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Sur la route de Bethléhem (réponse au défi Scrabble, par Eve Alpi)

Ce petit texte est une réponse au défi d’écriture de l’auteure Gwen. D, qui consiste à composer un texte court (nouvelle, poème, scénette…) en utilisant des mots imposés. Les mots qu’il faut placer (avec l’orthographe exacte !) sont en gras. Ce sont en fait les mots… de la dernière partie de Scrabble de Gwen ! N’hésitez pas à participer vous aussi.

La jeune femme se mit debout et secoua sa jupe pour en retirer les brins d’herbe et la poussière du chemin. Elle s’étira en gémissant.

– Comment tu fais pour tenir le coup ? Moi j’ai mal de partout. J’ai l’impression d’avoir été bâtonnée comme les épis, après la moisson.

Naomi lui sourit, amusée.
– On dit « battue », mais je comprends le sens.

La jeune femme se pencha pour aider sa belle-mère à se relever.
– Fin d’la pause ! Faut s’bouger si on veut trouver une auberge avant la nuit.

Elle étaya sa compagne de voyage à l’aide de son bras vigoureux.

Naomi ne se plaignait jamais, mais Ruth, sa belle-fille, remarquait combien ces derniers jours avaient été éprouvants. Rentrer au pays à pied n’était pas une mince affaire. La fatigue et l’usure avaient fini par vider Naomi de toute son énergie. Bouleversée et rendue amère par le triple deuil qui l’avait frappée, la pauvre veuve n’était plus la même. L’insouciance fuit devant la tristesse et le périple. Seule Ruth, la jeune femme pleine de courage qui l’accompagnait, lui donnait la force et l’envie de continuer. Elle essaya de se montrer positive :

– Plus que deux ou trois jours de marche… Dans trois chants du coq, nous apercevrons les collines de Sion.

– J’me fiche des coqs, ce que j’veux, c’est me trouver un job tranquille, avec des horaires fixes et un salaire en or. La vie d’un kan, quoi !

Naomi rit de bon coeur. Hélas, comme la marche et le rire ne font pas bon ménage, elle fut prise d’une quinte de toux et se mit à haleter. Ruth lui redonna de l’énergie.

– Vé ! Il y a un village là-bas !

– On dit « regarde », mais tu as raison, je vois le clocher d’une église. Nous ne sommes plus très loin. J’espère que nous allons dégoter une bonne chambre pour nous reposer.
– Toi, tu te reposeras ; moi, j’irai glaner de quoi becter quelque chose.

Elles continuèrent la marche, tout en fixant le clocher qui se rapprochait peu à peu.

– J’t’ai raconté quand j’peignais la Doria ?
– Tu étais coiffeuse, Ruth ? Je ne le savais pas. Ce devait être bien avant de rencontrer mon fils…
– Non, pas coiffeuse, j’ai peint la nef du temple Doria. Mon oncle avait tout un tas de pots de peinture ocre, j’écoulais le stock en recouvrant le plafond, et lui peignait les décorations, les arabesques et les archanges.
– Tu es donc une artiste !
– C’est mon oncle l’artiste ! Moi je veillais surtout à ce qu’il ne tombe pas de l’échafaudage. Quand je voulais qu’on nous aide à descendre, je faisais intervenir le bipeur.
– Un bipeur ? Qu’est-ce donc ? Un instrument émettant un signal sonore ?
– Pas du tout ! C’est le nom que je donnais au petit Bill, l’apprenti qui nous faisait descendre. Il était toujours mort de trouille et criait : « Bill, peur ! »… Enfin, bref, tout ça pour rien. Ils nous ont payés en wons et nous n’avons rien pu en faire. Mon oncle aurait dû lire le contrat avant de signer. Il les supplia, en expliquant qu’il n’avait pas l’intention de voyager… Pour finir, il se mit en colère et les haït.
– Ce qu’ils ont fait est malhonnête !
– T’as raison, mais comme dit le proverbe…

Elle cita un vieux proverbe moabite :
– « Hier, tu engluas une poule, aujourd’hui, tu ne mangeras point d’œuf. »
– Je ne comprends pas…
– Je t’explique. Ils se sont moqués de nous, mais deux ans après, la peinture ocre ne tenait pas et la fresque s’écaillait. Ils se sont plaints à mon oncle en réclamant une restauration. Il a fait encore mieux, il les a remboursés !
– Tu veux dire qu’il leur a rendu les wons qui ne lui servaient à rien ?
– Oui ! Ils se sont fait avoir comme le cochon le jour de la foire au jambon !

Naomi hoche la tête en souriant.
– Quand les gens de Bethléhem te verront, ils vont t’adorer !
– Je crois que vous n’adorez que Dieu !
– Tu as raison ! Pourtant, chaque fois que tu vas ouvrir la bouche, mes amis vont tomber sous ton charme.
– Naomie, je t’ai promis que ton pays serait mon pays, y a pas de problème ! Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera Le Dieu de ma vie, mais pour ce qui est de l’hébreu, pour moi, c’est aussi difficile à parler que si c’était du wu ! On l’sait, mon jargon est scrabble !

– Euh… tu veux dire exécrable ? Moi, je dirais plutôt « scabreux » !

Ève Alpi

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