Après la Pentecôte, à Jérusalem, les disciples de Jésus annoncent le salut et la guérison au nom de leur Seigneur, et ami, qui a été crucifié, et qui est ressuscité. Dans les rues, sur les places, dans les maisons, dans les synagogues, beaucoup d’hommes et de femmes sont guéris, et croient au Seigneur Jésus. Étienne est l’un de ces disciples, rempli de foi, qui accomplit de grands miracles au nom de Jésus. Ce jour-là, dans les rues de Jérusalem, il parle à un petit groupe rassemblé autour de lui :
– Jésus est le Sauveur ! Dieu l’a envoyé pour le pardon de nos péchés. Dieu a brisé les liens de la mort !
Parmi ceux qui l’écoutent, quelques Juifs ne supportent pas de l’entendre annoncer le nom de Jésus. Alors, avec l’appui de faux témoignages, ils ameutent le peuple et tous ensemble ils le trainent vers le Temple, où comme chaque jour sur les grandes dalles du parvis, la foule se presse. Ils trainent Étienne jusque dans la salle du Grand Conseil où les prêtres juifs sont réunis.
– Nous avons entendu cet homme parler contre Moïse et contre Dieu ! déclarent les faux témoins
Les prêtres se tournent vers Étienne… son visage est si tranquille et si lumineux qu’il ressemble à celui d’un ange… Un grand silence se fait dans l’assemblée. Le Grand prêtre, vêtu de sa tunique bleu azur, lui demande :
– Est-ce exact ?
Au milieu des prêtres et de la foule rassemblée, tous les regards fixés sur lui… Étienne raconte la longue histoire du peuple hébreu depuis Abraham, jusqu’à la construction du 1er temple. Tous l’écoutent, attentivement… Mais voilà que le ton d’Étienne change :
– Vous résistez toujours à l’Esprit-Saint ! C’est vous qui avez tué le Juste !
À ces mots, les visages des prêtres se crispent, leurs bouches se tordent, ils grincent des dents contre lui. Comment Étienne ose-t-il leur reprocher la mort de Jésus, cet homme qui ne respectait pas le sabbat ! Et qui se prenait pour le Fils même de Dieu !
Mais Étienne levant les yeux s’écrie :
– Je vois le ciel ouvert, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu !
Les prêtres et la foule poussent de grands cris, ils se bouchent les oreilles, se précipitent sur lui, ils le saisissent et le trainent à travers les rues de Jérusalem jusqu’à l’extérieur de la ville près des remparts, pour le lapider, le tuer en lui jetant des pierres. Les témoins choisis pour ce jugement, quittent leurs manteaux. Ils les déposent aux pieds d’un jeune homme, qui se tient là, debout près d’un arbre.
– Nous te les confions Saul !
Les yeux de cet homme, Saul, sont pleins de haine, il regarde durement celui qui va bientôt mourir…
Les pierres jetées contre Étienne, le frappent brutalement. Mais curieusement cet homme que l’on est en train de lapider, semble ne ressentir aucun des coups portés par les pierres. Debout, les yeux levés vers le ciel, il prie. Mais voilà que d’une voix forte, il s’adresse à son Dieu
– Seigneur Jésus reçois mon esprit !
Sous les coups et les injures, le visage et les vêtements tachés de son sang, Étienne tombe à genoux en criant :
– Seigneur ne les charge pas de ce péché !
Étienne s’affaisse doucement sur lui-même et ne bouge plus. Les hommes qui jetaient les pierres laissent pendre leurs bras, et laissent tomber les pierres à terre. Étienne semble s’être tout bonnement endormi. Les témoins reviennent vers Saul pour ramasser leurs vêtements.
– Il n’a eu que ce qu’il méritait ! leur dit-il
– Oui ! nous avons fait justice ! Et maintenant allons arrêter, tous ceux qui se réclament de ce Jésus !
Et le petit groupe, Saul à leur tête, pénètre dans les maisons des amis d’Étienne, et en arrache hommes et femmes pour les jeter en prison. Mais beaucoup de disciples de Jésus parviennent à s’enfuir de Jérusalem vers d’autres provinces…
Les jours passent, mais la rage de Saul est toujours là. Et lorsque enfonçant les portes des maisons, il découvre celles-ci vidées de leurs habitants, il est furieux.
– Eh bien puisque ces hérétiques ont quitté Jérusalem, je vais aller les chercher, là où ils sont !
Sur sa demande, le Grand-prêtre donne à Saul, des lettres qui lui permettent d’aller arrêter les disciples de Jésus qui se trouvent à Damas, sous domination romaine. Saul et ses compagnons rassemblent quelques affaires qu’ils attachent sur le dos d’une ânesse et d’un mulet.
