Je ne me souviens plus exactement en quelle année cela s’est passé.
Probablement en 30 ou 31…
Mais je me souviens que l’on commençait tout juste à entendre parler de ce Jésus et que Jean-Baptiste vivait encore.
Quelle n’a pas été ma surprise, ce jour-là, quand un serviteur de mon ami Simon est venu m’inviter à un repas qu’il donnait le soir même. C’était la spécialité de Simon d’envoyer ses invitations à la dernière minute. Comme il était riche il donnait souvent des banquets et ses nombreux invités qui, pour la majorité étaient aussi mes amis, aimaient se rendre chez lui car il avait toujours quelque surprise qu’il tenait à nous faire connaître. Pour rien au monde je n’aurais décliné cette invitation…
Ce serait peut-être bien que je vous présente d’abord mon ami Simon et que je vous donne quelques indications utiles sur nos coutumes.
Je dois dire que Simon était un type un peu spécial, très investi dans ses engagements politiques et religieux.
Il faisait partie du clan des Pharisiens, une des deux factions politico-religieuses importantes et influentes à cette époque. Ils étaient conservateurs et traditionnalistes.
Par contre sa maison était très moderne, construite dans le style romain. Elle comprenait une grande pièce où étaient disposés des lits et des tables basses. Lorsqu’il y avait beaucoup d’invités on plaçait les meubles dans la cour intérieure. Ainsi des personnes non invitées pouvaient venir et rester à proximité pour regarder et écouter, mais elles ne participaient pas au repas.
Vous aurez compris qu’à cette époque les gens ne mangeaient pas assis sur des chaises autour d’une table ! Ils étaient assis par terre, parfois plus ou moins couchés, tournés vers le plat au centre du groupe.
Je suis arrivé parmi les derniers et me suis installé, allongé devrais-je dire, là où il restait encore une place. J’étais très étonné de me retrouver non loin d’un homme que je n’avais jamais rencontré et que je ne connaissais donc pas. J’ai demandé à mon voisin Samuel qui c’était. Il m’a dit qu’il s’appelait Jésus.
Cela a été ma deuxième grosse surprise de la journée…
Ce Jésus, oui, j’avais entendu parler de lui… car tout le monde n’avait que son nom à la bouche ! Beaucoup de gens se demandaient s’il était le Messie promis qui nous débarrasserait des Romains.
C’est donc à cela que ressemblait ce Jésus !
Plutôt insignifiant, je dois dire !
Pas du tout l’allure d’un leader…
Je trouvais étrange que Simon l’ait invité.
J’avais entendu dire que les pharisiens étaient très critiques à l’égard de ce Jésus. On m’avait rapporté qu’ils se sont particulièrement mis en colère contre lui lors de la guérison d’un paralytique à qui il a accordé le pardon !
Beaucoup d’entre eux s’étaient même déplacés jusqu’ici, en Galilée, car la « jésumania » prenait de l’ampleur et faisait boule de neige. Ils voulaient l’interroger sur sa prétention à être le Messie promis par Dieu.
Je ne pouvais pas croire que Simon soit devenu subitement un fan de Jésus.
Que faisait-il donc là ?
Quelle idée Simon avait-il derrière la tête en l’invitant ?
Connaissant bien Simon, ce n’était certainement pas parce qu’il l’appréciait et voulait mieux le connaître. Et s’il avait voulu l’honorer… il lui aurait donné une place à côté de lui
Avait-il dans l’idée de le piéger ? De le mettre dans une situation de difficulté ?
A mon sens la soirée s’annonçait passionnante !
Les plats furent servis les uns après les autres… toujours aussi délicieux !
De ce côté-là pas de surprise ! Simon savait recevoir et mettait un point d’honneur à ce que tout soit toujours parfait !
Les conversations allaient bon train !
Les lampes à huile sur les tables basses nous procuraient une agréable lumière qui nous enfermait comme dans un cocon douillet au milieu de la nuit.
Subitement des murmures se sont élevés et une lourde odeur de parfum nous a environnés ! Cela gâchait un peu la délicatesse des mets servis.
