Prose·Récits, dialogues

La grâce en action…

Je vis un moment merveilleux !
Je peux serrer mon petit-fils dans mes bras…
Ce petit bonhomme est le fruit de la bonté inépuisable de Dieu !
Il a une mère et une grand-mère qui peuvent témoigner d’un chemin de vie tout à fait exceptionnel et de la grâce de Dieu qui a débouché sur une vie nouvelle.
Ah, je vais encore vous faire languir un peu…
Avant tout je veux vous raconter la succession des événements qui m’ont amenée jusqu’à cette belle journée de la circoncision du petit Obed.

Si je vous disais …
– que mon nom signifie « large et spacieux »,
– que mon métier n’était pas celui dont rêvent en général les parents pour leur fille,
– que je suis sortie vivante d’un massacre,
– que j’ai trahi mon peuple
– mais que malgré tout cela j’ai intégré une lignée royale
… sauriez-vous dire qui je suis ?

Je m’appelle Rahab. Il y a longtemps j’étais une jeune femme très indépendante !
J’avais une maison à moi dans la muraille de la ville de Jéricho. J’y recevais les hôtes de passage dans la contrée. Ma maison était un peu une auberge, enfin un peu plus qu’une auberge, si on peut le dire ainsi… car j’étais une prostituée !
Jéricho était une belle ville. C’était une des plus vieilles villes du monde. Elle avait la réputation d’être une citadelle imprenable ; les hautes et fortes murailles qui l’entouraient avaient jusqu’à 7 m de haut et 6 m de large. Les sentinelles pouvaient voir à des kilomètres à la ronde. Tous les peuples redoutaient sa puissance et sa force militaire. Elle occupait une situation stratégique à l’entrée du pays de Canaan. C’était la première ville qu’on rencontrait en venant de l’est ! Il fallait donc qu’elle puisse résister à un long siège. Jéricho était à elle seule un petit royaume indépendant comme toutes les principales villes de Canaan.
On l’appelait aussi la « ville des palmiers ». D’abondantes sources d’eau tiède et d’eau froide jaillissaient et permettaient la culture de citrons, d’oranges, de bananes, de plantes oléagineuses, de melons, de figues et de raisins.
Mais c’était aussi une ville où se passaient des choses horribles ! Mon peuple était un peuple cruel. Il sacrifiait des enfants aux divinités solaires. La vie d’une personne n’avait pas grand prix. Nos dieux semblaient peu efficaces, sourds à nos prières et leur culte était à l’origine de toutes nos vies dissolues.
Du haut de la muraille, du toit de ma maison, mon regard pouvait balayer les plaines de Jéricho s’étendant jusqu’au Jourdain ! Après tout Jéricho n’était qu’à 8 km à l’ouest du Jourdain et par temps clair je pouvais même voir jusqu’au-delà du fleuve…

Ce jour-là, le jour où ma vie a basculé, je pouvais voir ses eaux tumultueuses rouler vers le sud, vers la Mer Morte. On était tout au début du mois d’avril. Les pluies de printemps et la fonte des neiges des monts du Liban gonflaient ses flots au point que le fleuve débordait.
En laissant mon regard se perdre au loin je pensais à ce peuple dont tout le monde parlait et que tous redoutaient. Mes nombreux hôtes m’avaient rapporté des tas d’histoires, les unes plus incroyables que les autres ! Ces gens-là seraient protégés et conduits par un Dieu tout-puissant ! Le bruit courait dans Jéricho, mais aussi dans toute la région, qu’ils voulaient envahir Canaan et la peur s’était emparée de tous ! Comme moi ils avaient tous entendu parler de leur extraordinaire fuite d’Egypte et du miracle accompli par leur Dieu qui avait ouvert la Mer des Roseaux pour qu’ils puissent traverser à pied sec ! Cela s’était passé il y a 40 ans ; je n’étais pas née, pourtant c’était sur toutes les lèvres ! On m’a raconté bien d’autres miracles et délivrances incroyables.

