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Destins croisés de deux adolescents

Je savais peu de choses de lui, mais je l’avais immédiatement reconnu. Il était ce garçon qui, à l’occasion de la fancy-fair du collège, avait participé comme moi au tournoi de pétanque. Il était ce garçon qui était allé chercher une chaise afin que la grand-mère de Quentin puisse observer confortablement le déroulement de la compétition. Il était ce garçon aux cheveux mi-longs qui bavardait volontiers avec des personnes aux profils bien différents. Moi aussi, j’avais eu, dans ces circonstances, droit aux encouragements qu’il adressait aux participants et dont il n’était vraiment pas avare. À ses yeux, il n’y avait à l’évidence pas de réelle rivalité entre les joueurs, mais plutôt l’opportunité de découvrir concrètement comment améliorer sa propre technique en observant les autres.

Nous nous étions retrouvés ce midi-là au mess d’une entreprise où nous effectuions l’un et l’autre un stage. L’ayant reconnu, j’étais allé m’asseoir à ses côtés. Aussitôt, nous avions échangé à propos de nos parcours d’études et de nos loisirs. Lui aussi m’avait reconnu, le matin même sur le parking, m’avoua-t-il, mais il n’avait pas souhaité interrompre la conversation avec son maître de stage, un homme très loquace, amical et fort proche des apprentis qu’on lui confiait.

Mon stage me paraissait soudain chargé de davantage de promesses. C’est comme s’il avait été écrit que nous étions faits pour nous retrouver : lui, le jeune homme communicatif, spontané, jovial, ouvert aux autres ; moi, le jeune homme réfléchi, qui prend généralement le temps de peser le pour et le contre avant d’agir.

Au fil de nos premiers échanges, il m’apparut que nous avions toujours vécu dans le même quartier en périphérie de la ville, que nous avions quelques relations en commun, que nous empruntions à l’occasion les mêmes lignes de bus et que nous lisions, de temps en temps, les articles les plus originaux publiés dans la même revue à laquelle étaient abonnés nos parents. Je pris conscience que nous nous reverrions sûrement.

Guillaume parlait de tout et de rien. Quand j’avais évoqué le rapport de stage qu’il faudrait rédiger, il avait été à l’aise avec le sujet. Il avait lu des rapports rédigés par des proches qui s’étaient déjà livrés à l’exercice. Il comptait s’en inspirer, même si ces stages concernaient d’autres domaines professionnels. Il m’offrit l’opportunité d’en discuter avec lui si je le souhaitais.

Avec Guillaume, les fragilités semblaient faciles à contourner. Il ne se détournait pas des problèmes, non ; il les analysait le plus souvent un peu rapidement, à l’évidence. Il trouvait des solutions plutôt faciles pour les dépasser. Moyens simplistes ou découverts à l’issue de partages verbaux en groupe réduit : tout ou presque pouvait être utilisé selon lui. Il extrapolait, il modifiait ce qui, selon son intuition, devait être adapté.

Guillaume aime parler, même s’il hésite sans doute à l’occasion, comme je le fais. Il aime livrer les chemins de sa réflexion, il fait preuve d’ouverture. « Pourquoi se cacher, retenir ses questionnements ? » se demande-t-il.

Nos rapports de stage, nous les avons finalement analysés et corrigés ensemble. Ce fut le tout début de notre relation amicale.

Nous nous faisons confiance. Il m’écoute et je l’écoute aussi bien dans l’évocation des mauvais moments que dans celle des succès. Guillaume a davantage d’humour que moi ; je lui apporte quant à moi des stimulations surtout liées à des lectures ou des élucubrations, et moins associées à des expériences vécues. Nous allons au cinéma et à des soirées ensemble, nous jouons ensemble au squash, nous nous refilons des tuyaux.

Récemment, Guillaume et ma sœur Stéphanie ont lié connaissance lors de mon anniversaire. Ils sont tombés amoureux l’un de l’autre, ce qui a eu pour effet de nous rapprocher davantage encore.

Nos retrouvailles sont habituellement teintées de gaieté et notre connivence apparaît évidente pour nos parents et nos copains. Nous aimons nous entraider quand l’occasion se présente et même nous offrir de petits cadeaux originaux.

Micheline Boland

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