Ados, Enfants, Théâtre

Les petits gâteaux de Noël (1/4)

Acte 1 – A Paris

Personnages :

1.    ERINO DAPOZZO (ado/jeune)                             
2.    MME DAPOZZO (ado/jeune)                               
3.    OFFICIER (ALLEMAND) 1 (ado/ jeune)                
4.    OFFICIER (ALLEMAND) 2 (ado/jeune ou ED)       
5.    OFFICIER (ITALIEN) 3 (ado/jeune ou ED)             
6.    MEDECIN MILITAIRE (ado/ jeune)                       
7.    ENFANT 1 : MARTHE (ED)                                    
8.    ENFANT 2 : CLAIRE (ED)                                       
9.    ENFANT 3 (ED)                                                     
10.  NARRATEUR

(si besoin, possibilité d’ajouter un enfant)

Si vous voulez connaître l’histoire entière, vous la trouverez sur www.dappozzo.com. J’ai gardé autant que possible le texte original. Certaines parties sont des transcriptions littérales de l’enregistrement d’Erino Dappozzzo. Nous avons joué cette pièce pour la fête de Noël de l’église avec les enfants de l’école de dimanche et les jeunes.

Décor :
Une table, quelques chaises, assiettes, gobelets, coussin, couverture ; un calendrier
L’un des officier porte un fusil/mitrailleuse (en bois, en carton, etc.)
A ce moment, Marthe avait 5 ans et Claire 4 ans, mais pas obligé de respecter les âges !

NARRATEUR
     (Tout est encore sombre)

Peut-être connaissez-vous déjà Erino Dapozzo… Sinon, vous ferez bientôt connaissance. J’aime écouter, réécouter ses témoignages, son accent, son humour, sa joie de vivre et surtout sa passion pour l’Evangile, pour Jésus-Christ. C’était un homme qui aimait vraiment Dieu et provoquait des histoires exceptionnelles par son attitude.

C’est une de ces histoires que nous allons vous raconter ce soir. Nous l’avons tirée d’un enregistrement de Dapozzo lui-même et même si vous ne l’avez encore jamais entendue, vous reconnaîtrez sans peine sa voix dans les quelques extraits que nous avons sélectionnés pour vous.

Mais revenons un peu en arrière… Erino Dapozzo est né en 1905. Il est Italien, originaire de Gênes. Par manque de travail en Italie, son père est venu en Suisse et la famille Dapozzo s’est installée à Moutier. C’est là qu’Erino est né et qu’il a grandi avec ses quatre frères, grandi dans la pauvreté. Devenu adulte, il s’est marié à une fille du pays du nom de Marguerite, mais c’est en France, près de Paris, qu’ils sont partis habiter. Erino Dapozzo évangélisait à côté de son travail. Puis est venue la Deuxième Guerre Mondiale, l’occupation allemande…

Nous voilà parti pour une véritable aventure, mais surtout, pour une histoire vraie !

La lumière s’allume. La famille Dapozzo est à table (Erino, Mme, les 3 enfants).

En voix OFF, avec la voix de Dapozzo en personne (Piste : « Au bureau de la Kommandantur » 0 :20 – 1 :20 à peu près – voir retranscription ci-après)

« Quand Paris fut occupé par les armées allemandes en 40 – j’étais à cette époque à Paris avec ma famille – et je fus nommé, par le préfet de Versailles, en qualité d’aide-interprète auprès des autorités militaires d’occupation. C’est-à-dire, j’ai dû représenter auprès des Allemands, les Français de Paris sud et ouest, de la région, et je devais apporter aux autorités françaises les demandes des Allemands. C’était très, très désagréable. Mais on ne pouvait pas vraiment passer outre. Il fallait quelqu’un de ce genre-là. Et comme je connaissais la langue allemande et ma compagne aussi, on a donc fait ce ministère – un ministère et non pas un travail d’interprète, un ministère – et par ce moyen-là, Dieu nous a fait la grâce de pouvoir sauver des centaines de personnes qui auraient ou bien été fusillées ou bien déportées en Allemagne. »

Calendrier : lundi
Soudain, on frappe à la porte. Tous se lèvent. Au fil de la discussion, les enfants se resserrent, apeurés.

OFFICIER ALLEMAND 1
     (Sévère) Monsieur Dapozzo ?

DAPOZZO
     (Souriant) C’est moi !

OFFICIER ALLEMAND 2
     (Mordant) Vous êtes italien, n’est-ce pas ?

DAPOZZO
     (Calme) Certainement, oui.

OFFICIER ALLEMAND 1

     (Triomphe méchant) Votre place est donc sur le front ! Suivez-nous !

DAPOZZO
     (Abasourdi) Sur le front ?