Il faut dire que tant qu’ils étaient loin de Canaan, dans le désert, ils ne nous effrayaient pas. Mais maintenant, ils campaient là-bas, de l’autre côté du Jourdain, à environ 15 km à l’est du fleuve, à moins de 25 km de Jéricho ! Ils avaient éliminé Sîhon et Og, les deux rois des Amoréens, ainsi que tout ce qui leur appartenait. La panique montait en Canaan car nous savions tous que leur Dieu leur donnerait la victoire sur nous ! Et nous savions aussi quel serait notre sort : le massacre et la mort
Je me disais que nous étions à l’abri pour un moment encore, tant que le fleuve débordait. J’étais inquiète, mais j’avais aussi envie de savoir qui était ce Dieu qu’on disait tout-puissant. J’avais envie de croire que ce Dieu était le vrai Dieu, bien plus grand que nos dieux qui nous rendaient malheureux. J’avais envie de vivre autre chose… une autre vie…

J’ai été interrompue dans mes réflexions. Quelqu’un frappait à la porte de la maison. Des clients probablement. J’ai dévalé l’escalier pour aller ouvrir. Deux hommes se tenaient devant moi. A leur allure j’ai compris que ce n’était pas des clients pour moi. Ils regardaient partout autour d’eux comme s’ils voulaient passer inaperçus. Ils semblaient vouloir rester discrets. Je les ai fait entrer. Ils avaient besoin d’un endroit pour passer la nuit. Loger chez une prostituée leur offrait une bonne couverture, leur permettrait de recueillir quelques informations intéressantes et ma maison, à l’écart, était idéalement placée en cas de fuite. J’ai tout de suite compris que j’avais en face de moi deux membres de ce peuple ennemi qui occupait mes pensées quelques minutes auparavant. Que venaient-ils faire à Jéricho ? C’est sûr ils n’étaient pas en visite officielle. Ils devaient être en mission de repérage. Ils voulaient probablement connaître où étaient les points d’eau, comment la ville était construite, quelles étaient ses forces et ses faiblesses. Bref, j’avais en face de moi deux espions des ennemis que nous redoutions tant !
Que faire ?
Les lois de l’hospitalité, même dans une ville corrompue comme Jéricho, m’empêchaient de les signaler à la police du roi. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour avoir des informations de première main sur ce peuple tant redouté ?

Un peu plus tard, à nouveau des coups frappés à la porte.
Cette fois-ci c’étaient des envoyés du roi qui me demandaient à grands cris de faire sortir les hommes que j’avais accueillis chez moi et qui logeaient ici… Aïe, ils n’ont finalement pas été si discrets que cela ! Il se sont fait repérer ! Mon sang n’a fait qu’un tour…Je n’ai pas réfléchi longtemps ! J’ai décidé de les cacher, de les sauver. Très vite je les ai emmenés sur le toit en terrasse de la maison et les ai recouverts des tiges de lin qui séchaient là pour les camoufler.
Je suis allée ouvrir la porte aux sbires du roi.
J’ai joué de mon charme et de ma persuasion.
« Oui, vous avez raison, des hommes sont venus chez moi, mais je ne savais pas qui ils étaient, ni d’où ils venaient. Ils sont repartis à la tombée de la nuit, juste au moment où les portes de la ville fermaient….
Des espions, dites-vous ? Mais quelle horreur ! Si j’avais su…
Mais ils ne doivent pas encore être très loin. Si vous vous dépêchez, vous pouvez encore les rattraper, ils sont partis en direction des gués du Jourdain. »
Ouf ! Les envoyés du roi se sont empressés de suivre mes indications. Ils se sont lancés à la poursuite des espions et les portes de la ville se sont refermées derrière eux !
J’avais envoyé les gardes du roi sur une fausse piste ! Je venais de trahir ma ville, mon pays et mon peuple !