Simon, voyant ou entendant que quelque chose d’inhabituel se passait dans notre secteur s’est approché de nous. Il a pris une des lampes à huile et l’a levée bien haut pour voir ce qui se passait au-delà de notre tablée.
Et nous avons découvert avec lui une scène complètement irréelle !
Nous en sommes tous restés sans voix !
Aux pieds de Jésus se tenait une femme. Elle avait pris place au bout du divan où il était allongé pour manger Elle était passée inaperçue pour la plupart des personnes présentes car elle avait dû se glisser derrière lui à la faveur de l’obscurité. Elle pleurait et mouillait de ses larmes les pieds de Jésus. Puis elle les essuyait avec ses cheveux et, en les embrassant, elle versait du parfum sur eux…
Voilà donc l’origine de cette lourde odeur de parfum…
Un grand silence s’était fait !
A voir la tête de Simon on comprenait que les choses n’étaient pas à son goût ! Mais alors pas du tout !!!
Comme nous tous il connaissait cette femme. Elle était réputée pour mener une vie dissolue, une vie de débauche.
Il était choqué, comme nous tous, parce qu’elle s’était approchée si près de Jésus et surtout parce que Jésus l’avait laissé faire.
Choqué par cette femme qui se donnait en public, tête nue, les cheveux détachés comme ceux d’une prostituée !
Choqué parce que toucher les pieds d’un homme et les embrasser étaient des gestes qui expriment une intimité qu’on ne montre pas en public.
Tout comme nous, Simon était donc en présence d’une scène ahurissante, et le fait que Jésus ait accepté ce contact de la femme l’amena à le mépriser. Nous pouvions presque l’entendre penser :
« Si cet homme était vraiment un prophète, il saurait quelle est cette femme qui le touche, que c’est quelqu’un qui mène une vie de débauche. »
C’est Jésus qui a rompu le silence ! On aurait dit qu’il répondait à l’interrogation muette de Simon.
Il a dit :
« Simon, j’ai quelque chose à te dire. »
« Oui, Maître, parle », répondit ce dernier.
Et là, devant tous les invités ahuris, Jésus lui a raconté une petite histoire et posé une question.
« Il était une fois un prêteur à qui deux hommes devaient de l’argent. Le premier devait cinq cents pièces d’argent ; le second cinquante. Comme ni l’un ni l’autre n’avait de quoi rembourser sa dette, il fit cadeau à tous deux de ce qu’ils lui devaient. A ton avis, lequel des deux l’aimera le plus ? »
Tout le monde retenait son souffle !
Pas moyen de se tromper dans la réponse à donner. C’était logique… mathématique !
Où Jésus voulait-il en venir avec cette devinette simpliste ?
Enfin Simon répondit :
« Celui, je suppose, auquel il aura remis la plus grosse dette. »
« Voilà qui est bien jugé », lui dit Jésus.
Puis se tournant vers la femme, il reprit :
« Tu vois cette femme ? Eh bien, quand je suis entré dans ta maison, tu ne m’as pas apporté d’eau pour me laver les pieds ; mais elle, elle me les a arrosés de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas accueilli en m’embrassant, mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a cessé de couvrir mes pieds de baisers. Tu n’as pas versé d’huile parfumée sur ma tête, mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi je te le dis : ses nombreux péchés lui ont été pardonnés, c’est pour cela qu’elle m’a témoigné tant d’amour. Mais celui qui a eu peu de choses à se faire pardonner ne manifeste que peu d’amour ! »
Puis il dit à la femme :
« Tes péchés te sont pardonnés. »
Nous avions tous la même question en tête :
« Qui est donc cet homme qui ose pardonner les péchés? »
Mais Jésus ajouta:
« Parce que tu as cru en moi, tu es sauvée; va en paix. »
Waouh !!! Pour une soirée passionnante, c’était une soirée passionnante !!!
Jésus n’y est pas allé avec le dos de la cuillère avec Simon qui semblait suffoquer !
Il lui reprochait carrément de l’avoir mal accueilli !
C’est vrai que si Simon a négligé de lui faire laver les pieds par un serviteur il a commis une belle boulette !
