Babylone·Le Crépuscule du Dragon·Théâtre

Le Crépuscule du Dragon – Acte II (2)

Scène II

THÉOPHILE – PRISCILLE – ARIEL

ARIEL

Bon appétit, messieurs !

PRISCILLE

                                   Qui est-ce ?

THÉOPHILE

                                                     C’est Ariel.
N’as-tu point reconnu l’ange venu du ciel ?
Qu’il soit le bienvenu parmi tous les fidèles
Car son vol est porteur d’excellentes nouvelles.
Joignez-vous donc à nous. Partageons le festin.
Les corbeaux ont prévu même le chambertin.

ARIEL

Avez-vous oublié que je suis un archange ?
Nourri du pain de Dieu je ne bois ni ne mange
Je ne suis pas ici venu vous divertir.
Vous voici restaurés, je dois vous avertir.
Contre cet imposteur établi comme un juge
En ce val accueillant vous trouvâtes refuge.
C’était un port tranquille, un joyeux pays vert
Mais on vous a trahis, vous êtes découverts.
De tous les révoltés on connaît la cachette
Et de vos ennemis les compagnies sont prêtes.
Les criquets sont partis, arrivent les soldats,
Conduits comme autrefois par le traître Judas.
Fuyez !

THÉOPHILE

            Où nous cacher dans cet immense empire ?

ARIEL

Observez les corbeaux dressés pour vous conduire.
Ces volatiles noirs, impurs selon la Loi,
Emplumés d’obsidienne, obéissent au Roi.
Des serviteurs ailés observez le nuage
Et sans perdre un instant rassemblez vos bagages.

(Les dissidents avec vitesse, mais sans précipitation rassemblent vivres et bagages et suivent le vol des corbeaux. Aussitôt après leur départ, entre un groupe de soldats ayant à leur tête Apollos, Esther et le capitaine Hofmann.)

Scène III

APOLLOS – ESTHER – HOFMANN – Soldats

HOFMANN

C’est dans cette vallée que croupissent les rats
Méchants comme la peste ou bien le choléra.

ESTHER 

C’est charmant, par ici, bucolique campagne,
S’y cachent Théophile et sa fière compagne.

APOLLOS 

Oh ! Il y a quelqu’un ? Ne craignez rien, sortez.
C’est moi, c’est Apollos, je viens vous apporter
Quelques commissions, car j’ai fait des emplettes :
Du foie gras, du caviar, de quoi faire la fête.

HOFMANN

Personne ne répond.

APOLLOS 

                                 Ils ne sont pas gourmands.

ESTHER 

Attirez-les dehors, par d’autres sentiments.

APOLLOS 

Ohé ! Je puis entrer ? J’ai deux mots à vous dire
Et j’ai de bons récits qui vous feront bien rire.

ESTHER 

Il ne pousse en ce lieu que ronce et que chardon,
Ce pays déprimant me file le bourdon.
Qui voudrait demeurer dans cette plaine horrible ?
Terminons au plus tôt cette mission pénible ;
Menons à Dimitri ces félons capturés,
Cette chasse déjà n’aura que trop duré.

HOFMANN

Et vous, porte-fusils, remuez votre graisse !
N’allez pas décevoir votre noble maîtresse.

ESTHER 

Pour saisir ces serpents je suis venue de loin ;
Apollos, ai-je fait ce long voyage en vain ?

APOLLOS 

Nul ne les avertit que nous irions les prendre.
Ils sont tout près.

ESTHER 

                                   Puisse le diable vous entendre !

HOFMANN

Mes soldats sont partout, fouillant tous les recoins,
Des perfides rebelles ils n’en découvrent point.
Théophile est en fuite ainsi que sa Priscille,
Se rient de nos filets, glissent comme l’anguille.
Ne nous fatiguons pas à courre ces voyous.
Nous avons échoué, ils sont diantre sait où.

ESTHER 

Rentrons à Babylone, le serpent les emporte !
Incapable Apollos, méprisable cloporte,
Vous vouliez les sauver, les avez avertis
Vous êtes notre guide et nous avez menti.

APOLLOS 

Esther, ne croyez pas… Je jure sur ma tête…

ESTHER 

Croyez-vous que, portant la marque de la bête,
Vous avez le brevet d’intouchabilité ?
Qu’on ne peut vous punir ?

APOLLOS 

                                         Que Votre Majesté…

ESTHER 

Avec ces insoumis suspectés de commerce,
De nourrir en secret cette secte perverse,
Entre deux porte-glaive on vous fit amener.
Les chaînes aux poignets, par mes soins questionné,
Vous me fîtes l’aveu d’être de leurs complices
Et pour vous éviter quelque infamant supplice
Je vous ai proposé de me mener vers eux.
« Madame me prend-elle pour un lièvre peureux ?
– C’est ce que nous verrons, héros de pacotille.
Vous devriez parler avant qu’on vous étrille.
– Je ne suis pas un pleutre et non pas un félon ;
Pour trahir mes amis trouvez d’autres larrons.
Non ! La délation n’est pas dans ma nature
Et je ne dirai rien, même sous la torture.
– Votre forfait, jeune homme, il vous faut avouer.
Si vous demeurez coi je vous ferai rouer. »
Voilà qu’en un instant disparaît son courage,
Sa taille rétrécit, tout son corps est en nage,
Il faut le voir trembler, les dents claquant de peur.
La seule vue du fouet lui emballe le cœur.
Il m’a juste suffi de lui coller deux gifles,
Notre héros s’affaisse, il sanglote, il renifle ;
« Assez ! Ne frappez plus, je vais vous contenter. »
Vous êtes, Apollos, trop facile à dompter
Et j’aurais préféré, n’en prenez point ombrage,
Vous faire secouer et battre davantage
Et j’avais tant à cœur de saisir ces bandits
Que nous prenons les airs jusqu’à ces lieux maudits,
Mais ces forbans m’échappent et ma rage est immense.
Vous avez abusé de ma bonté je pense.

APOLLOS 

Je n’y comprends plus rien, j’en suis bien désolé.

ESTHER 

Je comprends une chose : ils se sont envolés.
J’ai réservé deux balles à ces putois immondes ;
Elles ne seront pas perdues pour tout le monde.

(Esther abat Apollos de deux balles.)

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