Je suis montée sur la terrasse rejoindre les deux hommes.
Avant qu’ils ne se couchent nous avons longuement parlé.
Je savais, comme tous les habitants de Canaan, que Dieu allait donner ce pays, mon pays à leur peuple. J’ai décidé de changer de camp et de faire confiance à leur Dieu, ce Dieu dont tout le monde parlait, le seul vrai Dieu. D’aucuns diront que je n’étais qu’une opportuniste qui voulait sauver sa peau ! Non, je croyais vraiment que la solution se trouvait dans le Dieu de ce peuple !
Je leur ai dit :
« Nous avons entendu tout ce que vous avez vécu depuis la sortie d’Egypte, vos victoires et vos délivrances. Depuis que nous connaissons le sort de Sihôn et Og le cœur nous manque et personne n’a plus le courage de vous tenir tête ! En effet, c’est l’Eternel votre Dieu qui est Dieu, en haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Je suis une païenne pour vous, mais je veux intégrer votre peuple et bénéficier des bénédictions de votre Dieu. 
Maintenant, je vous prie, jurez-moi par le nom de l’Eternel qu’en reconnaissance pour la bonté que je vous ai témoignée, vous aussi vous traiterez ma famille avec la même bonté et donnez-moi un gage certain que vous laisserez la vie sauve à mon père, à ma mère, à mes frères et sœurs et à tous les membres de leurs familles, et que vous empêcherez que nous soyons mis à mort. »
Je voulais faire bénéficier toute ma famille de cette occasion de vivre…
Les deux hommes me répondirent :
« Notre vie répondra de la vôtre pourvu que tu gardes le secret de cet engagement entre nous. Lorsque l’Eternel nous donnera ce pays, nous serons fidèles à notre promesse et nous te traiterons avec bonté. »
Je leur faisais confiance. Un serment sur leur vie ce n’était pas rien !
Nous avons ensuite discuté de la bonne stratégie pour leur fuite hors de la ville et pour ne pas se faire prendre par les gardes du roi dont je connaissais bien la manière de faire.

La position stratégique de ma maison permettait leur fuite sans témoins !
Je dois vous donner quelques explications pour que vous puissiez mieux comprendre la suite ! Les villes fortifiées comme Jéricho avaient souvent deux murailles espacées de quelques mètres. C’est dans cet espace, sur des rondins, que des maisons comme la mienne étaient édifiées. C’est pour cela que j’avais une ouverture dans la muraille extérieure et une vue imprenable sur les plaines jusqu’au Jourdain.

J’ai rassemblé tous les liens qui avaient servi à lier les tiges de lin et nous en avons fait une longue corde qui atteignait le sol en-dehors de la muraille. Ils pourraient descendre par là avant le lever du jour.
Puis je leur ai donné une série d’indications pour leur sécurité.
« Allez vers les collines de l’ouest, la direction opposée à celle qu’ont prise ceux qui vous poursuivent ; ainsi vous pourrez leur échapper. Ces collines sont abruptes et sauvages avec de nombreuses cavernes dans lesquelles vous pourrez vous cacher. Restez-y pendant trois jours jusqu’à ce qu’ils soient de retour dans Jéricho. Après cela, vous pourrez reprendre votre route en vous mêlant aux autres voyageurs. »

Ils se sont reposés quelques heures et avant leur départ nous avons répété les termes de notre alliance, notre pacte de vie !
Ils me dirent :
« Tu nous a fait prêter un serment. Voici de quelle manière nous nous en acquitterons. Lorsque tu nous verras entrer dans ton pays depuis le haut de cette muraille, attache ce cordon rouge à la fenêtre par laquelle tu nous fais descendre, puis réunis dans ta maison ton père, ta mère, tes frères et toute ta famille. Si l’un d’eux franchit la porte de ta maison pour aller dehors, il sera seul responsable de sa mort, nous en serons innocents. Par contre, si l’on porte la main sur l’un de ceux qui seront avec toi dans la maison, c’est nous qui porterons la responsabilité de sa mort. Toutefois, si tu divulgues cet engagement entre nous, nous serons dégagés du serment que tu nous as fait prononcer. »
Sans hésitation je leur ai donné mon accord sur les termes de notre pacte qu’ils venaient d’énoncer !
Puis ils ont enjambé le large rebord de la fenêtre et se sont laissé glisser sans bruit le long de la corde que j’ai vite remontée.