OFFICIER ITALIEN 3
     (Sarcastique) Vous n’êtes pas sans ignorer que le grand Duce…

DAPOZZO
     (Froid) Vous voulez parler du dénommé Mussolini qui a pris la tête de l’Italie ?

OFFICIER ITALIEN 3
     (Regard glacial) … que le Grand Duce (emphase) s’est allié avec notre Führer à tous.

MME DAPOZZO
     (Au public) Adolphe Hitler un guide ? Un guide de perdition, oui !

DAPOZZO
     (Poli, calme) Messieurs, je suis chrétien, évangélique, né de nouveau[1]. Je ne peux en aucun cas m’associer à cette guerre anti-juive. (Puis résolument, de voix forte) Je ne marche point !

OFFICIER ALLEMAND 1
(Amusement méchant) Vous ne marchez point ? (Puis sévère) Vous le payerez de votre vie…[2]

DAPOZZO
     (Calme, résolu) Comme vous voudrez[3], mais je ne marche point.

MME DAPOZZO
     (Bien haut) Tu as bien répondu. Je te remercie.

OFFICIER ALLEMAND 2
     (Cassant) Vous avez huit jours pour vous présenter à la Kommandantur à Paris. Samedi prochain, dernière limite !

Les officiers partent, la famille Dapozzo se retrouve seule. Les enfants, inquiets, entourent Mme Dapozzo. Erino Dapozzo s’assoit sur une chaise et se prend la tête entre les mains et réfléchit.

DAPOZZO
     (Soucieux) Il m’est vraiment impossible de m’engager dans cette guerre dirigée contre le peuple juif ! Il ne reste que huit jours… Que vont devenir ma femme et mes enfants ? (Attendri) Ma femme… (Admiratif) Elle en a du cran ! Ça c’est de l’amour…

Mme Dapozzo rejoint son mari. Les enfants restent entre eux.

ENFANT 1
     Vous avez entendu ce que les soldats ont dit ?

ENFANT 2
     Qu’est-ce qu’on peut faire pour sauver Papa ?

ENFANT 3
     Réfléchissons… Nous trouverons bien une idée.

ENFANT 1
     Si Papa se cachait quelque part…

ENFANT 2
     Ça ne me plait pas trop, Marthe, ils vont le chercher…

ENFANT 3
     C’est vrai… (Après un moment de réflexion) Et si nous partions tous ensemble ? Comme quand on allait en vacances ?

ENFANT 2
     C’est encore plus dangereux !

Tous les trois réfléchissent en regardant leurs parents.

MME DAPOZZO
     Tu as été courageux de leur dire non. Je suis fière de toi.

DAPOZZO
     Mais que faire, maintenant ?

MME DAPOZZO
     Il n’y a rien d’autre à faire, sinon prier…

Les enfants recommencent à discuter.

ENFANT 2
     C’est juste, il faut prier pour Papa !

ENFANT 3
     Dis, Claire… Si on prie, Dieu, il va nous écouter ?

ENFANT 2
      C’est sûr !

ENFANT 3
     Et qu’est-ce qu’on demande à Dieu ?

Instant de réflexion. Pendant ce temps, Mme Dapozzo dresse la table (qq assiettes en carton, qq gobelets par ex.)

ENFANT 1
     Je sais ! J’ai trouvé !

ENFANT 3
     Quoi ?

ENFANT 2
     Dis-le nous vite, Marthe !

ENFANT 1
     Il faut que Papa tombe malade !

ENFANT 3
     Malade ?

ENFANT 2
     Mais oui, tu as raison ! Si Papa est malade, il ne peut pas partir pour la guerre !

MME DAPOZZO
     Les enfants, à table !

Les enfants se mettent rapidement à table. Tous joignent les mains pour prier.

DAPOZZO
     Merci mon Seigneur et mon Dieu, parce que tu prends fidèlement soin de nous. Nous te remercions pour ces aliments et te prions de nous venir en aide. Amen.

ENFANT 1
     (Bien fort) Seigneur Jésus, accorde la grâce que Papa tombe malade. Amen.

Tous redressent la tête et se regardent avec surprise, puis espoir. On tire le rideau ou le paravent. On débarrasse la table, on y met un oreiller et une couverture (pour la transformer en lit). Dapozzo s’y couche. Calendrier : jeudi. On ouvre le rideau ou le paravent)

MME DAPOZZO
     (Inquiète) Qu’est-ce que tu as ? Tu ne te sens pas bien ?

DAPOZZO
     (Radieux, mais faible) Je me sens tellement mal ! (Il tousse).

MME DAPOZZO
     Je vais prendre ta température… Tu as 40 de fièvre !

DAPOZZO
     Alléluia ! (toux) Alléluia !

MME DAPOZZO
     Quel bonheur !

ENFANT 2
     (Joyeux) Papa est malade ! Papa est malade !

