Un froid matin d’automne, à l’heure où le marché ouvre ses portes à la clairière des marrons ensoleillés, Ouzou, haut dignitaire parmi les ours, et préfet domanial parmi les grands de la cour de Sa Majesté le roi, faisait ses courses pour préparer sa léthargie coutumière. En effet, à l’orée de ce cycle saisonnier rituel, aux heures sombres et aux nuits élargies, l’ours voulait s’offrir un dernier repas avant d’hiberner.
En face de lui, en qualité de vendeur, maître renard, la main grasse et au service de Sa Majesté le roi, ricana de servir le haut préfet de ces lieux, lui soumettant quelques remises intéressées sur des légumes saisonniers ; il espérait recevoir par là-même quelques malhonnêtes privilèges. Ainsi, pensait-il :
« J’augmenterai mes revenus et passerai la prochaine saison à l’abri dans un terrier aux branches de chêne ».
Le marché étant à la disposition de tous les habitants de ces bois, arriva promptement pour l’achat de quelques navets automnaux, dame fouine aux griffes ouvrières. La jeune dame sortait vaillamment de son champ, où elle creusait ardemment des sillons pour les plantations alimentaires de la haute société de ces bois.
Maître renard, armé de son stratagème, l’arrêta et l’interpella en ces termes :
» J’ai en ma possession, chère amie, quelques légumes de mon potager, que j’ai réservés pour vous et votre famille, vos enfants ainsi que vos aînés. Sur cette balance de mon invention, je vous vendrai le poids de cette grasse jardinière pour quelques sous de vos ressources journalières. Déposez-y donc votre panier que j’en fasse la mesure. »
Maître renard s’empressa donc d’actionner la pédale, pour tarer à l’excès sa machine faussée, et s’octroyer par malice quelques frauduleux bénéfices. Le rouquin fit de même avec toutes les pauvres autres ouvrières, se frotta les mains et rentra chez lui, fier de sa bonne franchise.
Le lendemain advenant, comme le soleil le fait savoir à chaque nouveau rayon du matin, le goupil s’empressa d’aller à ses bonnes affaires, quand les lévriers en meutes entières l’interloquèrent sur ses ventes de légumes :
« Que se passe-t-il donc à votre étalage ? lui grognèrent les canidés comme un seul chien. Notre bienfaiteur le préfet a retardé son hibernation et se retrouve bien malade ce matin, pour une raison très étrange d’asticots malsains venant de vos végétaux d’étalages. De plus, les ouvrières de Sa Majesté ont baissé leur rendement et leur productivité journalière, pour une cause aggravée de malnutrition venant de vos paniers ombrageux. Son autorité a jeté à juste titre son discrédit sur votre valeur, et vous démet de vos fonctions séculières, dont vous êtes devenu illégitime et destitué à plein temps. Maître chat velouté, qui vous en dérobe la vertu, est un serviteur dont l’astuce et la ruse féline serviront nos greniers de plein droit ; ce poste en effet, ne vous était que bien mal réservé. »
Cette histoire nous parle de vérités bibliques concrètes et accomplies, car dans les Proverbes, il est écrit : « La balance faussée fait horreur à l’Eternel, mais un poids exact lui est agréable. (Proverbe 11 :1, LSG)
La Bible dit aussi : « Bien mal acquis ne profite jamais, seule une conduite juste préserve de la mort. » (Proverbes 10 :2, BFC)
Sylas