Comme je ne voulais pas louper l’occasion de vivre en cas d’attaque, j’ai aussitôt attaché le cordon rouge à un montant en bois de la fenêtre et je me suis précipitée chez mes parents, chez mes frères et mes sœurs et leurs familles. Je leur ai raconté en gros de quoi il retournait et je les ai suppliés de venir vivre dans ma maison et surtout de ne rien révéler à personne. Ça n’a pas été facile de les convaincre ! Ils ont tous posé beaucoup de questions et moi je n’avais pas beaucoup de réponses ! Je ne pouvais que leur demander de me faire confiance !

Et le temps de l’attente commença ! Le temps des doutes aussi !
Tout s’était passé très vite ! Je me rendais compte, maintenant seulement, quels gros risques j’avais pris ! J’avais trahi mon peuple, pris le parti de l’ennemi ! Pourvu que personne de la famille ne s’impatiente et vienne à me dénoncer au roi !
Je faisais le décompte des jours à attendre, que j’estimai à 7 jours maximum.
Je calculai ainsi :
…3 jours dans la montagne…
…3 jours grosso modo, 4 tout au plus, vu les difficultés pour traverser le Jourdain, pour retourner au camp et pour rassembler la troupe de combattants et leur faire traverser le fleuve en furie.

Effectivement au bout d’une semaine j’ai vu que les choses bougeaient de l’autre côté du Jourdain. Une immense foule, une marée humaine s’approcha de la rive Est du Jourdain.

Mais que faisaient-ils ?
J’ai vu des points blancs apparaître… ils plantaient leurs tentes !!!… Ils installaient leur campement !!! C’était à n’y rien comprendre…
Chaque matin, les yeux fixés vers l’est j’essayais de voir si la situation évoluait…
Pendant trois jours rien n’a bougé ! Tout avait l’air paisible là-bas ! Aucune effervescence qui aurait dénoté une guerre en préparation…
Le quatrième jour les petits points blancs ont disparu l’un après l’autre… ah, ils démontaient le camp ! Je ne pouvais pas distinguer les détails, mais tout le monde semblait se tenir debout, face au fleuve. Ils n’étaient quand même pas assez fous pour vouloir entraîner les femmes et les enfants dans une traversée qui risquait d’être hyper dangereuse !

Et soudain je n’ai plus vu le Jourdain ! Un grand mur d’eau se dressait en amont, les derniers minces filets s’écoulaient vers la Mer Morte… et tout le peuple hébreu s’est avancé dans le lit du fleuve pour rejoindre notre rive !
J’ai appelé toute ma famille pour qu’ils voient cela ! Personne n’en croyait ses yeux !
Je me suis alors souvenue de ce que j’avais entendu raconter à propos du miracle de la Mer des Roseaux que Dieu avait ouverte devant son peuple. Devant mes yeux le même miracle se répétait ! Dieu avait arrêté le Jourdain pour que tous, même les plus fragiles de son peuple, puissent traverser sans danger et sans précipitation.

Après le passage de tous, les nombreux troupeaux d’animaux compris, les flots du Jourdain ont repris leur course folle vers le sud !
Alors tous les rois à l’ouest du Jourdain ont tremblé de terreur ! La panique s’est aussi emparée des habitants de Jéricho ! On pouvait entendre des lamentations et des cris de frayeur dans toute la ville. Les portes étaient barricadées ; plus personne n’entrait ni ne sortait.

