Merci à tous ceux qui ont participé au défi de l’été. Je publie ici l’histoire complète, en proposant une fin. A bientôt pour le nouveau défi !
Chapitre 1 (David)
La nuit avait avalé le sentier depuis si longtemps que Mathis ne se souvenait plus du moment où le jour avait cessé d’exister.
Derrière lui, la forêt s’était refermée comme une bouche. Devant, les arbres se pressaient les uns contre les autres, complices d’une obscurité que même la lune refusait d’affronter.
Il sortit son téléphone. L’écran resta noir, aveugle, inutile. Un dernier lien avec le monde venait de se rompre.
Le vent se leva, à peine un souffle, et les branches frissonnèrent comme sous une caresse froide. Une chouette cria, quelque part, une seule fois, avant que le silence ne la reprenne tout entière.
Mathis s’arrêta.
C’est alors qu’il la vit.
Entre deux troncs, loin devant, une lumière avait éclos. Elle n’était ni blanche ni dorée, elle appartenait à une nuance que Mathis n’aurait su nommer, quelque chose entre la braise et l’aube. Elle ne brillait pas : elle respirait. Un battement lent, presque un pouls, comme si la nuit elle-même avait un cœur et qu’il s’était mis, pour lui seul, à battre.
Il cligna des yeux. Elle était toujours là.
Elle vacilla et Mathis eut l’étrange certitude qu’elle venait de le remarquer.
Il fit un pas. Un deuxième.
Et à mesure qu’il avançait, il lui sembla que l’obscurité, plutôt que de s’écarter, se retirait, comme une eau qui recule.
Alors, sans plus réfléchir, il tendit la main vers cette lumière qui l’attendait…
Chapitre 2 (Chtaloun)
Sans qu’il en soit surpris, elle répondit à ce signe de confiance. Elle caressa d’abord sa main, puis la saisit, sans brutalité mais fermement.
Sans hésitation ni crainte, Mathis lâcha prise. Le voilà conduit par un rai de lumière, en plein cœur d’une sombre forêt que nulle carte ne situait.
Une colombe blanche le fit sursauter en le frôlant. Les arbres se dressèrent en haie d’honneur sur son passage.
Tout en avançant, Mathis s’interrogeait. Quel était ce prodige ?
La journée avait été particulièrement compliquée pour le jeune homme. Très fatigué, peut-être avait-il glissé vers le pays des rêves ?
Chapitre 3 (Coeur_de_mots)
Mathis continua d’avancer. Bizarrement, malgré l’étrangeté de la situation, il ne ressentait aucune inquiétude… plutôt de l’étonnement, et de la curiosité. Sans savoir vraiment pourquoi, il savait que suivre cette lumière serait pour lui une belle aventure, une marche vers un ailleurs auquel il aspirait… sans savoir où cet ailleurs le conduirait.
Il faut dire que la vie de Mathis était plutôt fade, banale, sans rêve ni but à atteindre… Pour tout dire, il s’ennuyait ferme et se demandait bien à quoi servait sa vie inutile. En lui, depuis un certain temps, une aspiration à il ne savait quoi était sans cesse présente. Alors il avait décidé de partir, de tout laisser derrière lui…
Au pied d’un arbre dont les branchages formaient comme un cœur, il creusa un trou. Il enveloppa son portable dans un mouchoir qu’il avait dans sa poche, et après avoir déposé l’objet sur le fond de cette cavité, il abandonna ce qui le reliait encore au reste du monde…
Chapitre 4 (Débora)
Mais soudain brrr brrr brrr…son portable vibra, là sous la terre ! Mathis l’avait entendu, c’était certain ! Il se précipita pour creuser avec frénésie et pour récupérer cet objet « précieux ». Il le sortit de la cavité, en ôta le mouchoir et l’épousseta !
– Je vais avoir des nouvelles de ma famille, de mes amis, je vais retrouver mes photos et mes documents ! Je vais comprendre tout ce qui s’est passé ! se disait Mathis.
