Ils s’émerveillent de leurs découvertes et se réunissent pour faire le point sur leurs derniers succès. Parmi leurs avancées figurent des plantes capables de guérir les toux, les douleurs articulaires, les troubles du sommeil et les maux d’estomac. Ils ont aussi imaginé des meubles plus aisément manipulables, plus faciles à transporter tout en restant confortables, et ont perfectionné de nombreux outils.
Longue, si longue liste de progrès. L’évolution est en marche. Ils sourient. Ils ne pensent pas à remercier ce dieu que leurs aïeux priaient avec ferveur et qui leur accordait souvent, disaient-ils, la réalisation de leurs rêves aussi bien techniques qu’intellectuels ou psychologiques.
Ils deviennent forts
dans le regard de chacun
de l’admiration
Le soleil brille, diffusant un parfum de bien-être. Le jardin, à proximité du lieu où sont réunis les intervenants et le public, est garni d’arbres et de fleurs. Tous ces gens sont assis sur des gradins garnis de coussins dans un bel amphithéâtre. La qualité acoustique de l’endroit les comble. Ils portent des habits raffinés.
La beauté des fleurs
la majesté du soleil
ce sont des vainqueurs
Ce jour-là, peu avant la clôture de la rencontre, se fait sentir une sorte de tremblement de terre. Personne n’y prend vraiment garde. L’euphorie et la fierté sont plus fortes qu’une alerte que personne n’a l’idée d’évoquer. On imagine que c’est une erreur personnelle d’appréciation. On se sent si puissant que l’on ne propose ni de prier ni d’échanger sur un ressenti que l’on néglige.
La terre a tremblé
esprit empli d’arrogance
aveugle au malheur
Un autre jour, un cyclone vient bouleverser la région. Des arbres sont renversés, des maisons sont détruites partiellement, voire entièrement. Les points de vue sur l’île et sur la cité sont devenus déplaisants, laids, vilains, répugnants — oui, des habitants osent utiliser ces mots. Partout, des hommes réparent, rectifient, se mettent à l’ouvrage avec confiance.
Un certain chaos
quantité de gens s’affairent
les jours sont bien tristes
Des années plus tard, l’île disparaît. Elle est engloutie avec tous ses habitants. Cela se passe très vite. Ils n’ont pas eu le temps de percevoir l’ampleur de cet incroyable bouleversement.
Adieu génies de l’humanité, adieu animaux, adieu bâtisses, adieu œuvres d’art, adieu découvertes, adieu potagers, adieu parcs !
Où sont passés les êtres humains tellement ingénieux, vaniteux et astucieux ? Étaient-ils trop arrogants sans en prendre conscience ?
De vaines recherches
le noir du deuil est en mer
fonds marins blessés
Micheline Boland

Articuler les textes en prose sur de haïkus est une idée vraiment originale.
Tous mes encouragements.
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