Personne ne se préoccupait de nous, ni ne se demandait pourquoi nous vivions tous ensemble dans ma maison ! Ceux qui se posaient la question l’expliquaient probablement par le fait que tout le monde avait peur et cherchait la sécurité en compagnie de sa famille.
Ces temps de grande angoisse nous ont été épargnés, à ma famille et à moi…Je m’accrochais au serment des deux espions et essayais d’insuffler à tous mon optimisme…
Mais malgré cela mes pensées tournaient en boucle dans ma tête ! Mon moral jouait au yoyo…
Et si le chef de guerre des espions refusait d’honorer notre alliance ?
Ils avaient pris cette décision de leur propre initiative sans consulter ni Dieu, ni leurs supérieurs…
Mais tout de même leur engagement était fort ; ils se disaient prêts à mourir si les termes du serment n’étaient pas respectés de leur côté…
J’espérais que pour eux une parole donnée était sacrée, pas comme chez nous où on faisait des serments pour mieux tromper…
Un peuple qui est sous la protection d’un si grand Dieu ne peut pas agir de la sorte…

Une semaine encore défila sans que rien ne se passe. Ils avaient monté leurs tentes à Guilgal, à peine à 3 km à l’est de Jéricho. Depuis le haut de ma muraille je les voyais vaquer à leurs occupations. Tous les matins les abords du camp se couvraient d’un manteau blanc qui étincelait au soleil comme la neige sur les sommets de l’Hermon. Et je les voyais ramasser cette neige et quelques temps après les feux s’allumaient près des tentes. Rien de tel ne s’était passé auparavant à cet endroit ! Alors je me suis souvenue qu’un des voyageurs qui était passés chez moi m’avait parlé d’un phénomène identique, des grains blancs, qu’ils appelaient manne, que Dieu envoyait aux Hébreux tous les matins ; enfin presque… six jours avec…un jour sans…
J’ai su par la suite que durant ces 7 jours ce peuple aurait été à la merci de nos soldats en cas d’attaque ! Une proie facile ! En effet, tous les hommes, du plus jeune au plus âgé, avaient été circoncis…ils auraient été bien en peine de riposter à l’assaut d’une armée !

J’attendais depuis pratiquement trois semaines que les choses avancent et que les troupes des soldats du peuple hébreu attaquent Jéricho… J’ai dû apprendre la patience et la persévérance dans la confiance que j’avais mise dans le Dieu du ciel !
Ma famille commençait à s’impatienter et le doute rongeait leurs coeurs et leurs esprits. J’ai dû subir des railleries, des ricanements et des moqueries, surtout de la part de mes beaux-frères…
– Tu n’es qu’une aventurière qui nous a entraînés dans une histoire pas possible…Comment avons-nous pu faire confiance à une prostituée ?
– Tu t’es fait avoir, une fois de plus…
– Toujours prête à croire les hommes sur parole ! Tu ne changeras jamais !
– Qu’est-ce que tu as comme garantie que nous ne serons pas massacrés ? Un bout de chiffon rouge ? 
Les enfants s’impatientaient aussi ; l’ambiance n’était pas toujours à la sérénité, mais je refusais de perdre confiance. Les membres de ma famille, même ceux qui se moquaient le plus de moi, n’osaient pas abandonner, ils ne voulaient pas courir de risques… au cas où il y aurait tout de même la possibilité d’échapper au massacre.

La semaine suivante, ils ont dû célébrer une fête… ils ont tué des moutons et les ont fait rôtir. On pouvait sentir l’odeur de la viande et des épis grillés jusqu’à Jéricho. Quand toute une multitude se réjouit et fête cela s’entend de loin ! Cela a duré toute une semaine ! Subitement, le 3e jour de la fête, il n’y eut plus de manne blanche autour du camp ; ils n’en avaient plus besoin ; ils se nourrissaient des produits de notre pays.
Plus tard, j’ai moi-même participé aux fêtes de la Pâque et en ai compris le vrai sens. Le cordon rouge me rappelait ce salut acquis uniquement parce que j’avais fait confiance. Ça n’avait pas été une crédulité opportune, ni une foi de circonstance, mais une foi qui voulait démontrer la force de mon choix fait ce soir-là sur le toit en terrasse avec les deux espions.

