Roman, Sylduria

Sylduria (IV) – Ligérie (16)

Chapitre XVI
Sandra

 

 

Sandra avait pris Félixérie sous sa protection. Celle-ci, d’ailleurs, répugnait à manifester la moindre amitié à cette guerrière qui se montrait si cruelle envers ses ennemis, mais elle comprenait bien que, dans la jungle où elle avait échoué, il valait mieux avoir la force de la « Teigne » de son côté.

Sandra commença par lui faire visiter les lieux et lui présenter quelques personnes. Félixérie se souvenait du magnifique monument, de la jolie chapelle, des galeries somptueuses qu’elle avait pu admirer autrefois, par une journée ensoleillée. Elle ne put s’empêcher de poser la question :

« Comment Chambord est-il parvenu dans un tel état de délabrement ?

– Thanatos n’accepte pas que le peuple ait accès à la culture. C’est la raison pour laquelle il est allé chercher tous les voyous de Ligérie pour saccager les châteaux de la Loire.

– Ce bonhomme est complètement disloqué du cerveau ! »

Tout en marchant, Sandra portait autour du cou son lourd fléau d’armes. Elle portait aussi à son ceinturon un long poignard au pommeau en forme de crâne.

On entendait au loin des chants apaisants accompagnés par les guitares. Ils provenaient d’un grand chapiteau blanc, fiché au beau milieu du parc.

« Qu’est-ce que c’est ?

– Ce sont les gitans. »

Les deux filles s’approchèrent. On n’entendait plus de musique, mais seulement des éclats de voix, dans une langue incompréhensible.

« Mais tout le monde se dispute, là-dedans !

– Mais non ! Ils font toujours comme ça. Ils célèbrent un culte à Baro Dével. »

La pluie commençait à tomber, coupant court à la visite. Sandra conduisit sa jeune protégée dans son appartement.

« Il faut que tu comprennes que tu n’es pas ici en vacances. Si tu veux rester avec nous, il faudra que tu rejoignes la Salamandre, et que tu participes à notre lutte contre la tyrannie. Est-ce que tu sais te battre ?

– J’ai déjà occis un type à coup de clarinette.

– J’ai peur que cela ne soit pas suffisant. Assieds-toi là et cale ton coude sur la table.

– Mais pourquoi ?

– Fais ce que je te dis. »

Sandra s’assit en face d’elle, le coude sur la table, la mitraillant de ses yeux maquillés à la Cléopâtre. Félixérie avait compris le défi. Considérant avec crainte le bras épais de son adversaire, et plaçant sa main dans la sienne, elle offrit une résistance de principe. En trois secondes, son avant-bras était immobilisé contre le bois.

« Tu as encore du chemin à faire si tu veux devenir une vraie salamandre. Tu sais ce que c’est que ceci ?

– Une boule de pétanque ? »

Sandra avait saisi une sphère de métal qu’elle faisait rebondir dans sa main.

« Je t’apprendrai à t’en servir. Avec ceci dans ma fronde, je t’explose la tête d’un bonhomme à trois cents mètres. Il faudra que tu saches manier toutes nos armes. Quand j’aurai fini ta formation, tu seras capable de tuer ton adversaire à mains nues.

– C’est gai ! Je sens que je vais me plaire chez vous.

– Si tu veux faire ta chochotte, tu n’es pas obligée de rester. Tu peux t’en aller quand tu veux. Seulement, nous sommes bien renseignés, à Chambord. Nous savons que notre amie Laure Anjade est passée chef de la police impériale, et qu’elle ne t’a pas particulièrement à la bonne. »

Puisque nous en parlons, à la caserne de la police impériale, justement, les officiers se tenaient tous au garde-à-vous, face au colonel Anjade qui dirigeait la cérémonie des couleurs. Peut-on d’ailleurs parler de couleurs, sachant que le drapeau ligérien est totalement noir, tout comme le cœur du divin empereur vénéré.

Le lieutenant Jade regardait avec admiration sa collaboratrice qui avait si bien su s’élever dans la stratosphère de la hiérarchie. Il espérait de tout son cœur qu’elle ne l’oublierait pas et lui donnerait un petit coup de pouce pour passer capitaine.

Quant à Laure, elle n’en avait cure. Elle observait, les yeux chargés de mépris et de vengeance, le commandant Mulot qui tirait la ficelle pour faire monter le rectangle de tissus.

« Attends un peu, mon petit bonhomme ! Tu m’as assez fait crapahuter ! À chacun son tour. Si tu ne connais pas la machine à éplucher les patates, je t’apprendrai à t’en servir. »

Sigur avait à nouveau écouté le Poème de l’Extase. Il l’écouta une troisième fois. Il écouta aussi le Poème du Feu. La musique de Scriabine l’avait totalement conquis. Lui qui prétendait, à juste titre, avoir l’esprit ouvert à presque tous les genres, avait déjà tout oublié de sa culture musicale. À peine sorti du lit, il se brossait les dents en écoutant Scriabine. Sitôt rentré du travail, il écoutait Scriabine jusqu’à tard dans la nuit et allait se coucher avec regret. D’ailleurs, il n’eut bientôt plus la patience d’attendre la fin de sa vacation et amena ses écouteurs à l’usine, malgré la réprobation de ses collègues et de son chef. L’univers musical qu’il venait de découvrir lui procurait une sorte d’ivresse. Grâce à lui, la joie avait envahi son cœur de façon permanente. Le vide provoqué par l’absence de Félixérie avait été comblé.

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