ENFANT 3
     Hourra !!!

ENFANT 1
     Jésus a répondu à notre prière !

MME DAPOZZO
     (Souriante) Eh oui ! Dieu aide comme ceci ou comme cela, au temps convenable.

DAPOZZO
     (Souriant) J’aurais volontiers 45 de fièvre ! (toux)

MME DAPOZZO
     (Avec humour) Cette fois-ci, nous n’allons pas prier pour la guérison !

TOUS EN CHŒUR
     Oh non !

Calendrier : samedi. On frappe à la porte. Mme Dapozzo va ouvrir. Les trois officiers sont là avec la mitraillette (en bois ou en carton, etc. évidemment, le but n’est pas de faire peur

MME DAPOZZO
     (Polie) Bonjour Messieurs.

OFFICIER ALLEMAND 1
     (Froid) Nous sommes samedi et votre mari ne s’est pas présenté à la Kommandantur. Nous venons le chercher.

Les enfants s’approchent doucement.

MME DAPOZZO
C’est qu’il est malade.

OFFICIER ITALIEN
Malade ? Vous êtes certaine ?

MME DAPOZZO
     Venez le constater par vous-mêmes !

ENFANT 3
     (D’une voix forte et claire) Il est au dodo !

Tous viennent au pied du lit. Les trois officiers tâtent le front de Dapozzo.

OFFICIER ALLEMAND 2
     Il est brûlant, y a pas à dire…

OFFICIER ITALIEN 3
     Il doit avoir au moins 40 de fièvre… Qu’est-ce qu’il faut faire ?

OFFICIER ALLEMAND 1
     Allez chercher un médecin. Vite !

Les officiers 2 et 3 partent. Ils reviennent bientôt avec le médecin. Ils parlent – l’officier italien gesticule – mais on n’entend pas ce qu’ils disent.

OFFICIER ALLEMAND 1
     Bonjour, Monsieur le docteur ! (Désignant Dapozzo) Voici notre homme…

Le médecin l’ausculte avec un stéthoscope, marmonne (les trois officiers sont autour et l’observent, tenant la mitraillette bien en évidence). Il se redresse.

LE MEDECIN
     Cet homme a une congestion pulmonaire.

OFFICIER ALLEMAND 1
     (Dubitatif) Ah oui ?

LE MEDECIN
     (Sérieux) Il est gravement malade. Il doit rester au lit. (Les trois officiers se regardent – il ajoute avec autorité) Je l’ordonne !

Les trois officiers se retirent. Le médecin serre la main de Dapozzo en lui faisant un clin d’œil. Il serre aussi la main à Mme Dapozzo, fait un signe de la main aux enfants et s’en va.

MME DAPOZZO
     Ce médecin allemand est quelqu’un de bien.

DAPOZZO
     (Avec conviction) Je suis même sûr qu’il est chrétien !

Transition

NARRATEUR
Grâce à son ministère de traduction, Erino Dapozzo avertit les gens menacés de déportation et sauve un nombre considérable de personnes. Parmi elles, se trouve un homme. A cause de la jalousie qu’il lui voue, son propre fils dénonce Dapozzo aux autorités allemandes. Erino Dapozzo est bientôt père de quatre enfants et son statut familial le fait échapper de justesse à la peine capitale. Mais il est condamné à être déporté dans un camp de prisonniers en Allemagne…

VOIX OFF DE DAPOZZO
(Un matin de 1940. Le chef de camp. 7 :24 – 7.58 – voir retranscription) « Je me souviens très bien quand on m’a déporté en Allemagne, quand on m’a enlevé de Paris, loin de ma famille, dans des wagons à bestiaux, je savais très bien : « L’Eternel est mon berger, il me conduit en Allemagne ». Moi j’ai jamais pensé que c’était pas juste. Mais non ! Puisque nous sommes dans sa main et qu’on a un bon berger, il ne fait pas de faute, il sait très bien de quoi on a besoin. Puisqu’il me conduit en Allemagne, ça va bien ! Et je savais très bien que le bon Berger il avait du travail pour moi en Allemagne. Evangéliser dans les camps de concentration, c’est merveilleux. Là il y avait de la misère, là il y avait vraiment du souci. »

Dapozzo monte dans le « train » (train bricolé)

CHORALE
            (JEM 264 – ou un autre…) L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages. L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me dirige près des eaux paisibles, il restaure mon âme. L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me conduit dans les sentiers de la justice à cause de son nom. Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, car tu es avec moi.


[1] L’expression « né de nouveau » est très chère à Dapozzo

[2] J’ai adouci le terme « fusillé » pour ne pas choquer les petits enfants.

[3] Idem. L’original dit « D’accord, je me laisse fusiller, mais je ne marche point »

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