Hugo prit la tête du reste de l’expédition et ils pénétrèrent bientôt dans la forêt. Hugo, Salomé et Justine appuyèrent leurs vélos contre le tronc d’un épicéa.
– Qu’est-ce qu’on cherche ? demanda Justine.
– Des myxomycètes, répondit Salomé en lui décrivant l’étrange créature.
Ils se mirent à fouiller le bois mort, à soulever les écorces, les myxomycètes aimant l’humidité. Occupé à cette nouvelle tâche, Patrice se sentait redevenir plus calme.
– Ici il y a un truc jaune, les interrompit Justine. Mais je crois que c’est un champignon…
– Oui, confirma Salomé. Le nôtre est plus gluant.
Ils poursuivirent leurs recherches. Hugo avait pris une loupe avec lui.
– Dis Hugo, l’apostropha Liliane. Ce matin tu n’as pas fini d’expliquer ce qui se passe quand le blob fructifie. Il monte sur un support, mais après il se passe quoi ?
– Après… Il paraît que c’est là le plus extraordinaire. Hugo releva la tête et ses yeux brillaient. Le myxomycète se transforme pour former de petites poches pleines de spores…
– Ah ! comme les champignons ? l’interrompit Patrice.
– Oui, à ce stade, il ressemble beaucoup à un champignon, confirma Hugo. Il forme des petites poches en forme de sphères, de poires, de champignons et elles peuvent avoir des couleurs incroyables.
– De quelle taille ? s’enquit Justine.
– Minuscule, soupira Hugo. C’est pour ça que j’ai pris une loupe. Certains les collectionnent, parce qu’il en existe de toutes les sortes. Quand ces poches sont mûres, elles éclatent et libèrent les spores. Et avec un peu de chance, ces spores redonneront de nouveaux myxomycètes.
– Donc un « truc » résuma Patrice…
– Un plasmode, précisa Hugo.
– Donc, reprit Patrice, un plasmode unicellulaire avec des millions de noyaux, qui mange alors qu’il n’a ni bouche ni estomac, qui se déplace alors qu’il n’a ni pattes ni aucun muscle, qui…
– Qui apprend certaines choses, poursuivit Hugo, alors qu’il n’a pas un seul neurone. Il cicatrise en deux minutes si on le coupe. Si on en met deux similaires côte à côte ils fusionnent et ils ont même une personnalité différente selon leur origine !
– Non ? ! s’étonna Patrice.
– Si ! l’Américain est plutôt agressif, l’Australien très bisounours, le Japonais… Je ne sais plus. Mais je me rappelle que l’Américain déteste les flocons d’avoine bio, il ne mange que ceux du supermarché !
– Trop drôle ! s’esclaffa Justine.
– J’ai pas tout retenu, avoua Hugo en fouillant un tas de feuilles en décomposition, mais j’ai un livre trop intéressant sur le sujet ! Les scientifiques ne l’étudient pas depuis longtemps et ils ne pensaient pas qu’une créature aussi simple soit capable de tant de choses. Maintenant, ils se passionnent pour le sujet !
– Et elle sert à quoi cette drôle de bête ? s’enquit Justine en retournant une branche morte.
– Je crois que ça aide à minéraliser le sol. À l’enrichir, si tu préfères. Grâce à eux, les plantes ont une terre plus nourrissante et poussent mieux.
– Dieu a vraiment créé des… créatures épatantes, remarqua pensivement Liliane. Elle leva les yeux sur lui. Tu crois qu’il y en a d’autres qu’on n’a pas encore découvertes ?
– Sûrement.
Ils se turent et reprirent leurs recherches. Ils virent beaucoup de champignons plus ou moins grignotés par des limaces et malheureusement aussi quelques déchets. Le temps passait agréablement. Il faisait bon et le soleil dessinait des taches dorées sur le sol couvert d’aiguilles de sapin. Dans les branches, des pinsons et des mésanges pépiaient.
– Regarde cet oiseau ! s’exclama soudain Justine. Qu’est-ce que c’est ? Il est plus gros que les autres…
– C’est un casse-noix moucheté, lui apprit Hugo. Avec son ventre brun couvert de taches blanches il est facile à reconnaître. Il y en a beaucoup en montagne.
– C’est la première fois que j’en vois un, se réjouit la jeune fille.
Liliane et Salomé s’étaient un peu éloignées des autres et menaient leurs recherches côte à côte, contentes de passer du temps ensemble. Elles avaient déjà retourné des dizaines d’écorces et se dirigeaient maintenant vers une souche pourrie. Salomé en cassa un bout.
– Ici ! s’exclama soudain Liliane. Il y a un truc vraiment trop bizarre !
Salomé se pencha à son tour.
– Tu as raison ! C’est jaune et gluant. Hugo ! Viens voir !
