Une petite promenade par une chaude soirée d’été m’entraîna vers des sous-bois idylliques, au cœur d’une forêt de chênes où semblaient jaillir des sources invisibles. Çà et là, de petits bassins invitaient au repos, diffusant une onde bienfaisante, apaisante pour l’âme.
Tels des miroirs, ces eaux tranquilles ouvraient des chemins insoupçonnés, chacun semblant mener vers une dimension plus intérieure, plus spirituelle. Au milieu de cette harmonie, un passage se distinguait pourtant. Il n’attirait personne. Une aura mystérieuse s’en dégageait, comme s’il fallait une véritable ténacité pour oser s’y engager.
Attiré par l’inconnu, je m’y abandonnai.
Et alors… tout bascula.
Face à moi s’étendait une cité colossale, immense, dominée en son cœur par une tour d’or toute façonnée, scintillante, flamboyante, gigantesque, dépassant tout ce que j’avais pu contempler jusqu’alors. Des palais somptueux effleuraient les nuages, entourés d’une végétation luxuriante. L’ensemble vibrait d’une perfection presque irréelle, enrichi de technologies inconnues, d’une sophistication à couper le souffle.
La splendeur était totale. Mais bientôt, quelque chose se troubla.
Les habitants de cette cité étaient plus étranges encore que leur monde. Une fierté froide les habitait, mêlée à un égoïsme brûlant. Chacun semblait enfermé dans sa propre bulle, où l’amour n’avait plus sa place. Tout était calculé, structuré, maîtrisé… trop parfait, peut-être.
Et pourtant, sous cette perfection, une inquiétude grandissait.
Une peur sourde, celle de perdre ce qu’ils possédaient. Car plus la gloire est grande, plus la chute effraie. Celui qui ne possède rien n’a pas à s’affliger de la perte. Plus on s’élève, plus la paix s’étiole.
Un voile invisible pesait sur la cité, comme une promesse de malheur. Il semblait que Celui qui commande à tout ce qui est vivant, prêt à déchaîner les éléments contre cette cité, s’apprêtait à déchaîner les éléments de la Terre contre elle, envenimés par la plus désastreuse des plaies… l’orgueil et son cortège d’iniquités.
Alors tout entra en convulsion, tel un volcan en éruption.
Je restai seul, ayant des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Déjà, le fracas des eaux commençait à s’attaquer à la mystérieuse cité. J’arpentais les rues, tentant d’alerter, de prévenir de la catastrophe imminente. Mais pour toute réponse, je ne reçus que des paroles hautaines, chargées de mépris. Mystérieux et inquiétant comportement.
Comment accepter que l’ego, ancré dans le béton de l’orgueil, soit livré aux puissances de la nature ?
Tout cela ressemblait à une poupée gigogne infernale : on en retire une, une autre apparaît. Et au cœur de la dernière, il y a un feu qui brûle et consume tout reliquat d’amour qui survivrait encore.
Malheur à toi, misérable cité condamnée. Tu n’as pas voulu entendre la vérité, préférant la promesse de l’Éden déchu : « Vous serez comme des dieux. » Vous vous en êtes persuadés et avez agi en conséquence.
Le vent hurla dans les avenues, portant comme une lamentation prophétique. Mais les oreilles s’étaient endurcies. La nature elle-même semblait vouloir se débarrasser de cette cité, comme un corps rejette un abcès qui l’empoisonne.
Et moi… pourquoi étais-je encore là, alors que tout espoir semblait réellement perdu ?
Soudain, une étincelle venue du cosmos, discrète mais redoutable, frappa la cité. À peine avait-elle touché son cœur que toute son énergie vacilla. Les réseaux, les machines, tout ce qui soutenait son ordre parfait… s’effondra.
Alors vint le chaos.
En un instant, toute cette magnificence technologique s’écroula. Ce qui paraissait inébranlable fut frappé en son point vital. Une voix me somma alors de retourner dans mon univers, ma présence formant une auréole brillante au milieu de cette obscure cité. Le vent me poussa vers le passage.
Avant de disparaître, une dernière parole me fut donnée :
« L’amour effréné du matériel détruit et consume ceux qui s’en nourrissent. »
En un instant, je quittai ce monde mystérieux. Je fus témoin de la chute d’un géant.
Comment la cité fut-elle détruite ? Engloutie ? Foudroyée ? Consumée ? Nul ne le sait. Mais une chose est certaine : elle ne subsiste plus nulle part sur la Terre.
Et pourtant… le germe de sa perte demeure.
Cette leçon me suffit désormais : marcher vertueusement. Car ce qui s’élève sera abaissé, et ce qui s’abaisse sera élevé. Les chutes des uns sont pour les autres une salutaire leçon.
Aloys.L
