Rois, Soldats et Prophètes, Théâtre

Naaman (12)

ACTE V (suite)

Scène IV

GUÉHAZI – NAAMAN – LÉA – ÉLISÉE

GUÉHAZI
Dieu ! Je n’attendais pas à l’instant le prophète.

LÉA
Guéhazi, mon petit, voici venir ta fête !

ÉLISÉE
J’attends une réponse : Guéhazi, que fais-tu ?

GUÉHAZI
Maître, pour te servir j’ai toujours combattu.
Depuis que je te sers, et depuis mon enfance,
Sans faillir j’ai acquis ta pleine confiance
Et c’est pour t’assister que je vaque en ce lieu.
Je suis comme toi-même au service de Dieu
Et c’est de tout mon cœur, avec persévérance…

ÉLISÉE
Prends garde, Guéhazi, d’user ma patience,
Et réponds : qu’as-tu fait, voleur, à mon insu ?

GUÉHAZI
Moi ? Voleur ? Mais Seigneur…
(à part)

                                               Mais comment a-t-il su ?
(à Élisée)
Mon maître, je te sers d’un zèle véritable
Et tes soupçons vraiment me sont insupportables.
Je suis traité céans comme un vil malfaiteur,
Ayant toujours été intègre serviteur.
De ma soumission voici donc le salaire !
Les termes font défaut à mon vocabulaire
Pour exprimer enfin mon indignation.

LÉA
Quel aplomb ! Quelle audace ! Congratulations !
Voici, n’en doutons point, le prince des canailles
Et ce maraud, ma foi, mérite une médaille.

ÉLISÉE
Crois-tu que mon esprit se tenait loin de toi
Lorsque tu pratiquais ton commerce sournois ?
N’as-tu craint un instant que mon Dieu ne révèle
Que tu fais ton profit des grâces éternelles ?
La grâce, tu le sais, ne se négocie point
Et tu bafoues le nom du Père et de son oint.
Voici ce que déclare l’Eternel sur ton compte :
À toi le jugement, à toi aussi la honte,
À toi le déshonneur, la peine et le tourment,
À toi la lèpre enfin reçue de Naaman.

GUÉHAZI
Enfer ! je suis maudit, que Dieu me le pardonne,
La lèpre est sur mon corps, la force m’abandonne.
(Il sort précipitamment.)

Scène V

NAAMAN – LÉA – ÉLISÉE

ÉLISÉE
Le fourbe est confondu, te voilà donc guéri.

NAAMAN
Le fleuve au beau rivage, objet de mon mépris
M’accorde un corps nouveau par son eau claire et pure.
Par mon dédain pourtant, je lui ai fait injure.
L’Amana, le Parpar n’auraient pu me laver,
Du mal et de la mort moins encor me sauver.
Oui, je bénis ce fleuve aux ondes vertueuses
Qui soulage mon corps et rend mon âme heureuse.

ÉLISÉE
Ami, cette eau n’a pu t’accorder un tel don
Car ce n’est qu’un ruisseau sale et nauséabond,
Mais tu fis néanmoins preuve de confiance
Plongeant dans le Jourdain, marque d’obéissance.
Au fleuve d’Israël tu t’es trempé sept fois,
Manifestant ainsi l’espérance et la foi.
L’Éternel Dieu, voyant ta misère profonde,
L’Éternel t’ordonna de t’immerger dans l’onde.
Aucun fleuve, aucune eau ne pouvait te guérir,
Mais Dieu seul a le droit de te laisser périr
Ou t’offrir son pardon et t’accorder la vie.
Quel amour merveilleux ! Aussi je te convie
Sans crainte à l’accepter pour maître et pour Seigneur.
Abandonne Rimmon, deviens son serviteur,
Brûle tes dieux de bois, brise tes dieux de pierre,
Vers le Dieu des Armées élève ta prière.
Dis-lui : « Pardonne-moi car je suis un pécheur.
Tu as guéri ma chair, alors guéris mon cœur. »
Car lui seul, de ses mains, a façonné la terre,
Il a pétri ton corps issu de la poussière.
Mon Dieu t’accueillera dans son sein paternel
Et t’ouvrira ses portes au royaume éternel.

NAAMAN
Je ne puis en effet dénier l’évidence
Et je vois se briser toute ma résistance.
Chaque jour j’ai servi Rimmon, ce dieu cruel,
Lui offrant des présents d’or, d’encens et de miel.
J’avais sur lui fondé toute mon espérance,
En retour de ma foi j’ai trouvé la souffrance.
Rimmon ne m’inspirait que craintes et terreur,
Il voulut m’écraser du poids de sa fureur.
Mais le Dieu de Léa, mais le Dieu d’Élisée
A noyé dans les eaux mon angoisse brisée.
Tu disais vrai, Léa, c’est lui le seul vrai Dieu,
L’unique créateur de la terre et des cieux.
Je crois en lui.

LÉA
                        Mon maître et frère, quelle joie !
Ensemble nous courrons sur l’éternelle voie.

NAAMAN

Ma vie s’est transformée car j’ai choisi d’aimer
Celui qui m’a sauvé, je veux le proclamer.
J’aime le Dieu des Juifs, il me rend à la vie,
Et j’aime le Jourdain, et j’aime Samarie.

LÉA

Déjà, tu appartiens au peuple d’Israël.
Échangeons, s’il te plaît ce baiser fraternel.

NAAMAN
Léa, tu ne peux plus demeurer mon esclave.
C’est toi qui de tes mains as brisé mes entraves.
Mon cœur et mon esprit gémissaient dans les fers
Et sous mes pieds déjà s’entrouvraient les enfers.
Léa, tu m’as guidé loin du séjour funeste
Et m’as montré la voie des plus beaux lieux célestes.
Retourne en Samarie, sois libre désormais,
Retrouve en ta patrie ceux que ton cœur aimait.
Je ne t’oublierai pas.

LÉA
                                Te quitter, mon bon maître ?
Dois-je t’abandonner, loin de toi disparaître ?
J’ai revu Samarie, mon Dieu m’a exaucé,
J’ai revu mon pays et j’en ai vu assez
Pour me rendre à Damas le cœur plein d’allégresse.
J’ai revu le Jourdain, nul désir ne me presse.
Permets-moi, je te prie de poursuivre avec toi
Le chemin de la vie. Garde-moi sous ton toit.
Ne puis-je accompagner Farika, ton aimée
Lorsque tu partiras, commandant ton armée.
Oui, j’aime ton service et j’aime ta maison,
Je veux te suivre encore, telle en est la raison.

NAAMAN
Esclave tu partis, tu reviens libérée,
Tu ne partiras pas les chevilles ferrées.
Ta perte aurait rempli mon âme de douleur.

LÉA
De ton foyer je vois s’approcher la chaleur.

ÉLISÉE
Puisse Dieu vous garder durant ce long voyage,
Puisse-t-il, Naaman te rendre juste et sage.
Sois bénie pour toujours, jeune enfant d’Israël,
Saisis ta liberté pour servir l’Éternel.
Par ta sagesse instruis cette nouvelle vie.
La paix soit sur Damas, shalom sur la Syrie.

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© 2019 Lilianof

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