Chez nous, il fait chaud, il y a beaucoup de poussière et les gens marchent avec des sandales. Les pieds sont poussiéreux et les règles de l’hospitalité veulent qu’un serviteur lave les pieds aux invités et aux visiteurs à leur arrivée.
Mais pourquoi Simon n’a-t-il pas agi envers Jésus selon nos coutumes d’hospitalité ? Est-ce que c’était délibéré ?
Probablement…
Voulait-il mettre Jésus dans l’embarras devant les autres invités ?
En tout cas il ne l’a pas accueilli comme un ami ou un invité. Son comportement relevait de l’insulte.
Mais de son côté Jésus y était allé un peu fort aussi !
Dès sa première visite chez Simon il aurait voulu être accueilli avec un baiser et de l’huile parfumée sur sa tête ! En général ces manifestations étaient réservées à des invités de marque que l’on voulait honorer tout spécialement ! Ou aux amis de longue date qu’on appréciait particulièrement.
Se prendrait-il vraiment pour le Messie au point d’en vouloir les honneurs ?
Soit ! Admettons que Simon ait failli à toutes les règles de l’hospitalité… Mais le comparer à cette femme relevait aussi de l’insulte suprême, surtout pour un pharisien aussi orthodoxe que lui !
Jésus n’était pas tendre avec Simon, il l’a humilié publiquement ! Non seulement il le comparait à elle, mais donnait les actes de cette femme en exemple, actes qui étaient pourtant une offense à la bienséance.
Il y a bien des choses que je n’ai comprises que bien plus tard… Mais sur le coup j’étais, comme tout le monde, choqué par l’attitude de Jésus. Comme tout bon pharisien, Simon croyait être juste et sans reproche. Il méprisait la femme qui pleurait aux pieds de Jésus et il se croyait bien meilleur qu’elle.
Il n’a pas compris qu’à travers cette petite histoire, qu’on appelle aussi une parabole, Jésus voulait stigmatiser ses manquements et ses carences.
Si Jésus s’était limité à sa petite histoire, Simon n’aurait jamais su qu’elle lui était spécifiquement destinée et pas à la femme.
Jésus a été obligé de lui parler sans détours : « Elle a fait… toi, tu n’as pas fait… »
Jésus voulait confronter Simon à son propre péché et pas simplement placer une anecdote amusante.
Sans les commentaires de Jésus qui lui mettait les points sur les i, il n’aurait jamais su la vérité sur lui-même. Jésus comparait Simon à la femme et lui a dit qu’elle l’aimait et que lui, Simon, n’a rien fait pour lui. Il lui a montré la vérité sur lui-même et sur sa relation avec Dieu ; il voulait interpeller celui qui écoute.
Quelle baffe pour Simon, lui si sûr de sa perfection devant Dieu !
Jésus savait qui était cette femme !
Si elle était venue c’était qu’elle avait très certainement entendu dire qu’il serait chez Simon ce jour-là. Elle pleura très certainement car elle avait entendu l’enseignement de Jésus et se savait pécheresse et elle avait été touchée et transformée par son message. Pour manifester cette transformation elle apporte ce qu’elle a de plus précieux : un vase en albâtre rempli d’un parfum coûteux. Elle traduit par des actes ce qui se passe dans son cœur, elle apporte à Jésus un parfum précieux. Toutes ses économies ont dû y passer !
Je peux vous dire que cela a jeté un froid sur l’ambiance de fête. On n’a pas revu Simon de la soirée et les invités sont très vite tous rentrés chez eux.
Toute cette histoire m’a laissé une forte impression et pendant très longtemps j’y ai souvent repensé. En y réfléchissant je me suis dit qu’on pouvait faire un parallèle avec Ruth … Ruth, l’étrangère, était, aux yeux du peuple juif, tout aussi impure que la femme chez Simon ! Ruth s’était couchée aux pieds de Boaz car elle avait besoin de rachat, elle avait besoin d’un rédempteur, d’un sauveur.
Par la suite je suis resté très attentif à tout ce qui se racontait à propos de Jésus et de son enseignement. Jésus a encore raconté de très nombreuses paraboles. En voici une qui m’a spécialement frappé.