– Dommage que nous ne puissions voyager à cheval comme le font les Romains, fait remarquer un des compagnons de Saul !
– Eh oui, nous n’avons que notre bâton, mais aussi notre courage et notre zèle pour la loi… Dans une semaine nous serons à Damas et nous débusquerons ces blasphémateurs qui veulent détruire notre foi et nos coutumes !!
Ils se mettent en marche sur le chemin qui descend vers Jéricho au milieu des monts désertiques de la Judée. Ils traversent ensuite la verte vallée du Jourdain où toutes sortes d’oiseaux trouvent refuge dans les arbres, et les buissons. Et puis, au fil des jours, sous la chaleur du soleil, au travers de paysages souvent secs et arides, ils se rapprochent peu à peu de leur but.
Ce matin-là, après une nuit dans un repli de terrain enveloppé de sa couverture, Saul se dresse et réveille ses compagnons
– Holà mes frères ! Debout ! Avant la fin de la journée, nous serons à Damas, et nous pourrons accomplir ce que Dieu attend de nous !
Après avoir attaché leurs couvertures sur le dos des bêtes, la petite troupe presse le pas sur la poussière du chemin. Saul précède ses compagnons, et donne le rythme de la marche…
Mais soudain, brille tout autour de lui, une lumière éclatante venue du ciel qui l’enveloppe et qui resplendit. Saul tombe à terre ! Une voix se fait entendre :
– « Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu ? »
L’ânesse et le mulet affolés se dressent sur leurs sabots. Les compagnons de Saul, également aveuglés par la lumière, sont tombés en protégeant leurs yeux de leurs bras. Et puis, la lumière disparait.
Saul est allongé sur la terre sèche, il regarde autour de lui d’un air hagard, les yeux comme recouverts d’une fine couche de poussière. S’appuyant sur son coude, il se relève.
– Je n’vois rien, je n’vois plus rien !
À leur tour, comme titubants, ses compagnons se relèvent. Ils s’approchent de Saul, fixent ses yeux sans vie… Ils le prennent par la main et ils le conduisent sur le chemin vers Damas.
Pendant un long moment, aucun d’eux ne prononce une seule parole. Mais dans leur silence, ils repassent en boucle l’évènement qu’ils viennent de vivre. Finalement l’un d’entre eux demande :
– Qui t’a parlé Saul ?
Avec hésitation Saul, répond :
– C’est… Lui… le Nazaréen…
On n’entend plus que le crissement des insectes et le souffle des bêtes.
Voilà enfin qu’ils aperçoivent au loin, la ligne vert sombre des arbres et des jardins de la ville arrosée par l’eau qui descend des montagnes. Et bientôt les murailles se dressent devant eux.
– Saul, nous passons la porte de Damas, crie un des hommes.
Saul entend le brouhaha de la foule, les interpellations des marchands, il sent les odeurs d’épices. Il se laisse conduire, sans réagir, les yeux éteints. Installé par ses compagnons dans la maison d’un homme nommé Judas, durant trois jours il refuse toute nourriture et toute boisson. Souvent immobile, les mains parfois ouvertes, parfois jointes, il prie. Entend-il encore la voix de celui qui l’a arrêté sur le chemin ? Repasse-t-il les images de la lapidation d’Étienne ? Entend-il les cris de ceux qu’il a arrachés à leurs maisons pour les jeter en prison ?
Mais voici que le troisième jour, un homme entre dans la maison de Judas. Saul est assis, face à la porte de la chambre, le dos droit, comme s’il l’attendait. Il perçoit un mouvement dans la pièce, l’homme le touche.
– Je m’appelle Ananias, je viens prier pour toi…
– Je t’attendais, dit Saul, je t’ai vu dans une vision, tu m’imposais les mains.
Ananias pose ses deux mains sur Saul, et il prie à voix haute :
– Saul, mon frère, le Seigneur Jésus qui s’est montré à toi sur le chemin par lequel tu es venu, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit-Saint.
Et voilà que les yeux de Saul s’éclairent, et il voit Ananias devant lui ! Il se lève tandis qu’Ananias s’exclame :
– Mon frère Saul, Dieu t’a choisi pour être un témoin devant tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues !
Ils se sont embrassés, Judas, l’hôte de Saul s’est réjoui avec eux. Saul a été baptisé dans le nom de Jésus. Après avoir pris quelque nourriture, il a retrouvé des forces et ils sont allés rejoindre les disciples qui se trouvaient à Damas. Saul a raconté sa rencontre, extraordinaire, avec Jésus sur le chemin de Damas.
Voici comment, après avoir eu les yeux fermés pendant trois jours, celui que l’on appelle l’apôtre Paul, a ouvert son cœur à Jésus pour toujours, voici comment cet homme est passé de la rage, à l’amour….
