dans son dos.
Dans un cri de douleur, chutant de sa monture,
Et du fer subissant la cruelle torture,
Il demeura, inerte, et nous l’avons cru mort.
Mais, hélas ! Qui pourra rendre force à ce corps ?
La lance impitoyable a transpercé son foie
Et le shéol, patient, se languit de sa proie.
MYRIAM
Et moi qui l’accusais déjà de trahison !
Que puis-je de mes mains porter la guérison !
Oh ! Zakan ! Parle-moi.
Je…
MYRIAM
Ne meurs pas, je t’aime.
ZAKAN
Je t’aime aussi… Myriam, dans ma douleur extrême,
En ce funeste jour la mort me reprendra
Mais c’est mourir heureux que mourir dans tes bras.
MYRIAM
Je ne veux pas te perdre. Hélas ! Que faut-il faire ?
Je n’ai pas en mes doigts de pouvoir salutaire.
ABINAËL
Cours vite et trouve Ono.
MYRIAM
Qui est-ce ?
ABINAËL
Un guérisseur,
Et pour les plaies de guerre il est fin connaisseur.
ZAKAN
Non.
MYRIAM
Pourquoi ?
ZAKAN
Il guérit au nom de dieux infâmes.
J’y gagnerais la vie, mais j’y perdrais mon âme.
MYRIAM
Je n’ai pour ton malheur aucune herbe à t’offrir
Et c’est un dur tourment que de te voir souffrir.
ZAKAN
Alors, prie l’Éternel, notre seule espérance.
Invoquons le seul Dieu pour notre délivrance :
Éternel, mon cher maître…
MYRIAM
Il ne respire plus.
À mourir avec lui mon cœur s’est résolu.
JEPHTÉ
Prie l’Éternel !
MYRIAM
Trop tard. La mort l’enlève.
JEPHTÉ
Prie !
MYRIAM
Peut-il saisir un mort et le rendre à la vie ?
JEPHTÉ
Prie-le de tout ton cœur. Exerce dont ta foi !
MYRIAM
Éternel, notre Dieu, je me tiens devant toi ;
Pardonne à ton enfant, ta servante incrédule.
Tu connais le chagrin qui m’accable et me brûle,
Celui que j’aime est mort, vois-tu mon désarroi ?
Je me tiens prosternée, suppliante, ô, mon Roi.
Toi, qui fendis la mer pour ouvrir une voie,
Quel miracle fais-tu, mon Dieu, pour que je croie ?
J’espère qu’aujourd’hui tu vas ressusciter
Celui qui t’a servi toujours en vérité.
Oh ! Rends-le-moi, Seigneur ! Seigneur je t’en supplie.
Sauve-le de la mort et moi de la folie.
JEPHTÉ
Amen.
MYRIAM
Il n’entend pas. Nous l’invoquons en vain.
J’ai prié avec pleurs, il ne se passe rien.
NOAM
Il prend parfois son temps. À quoi mènent tes doutes ?
JEPHTÉ
Fais un vœu.
MYRIAM
Oui, Seigneur, devant ceux qui m’écoutent :
Si tu guéris Zakan, le sauves aujourd’hui,
J’épouserai cet homme et serai tout à lui.
(Zakan s’éveille.)
ZAKAN
Myriam…
MYRIAM
Zakan !
ZAKAN
J’ai fait un rêve bien étrange :
Je volais, transporté sur les ailes d’un ange.
Une vive clarté brusquement m’aveugla,
Une voix de tonnerre en ce feu m’appela.
J’étais épouvanté, tremblant comme un coupable,
J’entendais des paroles aux accents ineffables,
Puis, j’entendais ta voix, je t’entendais prier,
Et tout s’est dissipé. Je me suis éveillé.
MYRIAM
Pourquoi n’ai-je pas cru ? Oh Dieu ! Quelle puissance !
Tu es notre Seigneur, notre seule espérance.
JEPHTÉ
Que l’Éternel Rapha soit notre maître enfin.
Brisons donc hors du camp le moindre téraphin ;
Que chacun soit soumis à ce Dieu de miracles
Et soyons attentifs à ses nombreux oracles.
Pour tes faits glorieux nous te remercions
Et voulons te vouer notre adoration.
(à Zakan)
Et toi, héros vaillant, je suis prêt à me pendre
Si dans le mois prochain tu ne deviens mon gendre.
Vous devrez au plus tôt vous épouser tous deux :
Il faut bien que Myriam accomplisse son vœu.
ZAKAN
C’est mon plus grand plaisir et mon bonheur suprême :
Déposer sur son front le nuptial diadème.
Mais il faut me lever, puisque je suis guéri,
Repartir au combat dans lequel je péris.
JEPHTÉ
Il est hors de question de remonter en selle.
Rentre à mon camp de base avec ta jouvencelle.
Vous avez bien donné de sang et de sueur !
Prenez une retraite après tant de frayeur,
Car l’ennemi aussi, d’ailleurs, bat en retraite
Et, sous peu, nous aurons écrasé cette bête.
Je reviendrai bientôt le front ceint de laurier
Et, la guerre achevée, je vous veux marier.
(Entre Jéred, il prend Jephté à l’écart.)
© 2024 Lilianof
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