J’ai cru comprendre que Jésus l’ a racontée pour ceux qui étaient convaincus d’être justes et méprisaient les autres.
La voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier : un pharisien et un collecteur d’impôts.
Le pharisien, debout, faisait intérieurement cette prière :
« O Dieu, je te remercie de ne pas être avare, malhonnête et adultère comme les autres hommes, et en particulier comme ce collecteur d’impôts là-bas. Moi, je jeûne deux jours par semaine, je donne dix pour cent de tous mes revenus. »
Le collecteur d’impôts se tenait dans un coin retiré, et n’osait même pas lever les yeux au ciel. Mais il se frappait la poitrine et murmurait :
« O Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! »
Et Jésus a terminé avec ces mots :
Je vous l’assure, c’est ce dernier et non pas l’autre qui est rentré chez lui, déclaré juste par Dieu. Car celui qui s’élève sera abaissé ; celui qui s’abaisse sera élevé. »
Le message de cette parabole de Jésus allait tout à fait dans le sens de cette fameuse soirée chez Simon. J’ai trouvé le parallèle saisissant ! Les deux personnages que Jésus a mis en scène ressemblaient beaucoup à Simon et la femme au parfum. Les collecteurs d’impôts étaient détestés de tous et étaient tout aussi mal considérés que les prostituées…
Ces deux personnages de la parabole n’ont pas du tout le même cœur pour Dieu…
Le pharisien n’a pas besoin de Dieu, il se suffit à lui-même ! Sa foi en Dieu et sa pratique religieuse ne sont là que pour le valoriser aux yeux des autres. Sa venue au temple n’est pas motivée par son amour et son attachement à Dieu, mais par son amour de lui-même et de sa notoriété. Il se compare au collecteur d’impôts Il a la même attitude que son collègue Simon, qui dans la vraie vie a méprisé la prostituée qui a répandu un parfum précieux sur les pieds de Jésus.
Le collecteur d’impôts, tout comme la prostituée, s’approche de Dieu parce qu’il sait qu’il est pécheur et que Dieu est un Dieu d’amour, un Dieu de pardon. Le fait de venir à Dieu, juste tel qu’il est, est en soi une preuve de son respect et de son amour envers Dieu. Car on ne fait pas confiance pour son salut à quelqu’un qu’on n’aime pas.
C’est notre amour pour Dieu et notre reconnaissance pour ce qu’il a fait pour nous qui devraient alimenter nos pensées, ainsi que notre besoin de sa grâce et de son pardon. Si nous regardons à Dieu et à nous-mêmes, nous ne verrons pas les autres, mêmes si leurs défauts sont réels. C’est ce que Jésus voulait aussi dire à Simon !
Mais Simon a persisté dans sa vision étriquée de Dieu.
Tout comme Jésus a affirmé que le collecteur d’impôts de la parabole est rentré chez lui déclaré juste, il a publiquement réhabilité la femme. Il lui a dit :
« Tes péchés te sont pardonnés. »
« Parce que tu as cru en moi, tu es sauvée ; va en paix. »
Publiquement pardonnée ! Chaque personne présente à ce repas a entendu que Jésus la considérait comme une femme qui pouvait vivre une nouvelle vie ! Elle n’est plus considérée comme la prostituée de service, mais comme une femme qui a une place dans la société. Mais cela impliquait pour elle de changer radicalement de vie.
Je ne sais pas ce qu’elle est devenue. En tout cas je n’ai plus entendu parler d’elle en tant que prostituée. A-t-elle suivi Jésus comme beaucoup d’autres l’ont fait après leur rencontre avec lui ? Je ne saispas…
En tout cas cette soirée a été une grande leçon pour moi !
Ces paroles de Jésus : « Mais celui qui a eu peu de choses à se faire pardonner ne manifeste que peu d’amour ! » m’ont interpellé.
Et vous ?
Etes-vous conscients de la dette que Dieu vous a remise ?
Avez-vous changé de vie quand vous avez accepté le pardon de Jésus ?
Avez-vous besoin de revivifier votre foi ? votre reconnaissance ? votre amour pour Dieu ?
Que le Seigneur vous bénisse !
