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Le tournant

Des tours de pédale en cascade, d’une grande violence. Mes articulations craquent, la mécanique se soumet. Je suis malmenée plusieurs heures par jour, à cause d’une déesse nommée performance. Mon cadre est léger, le pédalier fonctionne à son efficacité extrême. La chaîne huilée obéit sans rechigner aux demandes du dérailleur.

Et qui donc est aux commandes, tenant le guidon de ses mains nerveuses, faisant corps avec sa monture ?

Moi, sa bicyclette, je cache mes sentiments devant la détermination de celui qui m’enfourche, –  un forcené, vous dis-je – je me garde de laisser paraître une quelconque émotion.

Servir, toujours servir. Par toutes les météos, s’activer au dehors. Battre des records, être au top chrono de la vitesse et de l’endurance. J’ai quelquefois envie de me plaindre…

Mais voilà que des sons plaintifs me parviennent. Stoppe la course ! Telle l’ânesse de Balaam, que j’aimerais être dotée de la parole, alors que les tours de roues se succèdent ! S’arrêtera-t-il enfin ? Les sons deviennent plus faibles à mesure que nous nous éloignons.

Soudain, les pneus crissent, les freins crient. Un demi-tour complet me fait pencher dans le virage. J’entends son souffle haletant, je sens une nouvelle impatience. Mon cavalier se presse pour une nouvelle cause, vole au secours de l’auteur des sons plaintifs. Il s’approche de l’enfant en sanglots. Avec des gestes doux, presque tendres, il bande le genou ensanglanté. Délicatement, il a posé l’accidenté sur la selle, et le maintient d’un bras vibrant de sollicitude. De sa main gauche dans laquelle le sang et les larmes se sont mêlés, il saisit la poignée et nous pousse en avant, moi et le précieux chargement. J’entends son cœur cogner dans sa poitrine tandis que les pas se succèdent au sol. Le coureur cycliste, en un demi-tour, s’est transformé en bon samaritain.

Ma vie s’est métamorphosée. La hargne de celui qui veut gagner n’est plus. La détermination de celui qui m’enfourche est désormais réorientée. Aux itinéraires de grands défis sportifs se substituent des trajets dans les rues des quartiers. L’homme jusqu’ici solitaire a trouvé des frères. Le nouveau Chemin s’appelle Jésus. L’idole a été démasquée quand la Vérité de l’évangile s’est imposée. Mon pédaleur ne vit plus pour lui-même, c’est Christ qui est sa Vie. Je suis fière de servir mon nouveau maître qui sert le Maître de l’Univers.

Monique Elchinger

Ce texte a été écrit pour répondre au défi d’écriture #10 : Fais parler un objet

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