Manassé·Théâtre

Manassé – Acte V (1)

ACTE V

Une forteresse, à Ninive. Une partie de la scène est occupée par une cellule de prison, vide.

Scène Première

KÉZIA – LÉMETH

LÉMETH

Lointain exil, si loin de ma pauvre maison,
Seigneur ! quelle aventure ! Quelle étrange prison !
Du Tigre déportées sur la rive étrangère,
Nous voici réunies. Quel est donc ce mystère ?
Ainsi, le sombre roi, dans son égarement
T’a privée d’un époux et moi de mon enfant,
Aveuglé par les feux de cette enchanteresse,
Servante du démon dont il fit sa maîtresse,
Ayant renié Dieu, le fourbe Manassé ?
Loin de notre palais comme un chien délaissé,
M’a chassée, me laissant meurtrie, sans espérance.
De village en prairie je traînais mon errance.
Me voilà condamnée à mendier mon pain,
Abritant mon sommeil au fossé du chemin,
À la merci du vent, du froid, de la famine
Et dans chaque forêt des brigands qui cheminent.
À quitter mon pays je dus me résigner ;
Je dirigeai mes pas aux confins éloignés.
Lorsqu’enfin, des Goïm j’atteignis la frontière,
Je croisai des soldats à la face altière,
Marchant au nom du roi d’une forte nation.
Je leur dis : « Donnez-moi votre protection
Car je suis sans espoir, esseulée, démunie
Et le roi Manassé loin de lui m’a bannie. »
Au nom de Manassé, ces hommes aguerris
M’ont prise en affection et, voyant mon péril
M’offrirent leur soutien, mais je dus en partage
Me soumettre à leurs vœux, je devins leur otage.
Contre une cruche d’eau, une miche de pain,
Je m’offris à l’armée du peuple Chaldéen.
Sans fers et sans carcan, mais cependant captive,
Je fus livrée aux mains du tyran de Ninive.
Non sans compassion, ce monarque pervers,
Asarhaddon m’offrit le gîte et le couvert
Et les gardes royaux ne m’ont point maltraitée.

KÉZIA

Asarhaddon lui-même en ses bras m’a portée,
M’a prise près de lui sur son destrier blanc.
Il me fit reposer au milieu de son camp.
Après m’avoir ainsi servie comme une reine,
Il confia ma vie aux soins d’un capitaine.
Menée sous bonne escorte et captive en ce fort,
Je trouve par bonheur un puissant réconfort :
Vous retrouver céans dans cette forteresse,
Cernée de ces murs noirs dont les pierres m’oppressent.

LÉMETH

Hélas ! Ma pauvre enfant, nous avons tant souffert !

KÉZIA (montrant le cachot)

Mais sais-tu pour qui sont ces barreaux et ces fers ?
Pour qui donc ce cachot ?

LÉMETH

                                       Je ne le saurais dire.
Pour quelconque ennemi du trône et de l’empire.
Il court quelque rumeur concernant Manassé :
Que la guerre est finie ; notre roi terrassé
Parviendra dans Ninive le dos chargé de chaînes.
Asarhaddon revient dans ces heures prochaines
Traînant le roi vaincu à son char attaché.

KÉZIA

Quelle gloire, en effet pour ce roi débauché !

LÉMETH

D’autres disent encore que le roi d’Assyrie
D’une flèche ajustée lui aurait pris la vie.

KÉZIA

Manassé subira de Dieu le châtiment.
Que Joël soit vengé, c’est mon désir ardent.
Qu’il ait en ce cachot son ultime demeure !

LÉMETH

Moi, je l’aime toujours et ne veux point qu’il meure.

(Entre Asarhaddon, accompagné de soldats qui conduisent Manassé dans le cachot.)

© 2025 Lilianof

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