Enfin, un jour, j’ai vu des soldats se diriger vers Jéricho !
L’attente s’achevait !
Nous allions enfin savoir si la délivrance s’accomplirait !
Mais à notre grande surprise il n’y eut pas d’assaut. Au milieu des soldats il y avait sept prêtres qui sonnaient du cor fait d’une corne de bélier. Ils précédaient d’autres prêtres qui portaient une espèce de caisse dorée. Ils ont tous fait le tour de la ville au son du cor, mais les soldats n’ont pas émis un son et tous sont repartis jusqu’au camp de Guilgal.
Tous les habitants de Jéricho qui étaient montés sur les murailles, en attente du désastre, étaient sidérés.
Le lendemain, les soldats et les prêtres sont revenus et ils ont refait le tour de la ville. Du haut de nos murailles les moqueurs commençaient à se lâcher… Le troisième jour, même chose, cette fois-ci sous des quolibets plus virulents. Les habitants de Jéricho ne se sont pas privés de se moquer de cet encerclement silencieux quotidien. Je me demandais moi-même combien de temps cela allait durer et comment tout cela allait finir ! Je ne comprenais rien à cette stratégie et nous étions tous tenus en haleine par ce comportement si singulier des soldats en armes. Les jours suivants mes compatriotes ne se moquaient plus, mais semblaient de plus en plus terrifiés.  Cette manoeuvre de l’ennemi ne les faisait plus rire ; elle cachait quelque chose qu’ils ne comprenaient pas et qui les inquiétait au plus haut point.

Le septième jour, encore un tour et puis s’en vont ?
Ah non ! Cette fois-ci ils ne se sont pas contentés de faire un tour. Deux, trois, quatre, cinq, six tours… au moment du 7e tour nous avons entendu une longue plainte émise par les 7 cors et tous les soldats ont poussé un formidable cri.
Au même moment toutes les murailles se sont écroulées et les soldats ennemis ont donné l’assaut.
Nous avons tous hurlé de peur…
Puis nous nous sommes regardés, osant à peine croire que nous étions vivants après une telle catastrophe. Ma maison tenait encore debout !
Nous ne pouvions pas voir grand-chose. Il y avait de la poussière, de la poussière partout …et au milieu de toute cette poussière sont apparus deux hommes que j’ai reconnus : les deux espions qui venaient respecter leur engagement. Ils nous ont fait sortir de ce qui restait de Jéricho l’invincible. Personne ne manquait à l’appel…mon père, ma mère, mes frères, toute ma parenté et tous nos biens avaient été épargnés. Les deux hommes nous ont emmenés à Guilgal et nous ont installés à l’extérieur de leur campement. Au loin nous pouvions voir Jéricho brûler…

Par la suite j’ai vécu au milieu de mon nouveau peuple. Je me suis mariée avec l’un d’eux. Salmon et moi avons eu la joie d’accueillir un fils, le papa du petit Obed que je tiens dans mes bras.
Obed signifie « serviteur du Seigneur ».
Ce petit bonhomme a une lourde hérédité de grâce !

Sa mère et moi avons vécu des situations similaires.
Toutes les deux, nous avons fait le choix d’un nouveau peuple et d’un nouveau Dieu !
Ni l’une ni l’autre nous n’avions un CV de bonne Juive !
En tant que Moabite, Ruth portait un lourd héritage de malédiction, de rejet et d’exclusion de la part de Dieu et de son peuple.
En tant que Cananéenne, prostituée, traîtresse et menteuse je n’avais pas le bon profil de la mère juive.
Mais Dieu n’a pas regardé à cela pour nous accueillir dans son peuple. Il a regardé à la petite étincelle de foi qui était allumée dans nos coeurs. Car il ne regarde pas à ce qui frappe les yeux, il regarde au cœur.
Il a fait des merveilles dans nos vies !
Il m’a donné un fils et un mari à Ruth : Boaz, le père d’Obed.
Je ne suis pas sûre qu’un bon Juif serait fier de la généalogie d’Obed.
Pourtant Obed sera le grand-père du roi David.

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