Il appuya fébrilement sur le bouton allumer, pas de retour haptique ! Écran noir !
Il pressa avec insistance sur l’écran et sur tous les boutons possibles ! Rien ! Évidemment pas de port USB par ici pour le recharger ! Cette fois-ci c’en était trop ! Avec colère, Mathis jeta son portable au loin !
– Voilà comme ça je sais au moins pourquoi il ne fonctionne plus !
Il entendit un bruit sec et des craquements de branches. Probablement l’endroit où il avait atterri !
Autour de lui plus de colombe, elle s’était envolée, plus de haie d’arbres ! Mais une sinistre forêt qui lui semblait hostile à présent ! Mathis eut peur ! Tout était si sombre !
Au loin, il vit pourtant un petit carré de lumière !
– Mon portable ! Il s’est rallumé, mais comment le retrouver dans ces fourrés !
Mathis avança à tâtons pour se rapprocher de cette lumière. Le chemin lui sembla long et périlleux. Lorsqu’enfin il atteint son but il vit que cette lumière n’était pas celle de son portable allumé, mais un chemin étroit et resserré qui laissait passer un rai de lumière ! Allait il oser le franchir ? Mathis n’éprouvait désormais plus de colère, mais de la curiosité !
Chapitre 5 (Paulalie)
Mathis tendit la main vers la lumière.
Il se sentit tout simplement tiré vers elle. Plus il s’en approchait, plus la lumière s’étendait et le noir diminuait.
D’autre part une grande douceur l’envahit et lui fit oublier les périodes difficiles qu’il connaissait.
Cette lumière devint peu à peu vivante et débordante d’amour. Une grande paix se répandit sur lui.
Puis un surprenant dialogue sans parole s’établit. Tout s’expliquait clairement. Plus besoin de téléphone. Le noir avait complétement disparu.
Il comprit alors qu’un être de Gloire répandait la Lumière et l’Amour loin des ténèbres et des méchancetés. Un merveilleux royaume de paix, de joie et d’amour existait.
Cet être supérieur donne sa parole pour éclairer le monde.
Sa parole devient une lampe aux pieds de Mathis.
« Ta parole, Seigneur, est une lampe à mes pieds… »
Chapitre 6 (Chtaloun)
Soudain, Mathis sentit une paix inconnue l’envahir. Il était calme.
« Ta parole, Seigneur, est une lampe à mes pieds… «
Une lampe pour trouver le chemin et le suivre en évitant les obstacles. Une lampe pour se diriger quand tout est sombre. Une lampe pour rassurer, dans la profondeur inquiétante de la nuit…
Une lampe ; la lumière ; la vie. Enfin !
Mathis avait l’impression d’avoir trouvé la paix après laquelle il courait depuis son tout jeune âge. Une paix réelle et durable.
Il l’avait cherchée partout, dans la solitude de sa chambre d’étudiant, parmi les livres de la bibliothèque, sur les réseaux sociaux, dans les soirées entre amis. Jamais il ne l’avait rencontrée. Les rares fois où il avait cru la saisir, elle s’était très vite évaporée, laissant derrière elle un goût amer et un intolérable sentiment de vide.
Et voilà, dans cette forêt, loin du monde, loin des promesses bruyantes de la ville, loin de tout, alors qu’il avait renoncé à l’atteindre, cette paix se révélait…
Mathis sourit. Son cœur chantait une joie incommensurable. Son pas devenait léger et sa marche assurée quand, tout à coup, la nuit l’enveloppa à nouveau. Quelque chose (ou quelqu’un ?) agrippa ses deux pieds. Il tomba, se cogna la tête contre une grosse pierre, et s’évanouit.
Chapitre 7 (Débora)
Mathis se réveilla sur un lit d’hôpital la tête bandée. Autour de lui tout le monde s’agite. Il voit des ombres entend des cris !
