Scène IV
JEPHTÉ – BAALHAKIM
JEPHTÉ
J’envoyai vers ton roi quelques prompts émissaires :
Il vaut mieux discuter avec son adversaire.
« Je désire la paix. Ces terribles combats,
Ces luttes inutiles épuisent les soldats.
Pourquoi, lui ai-je écrit dans ma prime missive
Telles agressions envers la contrée juive ?
Qu’y a-t-il entre nous qu’on ne puisse régler
À table, sans ardeur et sans nous quereller ? »
Ainsi parla ton roi : « Nous désirons la guerre
Car Moïse, en passant, nous a volé nos terres.
Lorsqu’il quitta l’Égypte, il pilla mon pays.
Il souilla nos ruisseaux, nos étangs et nos puits,
Le Jabok et l’Arnon, le Jourdain ; quelle offense !
Sous ses ignobles pieds il foula nos semences.
Rendez-nous ce pays, car il nous appartient ;
Rendez-nous nos vergers, nos vignes et nos biens,
Et nous nous en irons, vous rendant vos charrues ;
Nous quitterons vos champs, vos villes et vos rues. »
Alors, des messagers j’envoyai derechef,
Chargés d’une dépêche adressée à vos chefs :
« Ainsi parle Jephté, le juge Israélite :
De quoi m’accusez-vous, orgueilleux Ammonites ?
Pas plus que sur Moab nous n’avons dérobé
Un seul grain de raisin. Nous nous sommes courbés
Aux lois des fils d’Ammon et, durant notre marche,
Au milieu du désert, épaulant la sainte Arche,
Nous n’eûmes que la manne, tels étaient nos repas,
Et la nuée de Dieu toujours guidait nos pas. »
À Kadès-Barnéa nous posions nos bagages.
Au roi d’Edom Jacob apporta ce message :
« À travers ton pays permets-nous de passer,
Pour rejoindre nos terres il nous faut traverser. »
Le roi d’Edom, hélas ! refusa le passage
Mais nous devions marcher jusqu’au bout du voyage.
Le roi des Moabites nous interdit l’accès
À son petit royaume, nous devions sans délai
Rejoindre notre camp. Nous reprîmes la route,
Fatigués par la marche, affaiblis par le doute,
Ces pays contournant, errant dans le désert,
Campant près de l’Arnon et ses rivages verts.
Venus au roi Sihon dans la même démarche,
Moïse notre guide et notre patriarche,
Du prince Amoréen essuya le mépris,
Il nous a refusé le passage et l’abri.
Cet orgueilleux tyran rassembla ses cohortes,
À Jahats, contre nous, que la mort les emporte,
Tombèrent à l’assaut du peuple d’Israël
Mais le parfait secours surgit de l’Éternel.
BAALHAKIM
Ami, quelle science ! Étonnante mémoire !
Merci ! Vous me donnez une leçon d’histoire.
JEPHTÉ
Je n’ai pas terminé.
BAALHAKIM
Je suis tout attentif
Et trouve ce récit vraiment très instructif.
JEPHTÉ
Israël s’empara de toute la contrée,
Prit des Amoréens les villes exécrées.
Alors que l’Éternel a devant nous chassé
Ces peuples infidèles et les a repoussés,
Que Dieu nous a donné ces terres et ces villes,
Ces rivières limpides et ces plaines fertiles,
En un jour votre roi nous les veut retirer.
Ce pays est à nous, il s’en est emparé,
Car depuis trois cents ans notre peuple y réside,
Il a fait un jardin de ce désert aride.
BAALHAKIM
Il suffit, juif pervers ! J’en ai trop entendu.
Ce royaume jamais ne vous sera rendu.
Mon prince est fatigué d’entendre vos paroles,
Vos querelles sans fin et vos plaintes frivoles.
Il en est saturé de vos discussions,
Las de votre arrogance et vos prétentions.
Il mettra votre armée de bergers en déroute.
Vous plierez le genou et cette fois pour toutes.
JEPHTÉ
Une armée de bergers ! Soyez prêts à lutter.
Avec une autre force il vous faudra compter.
Nous possédons un chef habile avec le glaive.
Il vous désossera sans répit ni sans trêve.
BAALHAKIM
Adieu.
(Sort Baalhakim, entre Myriam)
Scène V
JEPHTÉ – MYRIAM
JEPHTÉ
Voici la guerre, ma fille, et pour de bon.
Que meurent ces maudits, Myriam, point de pardon.
(Jephté rentre dans sa tente.)
© 2024 Lilianof
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