Le voyage de Christiana (J. Bunyan) – Chapitre XI : Difficultés vaincues

Chapitre XI

Difficultés vaincues

L’âme recueillie jouit des faveurs qu’elle a reçues. – Suites d’un oubli ou d’une négligence. – Le chemin est difficile à retrouver quand tout est en désordre. – La fidélité mise à l’épreuve. –  Il faut la sagesse et le courage d’un Grand-Cœur pour combattre le géant Sanguinaire.

 Grand-Cœur, s’adressant ensuite aux plus faibles d’entre eux : Eh bien ! mes petits amis, leur dit-il, comment cela vous va-t-il ? Quelle idée vous faites-vous maintenant du pèlerinage ?

Monsieur, lui répondit le plus jeune, je croyais un moment ne pouvoir plus y tenir ; je vous remercie de ce que vous m’avez tendu la main alors que j’en avais un si pressant besoin. Je me souviens à cette heure de ce que ma mère me disait souvent, savoir : que le chemin du ciel est comme une échelle, tandis que le chemin de l’enfer est comme une descente rapide. Mais j’aime mieux monter par degrés l’échelle qui mène à la vie, que de descendre par le chemin de la mort.

Miséricorde : – Cependant, le proverbe dit qu’il est plus aisé de descendre que de monter.

– Oui, répliqua Jacques (car il se nommait ainsi) ; mais la descente est autant dangereuse que la montée est difficile, et le jour vient où, selon moi, il sera infiniment plus pénible de descendre que de monter.

Grand-Cœur : – Ta réflexion est juste, mon garçon ; je suis satisfait de la réponse que tu viens de lui donner.

On vit alors un sourire effleurer les lèvres de Miséricorde, tandis que le jeune homme ne put s’empêcher de rougir.

Christiana : – Eh bien ! Ne prendriez-vous pas quelque chose pour vous rafraîchir la bouche pendant que vous laissez reposer vos jambes ? J’ai ici quelque peu de grenade que M. l’Interprète m’a mis entre les mains au moment même où je prenais congé de lui ; il m’a donné aussi un flacon de liqueur et un rayon de miel.

Miséricorde : – Je présumais qu’il voulait vous donner quelque chose, quand il vous a appelée en particulier.

– Oui, dit une autre voix, il a eu vraiment cette bonté-là.

Christiana : – Quoi qu’il en soit, ce qui a été résolu arrivera : il faut que tu partages avec moi le bien que je possède, selon la promesse que je te fis dès le premier jour, quand nous quittâmes ensemble le pays ; car tu mis beaucoup de bonne volonté à devenir ma compagne !

Là-dessus, elle leur distribua de ses provisions. Puis, se tournant vers M. Grand-Cœur : Monsieur, lui dit-elle, ne voulez-vous pas faire comme nous ? à quoi il répondit : Vous autres, vous êtes obligés de continuer votre chemin, tandis que je vais bientôt m’en retourner. Vous avez là des mets excellents ; puissiez-vous en tirer un bon parti. Pour moi, quand je suis à la maison, je me nourris tous les jours de ces choses.

Quand ils eurent mangé et bu, et qu’ils eurent passablement causé entre eux, le guide remarqua que le jour étant sur son déclin, il était nécessaire de se préparer au départ. Ils se levèrent donc, et partirent. Les plus jeunes marchaient devant. Or, il était arrivé que Christiana avait oublié de prendre sa bouteille. Elle fut par conséquent obligée de l’envoyer chercher par l’un de ses garçons. Ici, Miséricorde remarqua que le lieu était loin de leur être favorable. C’est là, dit-elle, que Chrétien perdit son témoignage, et c’est encore là que Christiana vient de perdre sa bouteille. Elle s’adressa ensuite au guide pour savoir ce qu’il en fallait conclure.

Grand-Cœur : – C’est dans le sommeil et dans l’oubli qu’il faut chercher la cause de tous ces tourments. Quelques-uns dorment quand ils devraient veiller, et d’autres oublient quand ils devraient garder le souvenir. C’est là ce qui explique pourquoi quelques voyageurs sont souvent en retard pour certaines choses, après avoir été à leur aise dans des lieux comme celui-ci. Les pèlerins devraient sans cesse veiller et se rappeler ce qu’ils ont déjà reçu dans leurs moments les plus heureux. C’est souvent parce qu’ils ont été négligents sur ces points que leur joie se change en tristesse, et leur sérénité s’assombrit : témoin la circonstance de Chrétien en ce même endroit.

Dès qu’ils furent arrivés au lieu où le Timide et leDéfiant étaient venus à la rencontre de Chrétien pour l’engager à rebrousser chemin par la crainte des lions, ils aperçurent une espèce de potence devant laquelle était dressée une enseigne portant cette inscription :

Que celui qui vendra à passer par ici
Prenne garde à son cœur et à sa langue,
De peur qu’il ne lui arrive
Ce qui est arrivé à plusieurs en d’autres temps.