– Docteur docteur il est réveillé !
– Mathis mon chéri comment vas-tu ?
Je vois des blouses blanches qui s’affairent. On me teste de tous côtés les yeux, les pieds, le cœur, la tension…
– Ça va monsieur ? On est de retour ?
J’entends tout mais je suis incapable de répondre. J’ai l’impression que ma langue pèse un kilo. J’ai envie de dormir et je replonge dans ce sommeil qui m’était si agréable.
– Le voilà reparti ! dit le médecin, mais c’est bon signe il est en train de se réveiller.
Plusieurs jours passent et me voilà enfin ressorti de mon coma.
– Mathis ! qu’est-ce qui t’est arrivé ?
– Regarde ! Je t’ai apporté un nouveau portable !
– Ça va tu n’as pas mal ?
Je leur souris mais ne reconnais personne. Un portable ? C’est quoi ?
Je suis incapable de leur raconter tout ce dont je me souviens. Une chute, un choc, une douleur vive à la tête puis plus rien. Un homme passe, il me relève et me porte jusqu’à cet endroit sans doute…
Une psychologue tente de me raviver la mémoire :
– Un monsieur vous a ramené ici à pieds…
Elle me le décrit : grand jeune, allure sportive, les cheveux bruns…Serait-elle amoureuse de lui ?
L’orthophoniste veut me faire retrouver ma voix, mais aucun son ne sort.
Je suis toujours hospitalisé et en rééducation.
Une dame pleure à côté de moi. Je me tourne vers elle et spontanément ce mot vient à ma bouche :
– Maman !
Nous nous étreignons longuement !
– Maman tu sais ? Jésus est la lumière du monde !
Chapitre 8 et fin (David)
C’est alors que la mémoire lui revint.
Mathis errait dans la nuit électrique de la ville. Il cherchait, dans la lumière artificielle, les débris coupants des étoiles perdues. Ce soir-là, son ombre mouvante avait un air tragique. Les néons clignotants lui rappelaient tout ce qu’il avait vendu.
Les miroirs des tours reflétaient son portrait, ou bien était-ce les masques qu’il avait portés ? Il avait marchandé son bonheur dans le bleu des écrans, exhibé ses douleurs et son spleen comme on montre des roses. Et il avait laissé hors-champ ce qui était vivant en lui. Qu’importe ?
Les vitrines se dérobaient et sa mélancolie venait maintenant se coller violemment à sa peau. Ses followers prenaient un visage hideux. Des cœurs rouges et brûlants dégoulinaient sur son âme. Comme toute sa génération, il avait rêvé d’un monde nouveau. Attraper le Bluetooth… Feu ! Chatterton.
Il sortait de la ville pour chercher l’air. Le mal du siècle se transformait en masse sombre et ce vertige était en train de l’étouffer. Dans sa poche droite, un objet pesait une tonne.
La lune se retirait au bord de l’horizon quand il se rendit compte que l’asphalte avait laissé place à la terre. Il était en forêt, mais il se souvenait plutôt d’un désert. Le ciel devait avoir des étoiles et des météores. Il était là pour mourir.
Il avait d’abord accusé le monde, les fractures du temps, les ruines et les guerres. Il avait tout donné pour ne pas se demander où il allait et il avait été brillant, peut-être l’un des meilleurs. Son visage avait des soubresauts, comme s’il riait ou comme s’il pleurait. Il ne savait plus.
Qui pourrait-il aimer avant de dire adieu ? Tout l’amour du monde tient parfois dans un souffle. Si seulement… Quand les fleurs périssent, il doit rester quelque chose. Une image oubliée. Une graine.
La nuit avait avalé le sentier depuis si longtemps que Mathis ne se souvenait plus du moment où le jour avait cessé d’exister.
FIN

Super cette histoire écrite à plusieurs mains et le style différent de chacun ! J’aime beaucoup les rebondissements et la fin.
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