Hugo, Patrice et Justine les rejoignirent rapidement.
– Vous en avez trouvé un ! se réjouit Hugo.
– Comment on fait ?
– Heu… Je coupe un bout que je mets dans cette boîte en plastique.
Hugo s’accroupit et préleva un morceau d’écorce recouverte de blob.
– À la maison, il ne faudra pas oublier de s’occuper de lui, précisa Salomé, de le garder à l’humidité et de le nourrir.
– Et le blob suisse, il préfère les flocons d’avoine bio ou les autres ? demanda Justine le sourire aux lèvres.
– J’en sais rien, rit Hugo. Mais je crois que j’achèterai simplement les moins chers.
– Je pourrai en avoir un ?
– Bien sûr ! On peut le couper en plusieurs morceaux et chacun en prend un bout.
– Donc, tu le mets dans une boîte en plastique ? voulut savoir Liliane. Et tu mets un couvercle dessus ?
– Oui, mais avec des petits trous pour qu’il puisse respirer.
– Mais s’il y a des trous il peut s’échapper, non ?
– Ben… Oui, théoriquement, concéda Hugo.
– Oh, la, la, je ne sais pas si maman va être contente si on ramène ça à la maison… Et ça grandit vite ?
– Paraît qu’il double de volume chaque jour.
– Oh, la, la, répéta Liliane. Mais elle souriait.
Hugo plaça sa trouvaille dans une boîte. Ensuite, ils reprirent leurs vélos, les poussèrent à travers la forêt jusqu’au chemin où devaient déboucher les deux vététistes.
Pendant ce temps, Garance regrettait d’avoir accepté le défi de Xavier. La grimpée était horriblement raide. Elle détestait cette montée et d’ailleurs elle n’avait jamais voulu la faire. Elle était venue pour descendre. Qu’est-ce qui lui avait pris d’accepter de le suivre ? Elle n’avait pas osé paraître lâche en refusant de relever le défi et se dit que Patrice avait bien fait de rester en bas. Ça tirait très fort sur les poignets. Et sur les jambes. Et sur les bras. Vivement l’arrivée. Enfin, elle vit Xavier qui l’attendait au sommet. Elle était contente qu’il n’ait pas adapté sa vitesse à la sienne, ainsi il n’avait pas vu les pauses qu’elle avait prises, ni qu’elle avait poussé son VTT, incapable de rester en selle. Elle arriva enfin en haut, rouge et passablement essoufflée.
– Bravo ! l’encouragea-t-il sincèrement. Pour une première fois c’est très bien.
Garance ne lui répondit pas, mais prit sa gourde le plus posément possible. Elle mourait de soif.
– Comme j’habite au village, je connais bien cette montée, expliqua Xavier. Je la fais souvent, alors j’ai l’habitude.
– Et t’as un vélo pareil alors que t’es si souvent en montagne ? s’étonna la jeune fille.
Cette fois, c’est Xavier qui ne répondit pas. Il espérait que le vélo de Justine tienne le coup dans la descente. Il n’avait pas l’intention de le ménager. Comme il n’était pas suspendu à l’arrière, il devrait compenser avec les jambes et il avait déjà adapté la hauteur de la selle.
– T’es prête ?
– Je suis prête. Et tu peux aller devant, comme ça, je te verrai déguster !
– J’ai quand même un avantage sur toi, remarqua Xavier. Je la connais très bien, cette descente.
– Tu me saoules ! Tu as comparé ta bécane et la mienne ? Je vais te laisser sur place !
Xavier haussa les épaules.
– Le talent du cycliste est encore plus important. Et je ne peux pas voir sur toi à quel point tu es douée… ou pas.
Xavier avait envie de lui prouver que son VTT grand luxe ne lui assurait pas des exploits. Et qu’un basique n’était pas aussi nul qu’elle le pensait. Alors qu’il voulait s’élancer, une pensée lui traversa la tête. Son attitude n’était pas juste et même dangereuse. À trop vouloir prouver quelque chose, il allait prendre trop de risques et pousserait Garance à en prendre aussi. Non, il allait donner le maximum, mais sans vouloir être le meilleur à tout prix. Si elle était plus douée que lui, qu’est-ce que ça pouvait faire, après tout ? Pardon, Seigneur, pria-t-il dans le secret de son cœur. Aide-moi à faire de mon mieux sans vouloir frimer. Et permets s’il te plaît que Garance cesse de snober sa cousine. Il repensa au message entendu dimanche. Aide-moi à vaincre en faisant le bien, pas en voulant être le meilleur…

Eh bien ! Tu en sais un rayon sur la nature ! Le relationnel et la science qui s’entremêlent, c’est top !
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Merci ! (Et merci internet pour la documentation 😉) Ça me fait plaisir si ça te plaît !
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