Les paroles qui se lisaient au dessus de l’enseigne, étaient celles-ci : « Cette potence a été élevée pour servir d’avertissement à tous ceux qui vont en pèlerinage, et leur rappeler que ce n’est pas impunément que quelqu’un refuse de poursuivre son chemin par motif de défiance ou de timidité. C’est ici que le Timide et le Défiant furent punis en ayant la langue brûlée avec un fer chaud, pour avoir voulu empêcher Chrétien de poursuivre son voyage. »

Tout cela, dit Miséricorde, a certainement beaucoup de rapport avec ce langage du Bien-aimé : « Que te donnera, et à quoi te profitera la langue trompeuse ? Ce sont des flèches aiguës tirées par un homme puissant, et des charbons de genièvre. » (Psa.120.3-4)

Cependant ils continuèrent à marcher jusqu’à ce qu’ils se trouvèrent à la vue des lions. Or, M. Grand-Cœur était un homme fort, en même temps que courageux ; en sorte qu’il n’avait pas à redouter l’approche des lions. Malgré cela, les enfants qui s’étaient le plus avancés du lieu occupé par ces bêtes féroces, se hâtèrent de rebrousser chemin, car ils étaient tout épouvantés. Ils s’en retournèrent donc bien vite, et se placèrent derrière les autres.

Sur cela le guide leur dit en souriant : Voyez donc, mes enfants, comme vous aimez à vous mettre en avant lorsque vos yeux n’aperçoivent aucun danger, et combien vous aimez à rester en arrière dès que les lions paraissent devant vous !

Puis, M. Grand-Cœur voulant frayer la voie aux pèlerins, tira son épée comme pour défier les lions. Mais, comme ils allaient en avant, il survint tout à coup un individu qui paraissait vouloir faire cause commune avec les lions. Il s’adressa au guide en ces termes : Dans quelle intention es-tu venu ici ? Cet homme était Sanguinaire surnommé le Rechigné. Il appartenait à la race des géants, et en voulait à la vie des pèlerins. Le guide, indigné de ses arrogantes paroles, lui répondit en ces termes :

– Ces femmes et ces enfants vont en pèlerinage, et c’est ici le chemin qu’ils doivent suivre, et ils le suivront malgré toi et tes lions.

Sanguinaire : – Ce n’est pas ici le chemin, et je leur défends d’y passer. Je suis venu dans l’intention de m’opposer à eux ; c’est aussi pour cela que j’ai pris le parti des lions.

Pour dire la vérité, le chemin était devenu, en quelque sorte, impraticable. Depuis longtemps il était si peu fréquenté à cause du rugissement des lions qu’il avait fini par se couvrir d’herbes et de broussailles, ce qui le rendait méconnaissable.

Christiana : – Quoique les grands chemins du Roi soient depuis longtemps déserts, et que les voyageurs aient été, dans les siècles passés, induits à prendre des voies détournées, ce n’est pas une raison pour que les choses marchent de cette manière, maintenant que « j’ai été suscitée pour être mère en Israël. » (Juges.5.6-7)

Cet homme de sang, ayant juré par les lions qu’il en serait toujours ainsi, les invita encore à se détourner, et leur déclara que le passage était absolument interdit. Là-dessus le guide se disposa à l’attaquer, et commença par lui porter un coup d’épée ; il fit si bien que, du premier coup, il obligea son adversaire de battre en retraite.

– Veux-tu donc me tuer sur mon propre terrain ? s’écria alors celui qui faisait cause commune avec les lions.

Grand-Cœur : – Nous sommes dans le sentier de notre Souverain, et c’est là que tu as eu l’audace de poster les lions ! Mais qu’importe ? ces femmes et ces enfants, tout faibles qu’ils sont, n’en poursuivront pas moins ce chemin, quels que soient les efforts que vous tentiez pour les en empêcher.

Cela dit, il dirigea sur lui un second coup, et le lui appliqua avec tant de force qu’il le fit tomber sur ses genoux, brisa son bouclier, et lui cassa un bras. Dès lors le géant se mit à rugir d’une manière affreuse, au point que les femmes en furent comme saisies de frayeur ; cependant elles éprouvèrent une grande satisfaction quand elles le virent étendu par terre. Or, les lions se trouvaient enchaînés ; de sorte qu’ils ne pouvaient rien faire par eux-mêmes. C’est pourquoi, lorsque le vieux Rechigné qui avait pris part à leur conspiration, ne donna plus aucun signe de vie, Grand-Cœur dit aux pèlerins : venez maintenant, et suivez-moi, car il ne vous arrivera aucun mal.

Ils se mirent donc à marcher tous ensemble ; mais les femmes tremblaient de tous leurs membres quand elles vinrent à passer à côté des lions ; les enfants aussi pâlirent comme la mort. Quoi qu’il en soit, ils passèrent tout près d’eux sans en recevoir aucun mal.

Références bibliques

Psa.120.3
Que te donnera-t-il et qu’y ajoutera-t-il,
Langue perfide ?

Juges.5.6
Aux jours de Samoar, fils d’Anath,
Aux jours de Jaël, les routes étaient abandonnées,
Et les voyageurs prenaient des sentiers détournés.

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